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Aller-retour express de Valls à Berlin: une faute politique?

S'échappant samedi soir du congrès du Parti socialiste pour embarquer à Paris dans un Falcon de la République, le Premier ministre s'est rendu à Berlin pour assister à la finale de la Ligue des champions pour soutenir le FC Barcelone. Un déplacement express dont le coût fait maintenant polémique.

L'aller-retour samedi soir du Premier ministre à Berlin, pour assister à la finale de la Ligue des champions fait grincer des dents. Il a suscité dimanche des critiques de la part de plusieurs personnalités de l'opposition, mais aussi chez certains militants socialistes agacés de voir Manuel Valls les quitter en plein congrès du PS. Le coût d'une telle escapade, qui a nécessité d'affréter un Falcon de la République est, selon nos calculs, d'environ 14.000 euros. Mais si la facture passe mal, Manuel Valls avait-il le droit d'effectuer ce voyage? Et quand bien même, s'agit-il d'une "faute" politique?

> Manuel Valls avait-il le droit d'effectuer ce voyage?

René Dosière, député PS de l'Aisne et spécialiste des dépenses de l'Etat, l'assure, ce voyage était parfaitement autorisé. "Deux personnes sont en mesure d'utiliser les avions gouvernementaux pour leurs déplacements publics et privés, ce sont le président de la République et le Premier ministre. Si le déplacement est effectué à titre privé, l'utilisateur rembourse à l'Etat une somme forfaitaire", détaille-t-il à BFMTV.

Quoi qu'il en soit, le Premier ministre assure qu'il a fait cet aller-retour dans le cadre de ses fonctions, arguant d'une réunion de travail avec Michel Platini inscrite à son agenda officiel. Les deux hommes auraient évoqué les déboires de la Fifa et l'Euro 2016.

Cela précisé, Manuel Valls ne se cache pas d'avoir aussi voulu joindre l'utile à l'agréable: "J'aime le foot et on a assisté à un très beau match", a-t-il insisté après la victoire du FC Barcelone, dont il est supporter.

> Qui a payé pour ce déplacement?

Si les moyens de l'Etat ont été utilisés pour le déplacement Paris-Berlin, on précise de source proche du PS que les allers-retours Paris-Poitiers de Manuel Valls ont été payés par le parti.

Prévoyant que ce déplacement pouvait faire des remous, Manuel Valls avait déclaré samedi soir: "Je suis Premier ministre. Je me déplace avec les moyens que vous connaissez. N'essayez pas de créer de faux débats".

> Autorisé, ce déplacement est-il néanmoins une faute politique?

A droite et à l'extrême droite les critiques n'ont pas manqué, notamment chez le député Thierry Solère, l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant, la députée européenne et ancienne ministre Nadine Morano, tous du parti Les Républicains.

Thierry Solère était particulièrement en pointe sur ces critiques: "Il y a une forme d'indécence", a-t-il estimé. "C'est une faute politique et une faute morale", a-t-il ajouté. "L'argent public, il est précieux dans cette période de crise et on doit veiller à tous les symboles et c'est un très mauvais signal envoyé", a-t-il ajouté.

Pour Claude Guéant, invité de BFM Politique, "ce qui est condamnable c'est l'utilisation des moyens de l'Etat pour aller voir un match de football et en revenir". De même, a-t-il ajouté, "quand le président de la République prend un avion pour aller voter à Tulle et retour, je dis que ce n'est pas bien du tout, car il pourrait tout aussi bien voter à Paris ou par procuration".

Nadine Morano a quant à elle délivré un "carton rouge" à Manuel Valls. "Entre Premier ministre de la France et supporter du Barça, Manuel Valls a fait son choix", a-t-elle critiqué dans un communiqué.

Florian Philippot (FN) qui a qualifié ce déplacement, dans un tweet, de "petit caprice footballistique de Valls pour deux équipes étrangères", a rebondi sur le sujet au micro d'Europe 1. "La vraie question est: qui paie?", a-t-il demandé. "J'espère que ce n'est pas le contribuable français", a-t-il insisté.

Sur un ton en apparence plus indulgent la critique de François Bayrou n'en est pas moins tout aussi dure. "Parfois, les hommes politiques en fonction perdent le sens des réalités", commente-t-il, lundi sur BFMTV et RMC. On ne se rend pas compte que ces privilèges que le pouvoir offre, il faut y résister avec force de caractère", conclut-il.

David Namias avec Antoine Heulard