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Le plan d'économies de Manuel Valls validé, mais la victoire est incomplète

Manuel Valls a fait voter son plan d'économies, au terme de semaines de débats.

Manuel Valls a fait voter son plan d'économies, au terme de semaines de débats. - -

Au terme de semaines de débats, le plan d'économies de Manuel Valls a été voté par les députés avec 265 voix. 232 ont voté contre, et 67 se sont abstenus. Le Premier ministre salue "un acte fondateur" pour la suite du quinquennat.

C'était l'épreuve du feu pour Manuel Valls. Son plan d'économies, qu'il a soumis au vote des députés, a été approuvé mardi soir au terme de longues semaines de débat. Avec 265 voix pour et 232 voix contre -et 67 abstentions-, le Premier ministre a passé son second "test" après son discours de politique générale. Mais la victoire n'est pas totale.

> Une victoire en demi-teinte

"Merci pour ce soutien, il est important. Il s'agit d'un acte fondateur pour la suite du quinquennat", a salué Manuel Valls après l'annonce des résultats du vote, vers 20h20. Mais la victoire est en demi-teinte. Car parmi les 67 abstentions, 41 viennent du PS. Manuel Valls devra donc négocier les prochains textes économiques pied à pied avec sa majorité. Du côté de l'UMP, seul Frédéric Lefebvre a voté pour, et trois députés se sont abstenus: Jérôme Chartier, Arlette Grosskost et Fernand Siré.

Plus tôt, le Premier ministre avait prévenu: "le résultat du vote conditionne à la fois la légitimité du gouvernement de la France, sa capacité à gouverner, et, surtout, la crédibilité de la France". Devant un hémicycle loin d'être plein avant le vote, il a vanté un plan "calibré", "bien réparti" et "juste parce qu'il tient compte du dialogue nourri, exigeant et fructueux que j'ai eu avec les groupes de la majorité". Puis, se sachant décrié, le Premier ministre a martelé à neuf reprises "J'assume!" à neuf reprises en clôturant son discours.

Lundi, soucieux de ne pas se mettre à dos l'aile gauche du PS, il avait annoncé plusieurs mesures d'assouplissement du plan, qui concernent les petites retraites inférieures à 1.200 euros, la revalorisation du RSA et des fonctionnaires les moins bien payés.

> L'abstention des frondeurs

Traumatisés par la déroute des municipales, nombre de députés ont menacé jusqu'au week-end dernier de s'abstenir, inquiets de l'impact d'une réduction des dépenses publiques sur la reprise économique et hostiles au gel des prestations sociales jusqu'en octobre 2015.

Et si les annonces de Manuel Valls lundi ont convaincu certains de ne pas voter contre, elles n'ont pas suffi pour faire rentrer dans le rang ceux qui voulaient réduire le volume d'économies à 35 milliards, proches de Martine Aubry ou membres de l'aile gauche du PS. Parmi les abstentionnistes, on note ainsi Pouria Amirshahi, l'ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho ou encore Pascal Cherki.

Ces contestataires assurent cependant, comme Christian Paul, que "ce n'est pas un vote de défiance mais un vote d'alerte pour une réorientation de la politique" ou se félicitent, comme Jérôme Guedj, que soit devenu "possible de sortir de la malédiction de la Ve République qui fait que le groupe majoritaire doit être caporalisé". Une vision peu partagée par le président du groupe PS, Bruno Le Roux, qui a laissé planer la menace d'un divorce avec ceux coupables de défections à répétition. "Quand on n'arrive plus à vivre ensemble, on en tire généralement des conclusions", a-t-il averti.

> L'UDI s'abstient, les écolos votent contre

Prélude peut-être à de futurs votes, Manuel Valls a bénéficié d'une "abstention d'encouragement" de l'UDI, reconnaissant selon leur président Philippe Vigier "une inflexion très forte de ce gouvernement".

Aucune clémence en revanche de la part du président de l'UMP Jean-François Copé qui a étrillé Manuel Valls: "Vous faites le pire des choix, le rationnement sans réformes", lui a-t-il lancé.

S'il a le soutien des radicaux de gauche, satisfaits des avancées sur "les petites retraites", Manuel Valls n'a pas pu s'appuyer sur les écologistes, dont douze sur dix-sept voteront contre, dénonçant, selon les mots d'Eva Sas, un "rythme de réduction des déficits trop lourd sur l'emploi".

Sans surprise, les dix députés Front de gauche ont critiqué par la voix de Nicolas Sansu le "sophisme selon lequel le redressement des comptes publics, c'est la réduction des dépenses publiques et sociales".

"Oui à la France, non à Bruxelles", a tonné de son côté l'un des trois députés d'extrême droite Gilbert Collard.

Manuel Valls a ensuite répondu aux remarques parfois acerbes, fustigeant "le ton" employé par certains membres de l'opposition. "Le ton de Monsieur Copé, par exemple, qui considère qu'avoir gagné les municipales lui donne tous les droits. Cela, les Français ne le comprennent pas. Ne prenez pas votre victoire aux municipales comme un blanc-seing!"

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>> L'ESSENTIEL

• L'Assemblée a approuvé le plan d'économies de Valls par 265 voix pour

• 41 députés PS se sont abstenus

• "La majorité" du groupe EELV a voté contre

Ariane Kujawski