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Grève contre la réforme des retraites: pourquoi les syndicats ont choisi la date du 5 décembre

Le 5 décembre s'annonce comme une étape charnière

Le 5 décembre s'annonce comme une étape charnière - GEORGES GOBET / AFP

Initialement fixée par les syndicats de la RATP, la date du 5 décembre pour le mouvement social contre la réforme des retraites revêt un caractère stratégique à une période de l'année particulièrement importante. Mais sa dimension est aussi symbolique.

Attendue par certains, redoutée par d’autres: la date du 5 décembre est dans tous les esprits. Jeudi, de nombreuses professions devraient participer à la grande journée de mobilisation contre la réforme des retraites qui s’annonce comme une étape charnière dans l'évolution du rapport de force entre syndicats et gouvernement.

De ce mouvement qui pourrait durer dans le temps, les syndicats espèrent obtenir le retrait du projet de l’exécutif qui prévoit l’instauration d’un système de retraite universel par points. C’est aussi pour eux l’occasion de se refaire une santé en remportant leur première grande victoire syndicale depuis le recul du gouvernement Villepin sur le Contrat première embauche en 2006. Compte tenu de l’enjeu, rien n’a donc été laissé au hasard. À commencer par le calendrier.

Rassembler les troupes

Car la date de lancement du deuxième round a été mûrement réfléchie. Mi-septembre, quelques jours après une première journée de mobilisation contre le projet de réforme des retraites, cinq syndicats de la RATP (UNSA, FO, CGC, Solidaires et Sud) se retrouvent pour évoquer les suites à donner au mouvement. Dans un communiqué publié le 20 septembre, ils annoncent leur décision: la prochaine grève aura lieu le jeudi 5 décembre.

"Nous avons décidé de cette date juste après la réussite du 13 septembre. Début décembre nous semblait un bon moment. Cela laissait du temps au gouvernement pour négocier et revoir sa copie", explique Thierry Babec, secrétaire général de l'UNSA RATP.

Il s’agissait aussi de prendre le temps "pour faire la convergence syndicale", précise François-Xavier Arouls, cosecrétaire du syndicat Solidaires RATP. Le pari semble réussi sur ce point: SNCF, contrôleurs aérien, avocats, enseignants… Plusieurs syndicats de professions diverses ont depuis rejoint l’appel à la mobilisation. De quoi peser davantage dans le rapport de force avec le gouvernement.

Période stratégique

L’exécutif voulait pourtant reporter le débat sur la réforme des retraites après les élections municipales de mars 2020. Hors de question pour les syndicats qui ont à leur tour voulu se poser en maîtres des horloges. Il fallait "imposer cette date avant le scrutin pour dire que c’est nous qui fixons le calendrier", poursuit François-Xavier Arouls.

Le 5 décembre coïncide surtout avec une période de l’année particulièrement stratégique. En choisissant cette date, les syndicats affichent leur objectif: "mettre la pression au gouvernement pour dire que ça peut durer jusqu’aux fêtes", déclare le cosecrétaire de Solidaires RATP. Celui qui estime à dix jours la durée de mobilisation nécessaire pour faire plier l’exécutif compte pour y parvenir sur la crainte de ce dernier "de voir le pays bloqué à une période importante de l’année". "En ligne de mire, il y a les fêtes de Noël et l’enjeu économique que cela représente", confirme Thierry Babec.

Le spectre de décembre 1995

Le choix du 5 décembre revêt enfin un caractère symbolique. À la même période 24 ans auparavant, les Français descendaient déjà dans la rue pour protester contre la réforme des retraites portée par Alain Juppé, alors Premier ministre de Jacques Chirac.

"Le 5 décembre 1995, il y a eu une très grosse manifestation parisienne, plus grosse que les précédentes et nous avions senti que le contexte était en train de changer à l’époque", se souvient Thierry Babec. Dix jours après, le "plan Juppé" sera jeté aux oubliettes.
"Ça ressemble au calendrier de 1995", reconnaît pour sa part François-Xavier Alourd. "Mais contrairement à 1995, c’est un mouvement qui se prépare depuis très longtemps. […] La création de cette mobilisation, c’est énormément de temps et d’investissement", ajoute-t-il.

Reste l’aspect financier. À la RATP, le 13eme mois est en effet versé sur la paie de novembre. Idéal pour encourager les troupes à tenir une grève sur la durée début décembre. Pour autant, le cosecrétaire de Solidaires RATP nie avoir pris en compte cette dimension dans le choix du 5 décembre. "Ça n’a pas fait partie de la réflexion", assure-t-il. Quand bien même, poursuit-il, "si ça devait durer, ça ne suffira pas car tous les jours de grève sont décomptés".

Paul Louis