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Raffarin soutiendra la liste LaREM pour les européennes

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- - Thomas Samson - AFP

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, avait contraint l'ex-Premier ministre de Jacques Chirac à sortir du bois et clarifier sa position avant la campagne.

Jean-Pierre Raffarin prend un peu plus ses distances avec sa famille politique d'origine. Dans un entretien accordé au Figaro lundi, l'ancien Premier ministre (2002-2005) de Jacques Chirac a annoncé son soutien à Emmanuel Macron pour les élections européennes.

"Je ne dispose que du texte écrit par le président. Mais il s'agit du projet européen le plus abouti. J'adhère au constat, à la vision et au projet. C'est donc le projet du président que je soutiendrai sans aucune hésitation", a-t-il déclaré.

Un choix somme toute logique, étant donné l'ancrage de Jean-Pierre Raffarin dans la droite modérée et pro-européenne, et ce depuis son engagement chez les jeunes giscardiens. 

"Affaiblir le président, c'est affaiblir la France"

D'après l'intéressé, le projet européen du chef de l'État, "c'est la trace de la France en Europe".

"L'intuition que nous avons eue avec Alain Juppé, après le discours de la Sorbonne d'Emmanuel Macron, se confirme aujourd'hui", développe l'ancien chef du gouvernement.

Jean-Pierre Raffarin justifie son engagement contre, de fait, la liste Les Républicains en expliquant que "l'action européenne est davantage entre les mains de l'exécutif, au Conseil européen, que dans celle des partis".

"Aujourd'hui, affaiblir le président français, c'est affaiblir la France. Il ne s'agit pas pour moi d'un engagement de politique intérieure, mais d'une réponse à la menace de déconstruction qui pèse sur l'Union européenne", affirme le sénateur de la Vienne, pour l'instant toujours membre de LR.

Éviter le psychodrame

L'actuel patron de la droite, Laurent Wauquiez, a écrit à l'ancien Premier ministre pour l'acculer au choix, à la clarification. Révélée par L'Opinion, la lettre invitait - très poliment - Jean-Pierre Raffarin à venir s'expliquer devant le bureau politique du parti, instance dont il est membre de droit et qui doit se réunir le 12 mars.

La tactique semble avoir fonctionné et évite à LR (pour l'instant) un psychodrame autour d'une exclusion arbitraire de Jean-Pierre Raffarin, quand bien même la proximité de ce dernier avec Emmanuel Macron n'était plus un secret pour personne.

"Je ne veux participer à aucune mise en scène partisane. J'ai toujours été ouvert au débat. Je suis prêt à toutes les discussions, mais pas à leur théâtralisation", a assuré l'intéressé auprès du Figaro.

Soutien d'Alain Juppé lors de la primaire de la droite, théoricien de la "droite constructive" après l'élection d'Emmanuel Macron, Jean-Pierre Raffarin souhaite "une personnalité particulièrement légitime sur l'Europe" pour chapeauter la liste La République en marche. Il appelle également à ce que le "centre-droit" y soit "représenté".

Un "Epinay de la droite et du centre"

Pour autant, l'ancien membre de Démocratie libérale, formation jadis alliée au RPR, dit ne pas vouloir adhérer à LaREM. "Je reste partisan pour la France d'un centre-droit fort", ajoute-t-il.

"Je souhaite qu'après les européennes, on prépare ce qui pourrait être l'Epinay de la droite et du centre en rassemblant toutes les chapelles et toutes les personnalités de la droite et du centre: celles de LR, comme Gérard Larcher, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau, François Baroin, Christian Estrosi, et celles en dehors de LR comme Xavier Bertrand, Dominique Bussereau, Franck Riester", égrène-t-il dans l'entretien. Des personnalités dont quelques-unes ont déjà accordé un soutien plus ou moins franc à Emmanuel Macron.

Ministre de la Culture et président du mouvement Agir, Franck Riester cherche d'ailleurs actuellement à adjoindre des personnalités issues de son parti à la liste LaREM/MoDem. 

Adosser LaREM au PPE?

Quid de Laurent Wauquiez, dans l'esprit de Jean-Pierre Raffarin? "Tous les Républicains qui refusent l'extrémisme (...) ont leur place" dans cette coalition des centre-droits, promet-il. Rappelons que l'ex-locataire de Matignon a eu maintes fois l'occasion de critiquer le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes depuis son arrivée à la tête de LR. En février dernier, il avait qualifié ses propos tenus à l'EM-Lyon de "bavardage populiste"

Reste, toutefois, une question en suspend: dans quel groupe siégeront les députés de la liste LaREM au Parlement européen? "Ceci dépendra beaucoup du résultat des élections. L'intérêt d'une famille, c'est de peser au sein d'un groupe, donc de siéger tous au même endroit. Les députés participeront à une grande coalition européenne à laquelle appartiendra, je le souhaite, le PPE" (Parti populaire européen, dont sont membre Les Républicains, Ndlr).

"Je lui propose d'être très prudent"

Interrogé lundi soir sur cette annonce, Éric Woerth, le président LR de la commission des finances à l'Assemblée nationale, a affirmé que si "Jean-Pierre Raffarin soutenait une autre liste que LR, il ne serait plus dans LR". 

"J'appelle Jean-Pierre Raffarin à attendre avant de prendre sa décision. Je lui propose d'être très prudent sur son soutien, si soutien il y avait", a poursuivi l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, réagissant en direct lors de l'émission Audition publique sur LCP et Public Sénat.

L'article 5 du règlement intérieur de LR prévoit la suspension ou l'exclusion d'un membre qui enfreint les décisions du parti. Jean-Pierre Raffarin subira-t-il le même sort que Gérald Darmanin, Édouard Philippe ou Bruno Le Maire? Réponse, peut-être, dès le 12 mars. 

Jules Pecnard avec AFP