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Gouvernement: "Valls va entrer dans une phase de négociations intenses"

Manuel Valls visite un immeuble neuf à Paris, le 26 juin 2014

Manuel Valls visite un immeuble neuf à Paris, le 26 juin 2014 - Fred Dufour - AFP

Outre l'arrivée symboliquement forte d'Emmanuel Macron, le gouvernement Valls 2 réserve peu de surprises. Désormais, le Premier ministre va devoir trouver une majorité pour les votes à venir. Le premier d'entre eux pourrait être le vote de confiance, en septembre ou en octobre.

La nouvelle équipe de Manuel Valls est désormais connue. Il s'agit de la deuxième en cinq mois: débarrassé de l'aile gauche du PS, le Premier ministre accueille le libéral Emmanuel Macron, jamais élu, et promeut les jeunes pousses féminines de son gouvernement. Cela suffira-t-il à rassurer les frondeurs? Comment faire voter des textes sans soutiens autres que ceux, hésitants, du PS? 

Peu de surprises

Dans ce gouvernement, seuls quatre ministres sont de nouveaux entrants. Parmi eux, Emmanuel Macron fait une entrée fracassante au ministère de l'Economie. Les autres, comme Najat Vallaud-Belkacem ou Fleur Pellerin, bénéficient de promotions remarquées. "La nomination d'Emmanuel Macron, un ancien banquier, à la place d'Arnaud Montebourg, symboliquement c'est très fort", souligne Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l'université de Metz, qui rappelle la phrase de François Hollande en campagne au Bourget, en 2012: "mon ennemi, c'est la finance".

"Mais en soi, ce gouvernement n'est pas une énorme surprise", poursuit-il. "Ce qui est important, c'est les gens qui ont refusé d'entrer dans ce nouveau gouvernement." Parmi eux, les trois ministres démissionnaires Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti, mais aussi Frédéric Cuvillier, ancien secrétaire d'Etat aux Transports, ou encore François Lamy et le radical Jean-Michel Baylet. "Cela montre que non seulement certains ne veulent plus cautionner la politique de François Hollande, mais que d'autres, proches de lui et de ses idées, se disent qu'il ne vaudrait mieux pas participer à ce gouvernement, qui coule et entraîne tout le monde dans sa chute", analyse Arnaud Mercier.

Comment Valls peut-il continuer à gouverner?

Le nouveau gouvernement de Manuel Valls ne comporte ni personnalité écologiste, ni personnalité centriste, et encore moins de membres de la gauche de la gauche. Mardi soir, les députés frondeurs ont fait savoir qu'aucun d'entre eux n'avait été contacté par Manuel Valls pour rejoindre sa nouvelle équipe. Comment le Premier ministre va-t-il désormais pouvoir faire voter les textes importants par l'Assemblée? Comment obtenir ce fameux vote de confiance, auquel il a annoncé mardi qu'il se soumettrait en septembre ou octobre?

  • "On remarque qu'Alain Vidalies et Patrick Kanner entrent au gouvernement. Ils sont tous deux proches de Martine Aubry", remarque Eddy Fougier, pour qui "on peut y voir la volonté de donner le sentiment d'un équilibre entre centre-droit et aile gauche du gouvernement. Car une équipe composée de 'hollandais' et de 'vallsiens' aurait été une catastrophe", analyse-t-il.

Dans ce marasme, les trois ministres radicaux de gauche restent au gouvernement. Le PRG, fort de ses 17 députés, assure une très courte majorité à Manuel Valls. "Les aubrystes devraient eux aussi rentrer dans le rang, mais pour faire passer ses textes, le Premier ministre va avoir du pain sur la planche", remarque Eddy Fougier. "On va entrer dans une phase de négociations intenses, et Manuel Valls devra mettre de l'eau dans son vin".

49-3 ou dissolution de l'Assemblée?

L'article 49 alinéa 3 de la Constitution, appelé communément "le 49-3", a permis à certains gouvernements de passer en force sur certains textes. Mais la réforme constitutionnelle de 2008 encadre désormais son usage: les gouvernements ne peuvent y faire appel que pour les projets de loi de finances ou de financement de la Sécurité sociale, et dans la limite d'une seule fois par session parlementaire pour tout autre projet de loi. "Il peut être un recours sur les grands textes, mais en aucun cas il peut devenir systématique", explique Eddy Fougier.

"La seule façon de sortir de cette crise", pour Arnaud Mercier, "c'est la dissolution de l'Assemblée nationale. Mais personne ne veut en entendre parler, pas même les députés frondeurs, car l'étiquette socialiste risque de les faire perdre. Et cela bénéficierait à un parti: le Front national. Mais les mécanismes de la Ve République devraient faire tenir François Hollande jusqu'à 2017". Une date qui doit paraître encore bien lointaine au chef de l'Etat.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV