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Références à Eric Drouet et Etienne Chouard: la France insoumise suscite l'incompréhension à gauche

jean-Luc Mélenchon et François Ruffin à l'Assemblée nationale, le 22 mai 2018

jean-Luc Mélenchon et François Ruffin à l'Assemblée nationale, le 22 mai 2018 - GERARD JULIEN / AFP

En exprimant sa fascination à l'égard d'Eric Drouet, figure controversée du mouvement des gilets jaunes, Jean-Luc Mélenchon prend ses distances avec la gauche traditionnelle.

"Je ne comprends plus ce que fait Jean-Luc Mélenchon". Invité ce mercredi sur RTL, l'ancien candidat PS à la présidentielle Benoît Hamon s'est étonné de la "fascination" exprimée par Jean-Luc Mélenchon à l'égard d'Eric Drouet, figure contestée du mouvement des gilets jaunes, et a estimé que le leader de La France insoumise avait "quitté les rives de la gauche".

"Je m’intéresse au mouvement social mais je ne suis pas fasciné par quelqu’un qui assume d’avoir voté aux deux tours pour Marine Le Pen", a expliqué le fondateur du mouvement Générations, deux jours après le message encenseur du leader de La France insoumise sur Facebook.

"Je ne sais plus ce que fait Mélenchon. Je ne comprends plus ce qu'il fait. Je suis comme beaucoup de gens, je le regarde, j'écoute respectueusement mais je n'y comprends plus rien", a répété Benoît Hamon alors qu'Eric Drouet, qui avait appelé les gilets jaunes à "aller à l'Elysée", a été placé sous contrôle judiciaire pour organisation illicite d'une manifestation sur la voie publique, participation à un groupement forcé en vue de violences et dégradations, et port d'arme prohibé.

Une référence controversée à Etienne Chouard

Le soutien à cette figure controversée des gilets jaunes n'est pas la seule prise de position qui suscite l'incompréhension au sein de la gauche. Le 18 décembre dernier, lors d'une conférence de presse sur le référendum d'initiative citoyenne, le député LFI François Ruffin a rendu hommage à Etienne Chouard, figure du "non" au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen. Adepte des thèses conspirationnistes, ce professeur d'économie a à plusieurs reprises exprimé son soutien à Alain Soral, qu'il qualifiait en 2012 de "résistant", saluant son combat "contre les privilèges".

Une référence qui a semé le trouble à gauche, y compris au sein même de La France insoumise. Invité sur LCI quelques jours plus tard, le député Eric Coquerel a affirmé son "désaccord" avec les propos de son confrère, estimant qu'il s'agissait d'une "maladresse", tandis que Clémentine Autain a confié qu'elle n'aurait pas "pris en modèle Etienne Chouard".

Des propos "irresponsables"

Yannick Jadot, député européen EELV, a quant à lui vivement condamné l'irresponsabilité du parti, accusant François Ruffin de "tuer toute démocratie". L'ancien candidat à la présidentielle de 2017 a également dénoncé les prises de position Thomas Guénolé, membre de La France insoumise, qui a plusieurs fois été accusé de minimiser les violences commises lors des rassemblements des gilets jaunes.

Pour Yannick Jadot, interrogé sur Franceinfo le 23 décembre, "dire des manifestants à Montmartre qui ont [tenu] un discours antisémite, un discours d'extrême droite: 'Bravo, c'est magnifique ces "gilets jaunes" qui se ré-emparent de la commune!', c'est irresponsable".

Chez Jean-Luc Mélenchon comme chez François Ruffin, il y a cette "fascination permanente pour la révolution et une certaine forme d'insurrection", analyse Christophe Barbier. Sur notre antenne, l'éditorialiste y voit une compétition entre les deux hommes au sein même du parti "pour mettre la main sur la gauche radicale". Quitte à perdre la sympathie de la gauche traditionnelle.

Mélanie Rostagnat