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Grève du 5 décembre: la gauche en voie de ré-union?

Des manifestants de la RATP contre la réforme des retraites, en septembre 2019 à Paris (illustration).

Des manifestants de la RATP contre la réforme des retraites, en septembre 2019 à Paris (illustration). - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Alors que la gauche apparaît morcelée depuis l'élection d'Emmanuel Macron, la mobilisation contre la réforme des retraites offre l'opportunité aux forces qui la composent d'accorder leurs violons. Et après?

Sur le diagnostic de fond, pas de désaccord à l'horizon: "Des unions pour contester, on en a", indique Clémentine Autain. Mais "être unis pour contester c'est bien, être unis pour proposer, c'est une autre affaire", admet sans peine la députée La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis auprès de BFMTV.com. "Chaque fois qu'il y a des luttes, on arrive à unir tout le monde", soupire à l'unisson Sandra Regol, fraîchement élue secrétaire nationale adjointe d'Europe Écologie - Les Verts (EELV). "Il y a une convergence des luttes mais pas de convergence des buts", analyse-t-elle. 

Constat identique chez Génération-s. "Les partis de gauche et écologistes se mobilisent souvent contre", reconnaît le coordinateur du mouvement Guillaume Balas. "La gauche, quand elle est sur les valeurs, elle sait se retrouver", ajoute le député PS du Val-de-Marne Luc Carvounas. En clair: manifester ensemble oui, mais se rassembler dans la durée semble moins aisé, voire cantonné au stade de vœu pieux.

"Logiques électoralistes"

Dans le sillage des syndicats, LFI, le PS, EELV, le Parti communiste français (PCF) et Génération-s ont appelé à l'unanimité à faire grève et à manifester jeudi contre la réforme des retraites portée par le gouvernement Philippe.

À la veille de l'échéance, la mobilisation s'annonce suivie. Politiquement, pourrait-elle permettre à la gauche de se rassembler et tirer son épingle du jeu? Depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée, les forces du spectre politique de gauche n'ont de cesse de se mouvoir en ordre dispersé. Aux dernières élections européennes, pas moins de cinq listes de gauche étaient constituées.

"On est d'accord sur la protestation, mais qu'est-ce qu'on propose en retour?" s'interroge rhétoriquement Sandra Regol. "Ça achoppe sur les vieux démons de la gauche, les logiques électoralistes", regrette l'écologiste.

Près de cinquante ans après l'Union de la gauche et le programme commun des années 1970 sous l'égide mitterrandienne, une telle alliance électorale paraît bien désuète et fait figure de serpent de mer. 

"La défiance vis-à-vis de la gauche est très forte"

Pour exister, "cette gauche a besoin de retrouver un véritable leader et une stratégie", développe le politologue Pascal Perrineau auprès de BFMTV.com. Seulement, selon le professeur à Sciences-Po, "un véritable leader il n'y en a pas, de stratégie non plus", juge-t-il, peu optimiste quant à l'après-5 décembre. "Est-ce que ça suffira à les (les partis de gauche, NDLR) faire revenir dans le jeu? Je ne crois pas. La défiance vis-à-vis de la gauche est très forte", pointe le politologue, évoquant notamment l'absence "d'un pôle structurant comme dans les années 1970" et un changement de paradigme.

"Dans le monde ouvert d'aujourd'hui, l'État providence n'est plus ce qu'il était mais la gauche n'a pas changé de logiciel", ajoute Pascal Perrineau, qui conclut avec sévérité sur la faible probabilité d'une union contemporaine de la gauche: "Ils savent très bien ce qu'ils veulent rejeter, mais on ne voit pas très bien sur quoi ils pourraient se mettre d'accord", estime le chercheur, étayant ses vues par l'exemple des frondeurs du quinquennat Hollande.

"Quand on se parle, c'est rarement pour faire du programme ensemble"

"Il faut des volontés contre la balkanisation", avance Clémentine Autain, et non une simple "coalition", même si la députée dit se réjouir "beaucoup" de manifester aux côtés des autres forces de gauche le 5 décembre. Pour Sébastien Jumel, député communiste de Seine-Maritime, "le rassemblement c'est additionner nos différences au service d'un objectif commun". Une cause qu'il juge peu facile, mais qui est pour lui "une impérieuse nécessité".

"La population française demande un vrai projet, pas une addition de logos", abonde Sandra Regol. Sans la reprendre à son compte, Luc Carvounas entend cette réflexion. "Ce n'est pas parce que quelque chose ne suffit pas qu'il ne faut pas le faire. (...) Le mieux est l'ennemi du bien", réplique le socialiste, reconnaissant toutefois que "quand on se parle, c'est rarement pour faire du programme ensemble". 

Le député du Val-de-Marne aime à penser qu'il "y aura un avant et un après 5 décembre", de la même manière qu'"il y a eu un avant et un après 17 novembre 2018 avec les gilets jaunes". Mais pour lui, "ce qui servira vraiment la reconstruction de la gauche dans les mois à venir, ce sera les municipales". 

Un meeting commun pour se rassembler

En attendant cette échéance printanière, le PCF a, par la voix de son secrétaire national Fabien Roussel, convié les forces de gauche - parmi lesquelles le PS, LFI, EELV et Génération-s - à un "meeting unitaire" le 11 décembre prochain à Saint-Denis.

Une réunion destinée à formuler des "contre-propositions" sur le financement du système de retraite. Coup d'épée dans l'eau ou jalon vers une union durable? Pour Clémentine Autain, "c'est une pierre dans le jardin, mais on n'est pas au bout du chemin". En se gardant bien de préciser ce qui pourrait faire office de ligne d'arrivée.

Clarisse Martin