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Crise au FN: Jean-Marie Le Pen, la tentation de l'exclusion

Le président d'honneur du FN, Jean-Marie Le Pen, le 17 janvier 2015

Le président d'honneur du FN, Jean-Marie Le Pen, le 17 janvier 2015 - Jean-Sebastien Evrard - AFP

Partira, partira pas? Plus que jamais, le sort de Jean-Marie Le Pen au sein du Front national est incertain. Ce mercredi, les cadres du parti se sont massivement désolidarisés de l'ancien chef de clan qui accumule les sorties polémiques.

"Toutes les options sont sur la table" concernant le sort de Jean-Marie Le Pen, prévient Florian Philippot, invité mercredi sur BFMTV. Mais au FN la question est dans toutes les têtes: la rupture entre Jean-Marie Le Pen et le parti dont il fut président de 1972 à 2011 est-elle consommée? Les nouvelles déclarations du président d'honneur du parti dans Rivarol a plus que jamais mis le feu aux poudres. Fin de sa candidature aux régionales? Retrait de son titre de président d'honneur? Exclusion totale? Pardon? Le sort de Jean-Marie Le Pen sera scellé sous peu.

> "Le FN doit mettre les points sur les 'i'"

"Toutes les options sont sur la table", a mis en garde Florian Philippot, mercredi sur BFMTV. D'ores et déjà, selon lui, "Jean-Marie Le Pen ne peut plus être candidat aux régionales en Paca, c'est une évidence absolue". Quant à lui retirer son titre de président d'honneur du parti, "cela fait partie des possibilités".

"Nous considérons aujourd'hui que le FN doit mettre les points sur les 'i', et Marine Le Pen le fait", a déclaré le vice-président du Front national. Une rupture annoncée avec celui qui "s'est mis en marge", qui n'aurait d'ailleurs pas que des désavantages pour le FN,concède Florian Philippot. Le numéro deux du FN juge que "cette crise peut être positive parce que le FN sera demain plus apte à livrer la bataille".

Une bataille face au père qui pourrait montrer que Marine Le Pen est "un chef, une femme d'Etat". Non, il n'y a "pas de crise, pas de scission, pas de division" au sein du parti frontiste, pour Florian Philippot, qui considère que "tout le monde est uni derrière Marine Le Pen, les cadres, les militants, les élus".

> Marine Le Pen doit "calmer le jeu"

Tous? Non, un historique du FN a pris la parole ce mercredi sur BFMTV pour défendre "les mérites exceptionnels qui ont été ceux de Jean-Marie Le Pen" et sa "liberté d'expression". Pour Bruno Gollnisch, il est possible de "retrouver l'unité d'un mouvement qui est composite et doit donc accueillir toutes les personnes de sensibilités différentes". En d'autres termes, il "ne croit pas" que Jean-Marie Le Pen ait franchi la ligne rouge et "espère que Marine le Pen saura calmer le jeu".

Quant à l'interview au journal d'extrême droite Rivarol, elle ne choque pas le député européen, qui juge que "oui bien sûr", les pétainistes étaient des Français comme les autres et que "les dirigeants actuels de la France sont beaucoup plus coupables" que le maréchal Pétain. La parole de Jean-Marie Le Pen "est certainement représentative de beaucoup de gens qui ont construit ce mouvement" et "il est tout a fait normal qu'il y ait des gens qui aient sur cette période de l'histoire des points de vue différents", affirme le membre du bureau politique du FN. "Il ne faut pas sur-réagir", met donc en garde Bruno Gollnisch, estimant que Jean-Marie Le Pen peut "certainement" rester candidat à la tête de la liste Paca.

> D'après les statuts, Jean-Marie Le Pen peut bien être exclu

Les (rares) pro et les anti se font donc face. mais concrètement, qu'est-il envisageable? Dans les statuts du Front national, un membre du parti peut "perdre cette qualité" en cas de décès, de démission, de condamnation, d'adhésion à une autre formation politique ou bien pour motif grave, sur décision notamment du président. En l'occurrence de la présidente: Marine Le Pen. Aucun article ne définit toutefois la teneur d'un "motif grave". 

Quant à savoir si Jean-Marie Le Pen pourrait être déchu de son titre de président d'honneur, les textes ne précisent pas non plus sur quel critère cette décision doit être prise.

> "L'occasion" de le sortir des rangs du FN

Nombreux sont les cadres du FN à avoir réagi, à l'image de Louis Aliot, qui évoque sur Twitter des "désaccords politiques désormais irréconciliables".

1/2 L'entretien de JMLP dans ce torchon antisémite est parfaitement scandaleux et nos désaccords politiques désormais irréconciliables.
— Louis Aliot (@louis_aliot) 8 Avril 2015

2/2 C'est aussi mépriser les militants qui se battent tous les jours pour défendre nos valeurs contre un système de + en + liberticide.
— Louis Aliot (@louis_aliot) 8 Avril 2015

L'avocat Gilbert Collard n'a pas caché de son côté qu'il serait "ravi que Jean-Marie Le Pen ne soit plus président d'honneur" du FN si les statuts le permettaient.

Le maire de Béziers soutenu par le FN, Robert Ménard, a voulu lui aussi marquer sa désapprobation. "Le minimum serait de voir Jean-Marie Le Pen passer devant la commission de discipline" du parti a-t-il estimé sur BFMTV avant d'ajouter que "c'est peut-être l'occasion historique de mettre Jean-Marie Le Pen hors des rangs du FN".

Marine Le Pen, qui prendra la parole jeudi soir, a elle-même déclaré ce mercredi qu'elle s'opposerait à la candidature de Jean-Marie Le Pen en Paca pour les élections régionales, tout en restant assez floue sur les autres sanctions. Si cette décision est entérinée par le bureau national du FN le 17 avril, Jean-Marie Le Pen pourrait décider de se présenter en dissident, face à un candidat FN.

A. D.