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Pour Muriel Pénicaud, le Code du travail "n'est fait que pour embêter 95% des entreprises" 

Plusieurs députés veulent déposer un recours devant le Conseil constitutionnel sur la réforme du Code du travail. (Photo d'illustration)

Plusieurs députés veulent déposer un recours devant le Conseil constitutionnel sur la réforme du Code du travail. (Photo d'illustration) - Fred Tanneau - AFP

La ministre du Travail a défendu la future réforme du Code du travail, arguant que sa forme actuelle pénalise plus les entreprises vertueuses qu'elle ne sanctionne effectivement "les 5% qui ne se conduisent pas dans les règles".

Dans une interview au Monde publiée ce samedi, la ministre du Travail Muriel Pénicaud est revenue sur la future réforme du Code du travail, auquel elle compte ajouter "plus de marges de manoeuvres". 

"Soit on a un Code du travail, qui, en gros, n’est fait que pour embêter 95% des entreprises et sanctionner les 5 % qui ne se conduisent pas dans les règles; soit nous inventons un système qui permet plus de marges de manœuvre, avec des filets de sécurité", a-t-elle déclaré. 

Cette déclaration n'est pas passée inaperçue, alors que l'équipe ministérielle était ce week-end en séminaire gouvernemental à Nancy. Interpellé sur les propos de Muriel Pénicaud lors de sa prise de parole à l'issue de cette "mise au vert", Edouard Philippe a assuré de la "connaissance intime du Code du travail" de la nouvelle ministre et de son "respect de la loi et de la norme", y compris au sein de l'entreprise.

"Personne ici ne songe par nature à critiquer ni le droit du travail, ni le Code du travail. Ce code est aujourd'hui relativement complexe, épais, je ne crois pas qu’il puisse venir à l’esprit de quiconque de le décrire par son extrême simplicité ou par la capacité qu’il aurait eu à effectivement protéger les Français qui travaillent", a nuancé le Premier ministre.

"On peut, sans rentrer dans une polémique, dire que cet ensemble de dispositions est complexe et qu’il gagnerait sans doute à être simplifié (...), à être corrigé afin de mieux répondre à son objectif fondamental qui est la protection des salariés et la définition de règles claires, simples, pratiques pour les salariés et pour les entreprises", a tempéré Edouard Philippe. 

"Un décalage important entre la réalité et le cadre légal"

Pour la nouvelle ministre du Travail, trois "bouleversements majeurs" que sont la mondialisation, les évolutions technologiques et "l'évolution des attentes des salariés" ont provoqué un "décalage important entre la réalité et le cadre légal" du travail. 

"Le monde change trop vite pour que la loi définisse d’un coup ce qui doit se passer le lundi matin dans trois millions d’entreprises pour 18 millions de salariés du secteur privé", a estimé dans le Monde Muriel Pénicaud. Elle y défend donc une "décentralisation encadrée", qui favorise les décisions au sein des branches et des entreprises. 

Des salariés "en quête de sens"

Pour la ministre, les salariés ont besoin de "plus de liberté" et sont "en quête de sens et aspirent à prendre davantage en main leur destin", ce qui crée un "besoin de protections nouvelles" en phase avec les bouleversements de la société, notamment technologiques. 

Muriel Pénicaud veut par ailleurs compter sur "la dynamique de la présidentielle et des législatives" et "un nouveau contexte européen" pour réformer le Code du travail sans faire faire face à une trop grande grogne sociale. 

"En quelques années, on peut vraiment réussir à changer le paysage et la manière dont on crée la norme sociale dans les entreprises et les branches", espère la nouvelle ministre du Travail. 

Liv Audigane