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Edouard Philippe, un Premier ministre prêt à sortir de l'ombre

Le Premier ministre assume de se trouver dans l'ombre d'Emmanuel Macron. Mais il commence à monter au créneau sur certains sujets.

Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne se connaissaient quasiment pas avant que démarre la campagne pour l'élection présidentielle. Dix mois après l'élection d'Emmanuel Macron, ils travaillent toujours ensemble. Officiellement, le couple exécutif marche très bien. "Il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette entre le président de la République et le Premier ministre", affirmait il y a peu le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. 

Déjeuners en tête-à-tête le lundi à l'Elysée, échanges au téléphone plusieurs fois par jour, conseillers communs... Les deux hommes sont désormais en contact permanent et collaborent au sommet de l'Etat, chacun avec sa personnalité. Pour l'historien Jean Garrigues, "l'un est plus extraverti que l'autre, l'un est plus distancié que l'autre - en l'occurrence Edouard Philippe est plus distancié qu'Emmanuel Macron." Ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose: "Cela peut lui éviter quelques dérapages qui n'ont pas été positifs pour Emmanuel Macron".

Un Premier ministre effacé

C'est pourtant le président jupitérien qui capte toute la lumière. Dans l'ombre, son Premier ministre, désormais sans parti depuis son exclusion des Républicains, est politiquement isolé. Les Français le connaissent peu, et ont du mal à l'identifier. "Quand Macron progresse, Philippe progresse, quand Macron recule, Philippe recule aussi", constate Bernard Sananès, de l'institut de sondage Elabe. "Dans l'opinion, il n'y a pas de perception de différences entre les deux hommes". 

Le Premier ministre effacé a renoncé en début d'année à présenter ses voeux à la presse, au motif qu'Emmanuel Macron l'avait fait avant lui. Au début du quinquennat, il s'était vu plusieurs fois voler la vedette par le Président: Emmanuel Macron avait ainsi prononcé une déclaration devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles la veille du discours de politique générale de son Premier ministre.

Mais ce dernier, loin de manifester de l'impatience, semble avoir décidé d'assumer et d'attendre son tour. Il commence doucement à monter au créneau notamment sur l'instauration de la vitesse maximale de 80 km/h sur les routes secondaires, et la réforme de la SNCF: deux sujets sensibles qui pourraient constituer son baptême du feu. Mais là encore, Emmanuel Macron n'est jamais loin: l'Elysée, sensible aux protestations des élus locaux sur les 80 km/h, a confirmé au Monde l'éventualité de "revenir dessus si ce n'est pas efficace". Une façon, malgré tout, de garder le contrôle. 

A. K. avec Julia Van Aelst