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Hausse du prix du diesel: la tentation de la récupération politique

Un blocage des routes contre la hausse des taxes sur les carburants est organisée le 17 novembre prochain. (Photo d'illustration)

Un blocage des routes contre la hausse des taxes sur les carburants est organisée le 17 novembre prochain. (Photo d'illustration) - Philippe Huguen - AFP

Si le Rassemblement national est le seul parti à avoir appelé haut et fort à rejoindre le blocage citoyen du 17 novembre contre la hausse des taxes sur les carburants, d'autres partis d'opposition affichent leur soutien, plus ou moins franchement.

Plus de trois quarts des Français se disent opposés à la hausse des taxes sur les carburants, selon un sondage réalisé par Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et Franceinfo. Au-delà des sympathisants La République en marche, les personnes interrogées se montrent massivement (entre 81% et 91%) en faveur d'un blocage des routes le 17 novembre prochain, un mouvement à l'origine citoyen et apolitique afin de protester contre cette hausse.

Une aubaine pour l'opposition politique, même si les initiateurs du blocage et la créatrice d'une pétition "Pour une baisse des prix du carburant à la pompe!" (forte de près de 700.000 signatures ce vendredi) ont assuré n'être affiliés à aucun parti politique.

Ce qui n'a pas empêché le Rassemblement national de s'emparer de la cause, affirmer haut et fort son soutien à la manifestation du 17 novembre et relayer leur propre pétition. Un visuel affichant "Explosion du prix des carburants - 17 novembre: Tous mobilisés pour faire reculer le gouvernement" est ainsi épinglé tout en haut de leur fil Twitter et les porte-paroles ont clamé leur soutien à plusieurs reprises.

"C'est la liberté de circulation des Français qui est attaquée avec cette hausse insupportable des prix des carburants, qui n'est d'ailleurs pas terminée!", a renchéri la présidente du parti sur Sud Radio ce mercredi. Elle a assuré que "l'ensemble des cadres politiques (du RN) et de (leurs) élus seront aux côtés des manifestants". 

La France insoumise prudente

D'autres formations politiques sont plus timides à rejoindre le mouvement, même si elles cautionnent l'initiative. Dans une déclaration, le groupe parlementaire de La France insoumise s'inquiète franchement d'une récupération de l'extrême droite.

"On ne saurait en rendre responsables celles et ceux qui ont engagé cette initiative ou qui s'apprêtent à s'y joindre", écrit ainsi le mouvement sur son site.

"Il en va de même parmi les Insoumis•es : si certains refusent de s’y joindre en raison de l’appel de l’extrême droite, d'autres pensent que cette action ne formule pas de demandes par rapport aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, d'autres enfin agiront pour s’opposer à la politique du gouvernement sans réserve ni condition. Ces deux points de vue ont leur dignité", estime La France insoumise.

Une position ainsi résumée par le chef du parti lors d'un meeting à Lille ce mardi: "Nous n'appellerons pas à la manifestation du 17 novembre, nous ne ferons pas de récupération politique", assure-t-il, tout en estimant que "leur colère est juste" et que "si (leurs) amis sont dans (les manifestations)", ils seront "fiers d'eux".

Dans une vidéo, le député FI de la Somme François Ruffin dit par exemple avoir "envie d'en être", "pour voir au moins qui est là, à quoi ça ressemble, qu'est-ce que ça dit de la France".

La hausse des taxes, une "arnaque" pour Olivier Faure

Plus réservé dans son soutien, le Premier secrétaire du PS Olivier Faure a néanmoins été l'une des premières figures politiques à critiquer cette hausse des taxes sur les carburants, dénonçant une "arnaque". Sur dix ans, "seulement 10 petits milliards sur ces 55 milliards vont finalement financer la transition énergétique", assurait-il au micro d'Europe 1 le 23 octobre.

"Il faut soutenir toutes les initiatives, d'où qu'elles viennent", a de son côté lancé Nicolas Dupont-Aignan, dans une vidéo publiée le 25 octobre sur Facebook. Le président de Debout la France, qui voit dans la fiscalité écologique un "racket intégral", estime que "ce sont des mesures prises par des gens qui prennent le vélo ou le métro et qui ne connaissent pas la vie des Français".

Le chef des Républicains Laurent Wauquiez, accusé par Benjamin Griveaux de "défendre la cigarette et le diesel", demande lui aussi "que cesse le racket des automobilistes", égrenant "les 80 km/h, l’explosion des taxes sur les carburants et (...) les péages urbains à l’entrée de villes".

Liv Audigane