BFMTV

Ignorant les régionales, Macron déjà tourné vers la suite

Le président Emmanuel Macron salue des électeurs au Touquet (Pas-de-Calais) le 20 juin 2021

Le président Emmanuel Macron salue des électeurs au Touquet (Pas-de-Calais) le 20 juin 2021 - CHRISTIAN HARTMANN © 2019 AFP

Le désastre de LaREM aux régionales n'y change rien, Emmanuel Macron se rend ce lundi sur le site de l'usine Renault à Douai dans les Hauts-de-France. Il y retrouvera d'ailleurs Xavier Bertrand réélu à la tête du Conseil régional local la veille.

Pressé de tourner la page d'un scrutin régional calamiteux pour son parti, Emmanuel Macron recommence dès lundi à défendre son action, cette fois sur l'attractivité française, à Douai où il retrouvera Xavier Bertrand qui se pose en rival pour 2022. Pour le président, aucun enseignement national ne peut être tiré de ce scrutin local marqué par une forte abstention et une prime aux sortants.

"Qu'ont voulu dire les électeurs? Rien car ils n'ont pas voté! Les sortants sont tous réélus", commente un conseiller. Réélu dans les Hauts-de-France, l'ex-LR "Xavier Bertrand a fait moins de voix que la fois d'avant et a été élu par 2 ou 3 électeurs sur 10 pour s'occuper du conseil régional", glisse-t-il, jugeant "qu'il n'y a aucun impact sur la présidentielle car ces deux élections sont complétement déconnectées".

Bertrand ne veut "pas confondre"

Dans l'entourage du chef de l'Etat, on estime que l'abstention montre surtout que les Français veulent du concret. "Les gens ont la tête au sanitaire, à l'économique et au social", estime un proche. D'où son programme qui va mettre en avant des créations d'emplois et la compétitivité française. Emmanuel Macron se rend lundi matin sur le site de Renault à Douai pour annoncer l'implantation d'une méga-usine de batteries de 2 milliards d'euros, avec 1.000 emplois à la clé. Parmi les invités, le président réélu des Hauts-de-France.

Interrogé ce lundi matin sur notre antenne par notre journaliste Benjamin Duhamel, le président réélu du Conseil régional des Hauts-de France assure qu'il ne s'emballe pas et que cette rencontre avec le chef de l'Etat n'aura rien d'une confrontation.

"Ne confondons pas : il y a eu une élection jusqu’à hier soir. Là, je suis sur le terrain à me battre pour les gens des Hauts-de-France. Tout à l’heure, c’est une victoire commune d’avoir obtenu cette implantation. Quand tout le monde s’y met, on fait avancer les choses, on fait avancer la France. Et puis, le président de la République est aussi une institution et il n’est pas question de confondre les moments", a-t-il dit.

Snobisme?

Ce lundi soir, Emmanuel Macron recevra 150 patrons à Versailles, inaugurera mardi les locaux de la banque JP Morgan puis terminera vendredi par l'exposition de produits "Made in France" à l'Elysée, l'occasion d'insister sur le rebond des créations d'emplois. Son "tour de France", démarré avant les régionales, se poursuivra jusqu'à la mi-juillet, illustration de sa volonté d'"enjamber" le scrutin qui s'est avéré, comme prévu, impitoyable pour LaREM.

La ligne du chef de l'Etat reste "d'accompagner la réouverture, de rester vigilant sur les variants, de poursuivre la vaccination, d'accompagner la relance et de déterminer s'il doit y avoir des réformes supplémentaires, lesquelles et quand, ce qui sera arbitré d'ici le 14 juillet", ajoute un proche, "ce qui n'a aucun rapport avec les élections régionales".

Pas question non plus de modifier significativement le gouvernement. "Il n'y aura pas de remaniement, sauf au cas par cas si nécessaire, mais des ajustements techniques, par exemple sur le périmètre de certains ministres", ajoute une source proche de l'exécutif. Un "circulez il n'y a rien à voir" qui suscite quelques contestations.

"Pas de remaniement nous dit une source au sein de l’exécutif mais des ajustements. Rendez-vous compte : 15 ministres alignés tous battus. Deux ministres sont arrivés quatrièmes au second tour. Ne pas tirer de leçon de ce scrutin, c’est une manière de snober les Français", a ainsi estimé ce lundi matin sur notre plateau le chef de notre service politique, Philippe Corbé.

Trouver un nouveau récit

Le chef de l'Etat veut seulement "reprendre la cohérence des réformes et se projeter sur le temps long avec des chantiers d'avenir industriels, économiques et sociaux", selon la source proche de l'exécutif. Quant au déficit démocratique ressenti par beaucoup de Français, Emmanuel Macron a de nouveau évoqué vendredi la Conférence sur l'avenir de l'Europe, des consultations citoyennes qu'il souhaite lancer cette année jusqu'en mars 2022.

Même si le président l'écarte, certains analystes estiment pourtant que la course à la présidentielle a bien commencé dimanche soir, ne serait-ce qu'en influençant la stratégie de la gauche et de LR, relève Bruno Cautrès, du Cevipof. L'élection de dimanche soir pose aussi la question de la dynamique du RN, l'adversaire qu'Emmanuel Macron est toujours convaincu de devoir affronter au second tour en 2022.

Le fait que le parti d'extrême droite ait encore échoué à remporter une région "casse la narration de la montée irrésistible du RN", relève le politologue, "même si cela ne veut pas dire que Marine Le Pen est enrayée en vue de la présidentielle". "Cela montre qu'il faut réinventer une stratégie envers le RN et que le 'no pasaran' ne suffira pas, les Français n'en sont plus convaincus", renchérit un conseiller de l'exécutif.

"Qu'en conclure pour la présidentielle? rien ou presque", nuance Chloé Morin, politologue attachée à la Fondation Jean-Jaurès. "Les candidats mis en échec, Le Pen, Macron ou Mélenchon, restent les candidats les mieux placés dans les intentions de vote. Les élections sont de plus en plus déconnectées les unes des autres", explique-t-elle. Pourtant Xavier Bertrand a "coché une case avec sa réélection" et "a posé les bases d'un récit intéressant" comme vainqueur contre le RN qui est fort dans les Hauts-de-France. "Mais cela n'est pas encore suffisant pour devenir le troisième homme", estime-t-elle.

Robin Verner
Robin Verner avec AFP Journaliste BFMTV