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Perquisitions chez LFI: Mélenchon peut-il vraiment se comparer à l'ex-président brésilien Lula?

Le chef de file de La France insoumise a rendu visite à l'ancien président du Brésil dans les locaux de la police fédérale de Curitiba. Le 19 septembre, Jean-Luc Mélenchon et cinq de ses proches doivent être jugés pour leur attitude lors des perquisitions menées au QG de LFI en octobre 2018.

Comme souvent lorsqu'il est en difficulté politique en France, Jean-Luc Mélenchon tente de puiser l'énergie du rebond en Amérique latine. Actuellement au Brésil, où il a rendu visite à l'ancien président Luiz Inácio Lula da Silva dans les locaux de la police fédérale de Curitiba, le leader de La France insoumise prend le soin d'envoyer des cartes postales. 

En rencontrant l'ex-dirigeant brésilien, incarcéré depuis avril 2018 et condamné en appel à douze ans de prison pour corruption, Jean-Luc Mélenchon brandit un symbole. Lula, selon lui, est victime de lawfare, à savoir l'instrumentalisation politique de la justice de son pays. Le timing n'a rien d'innocent: depuis quelques mois, une série de révélations jette le doute sur la probité du juge en charge de l'enquête sur l'ancien président du Brésil. 

De Rio à Bobigny

Il se trouve par ailleurs que dans moins de deux semaines, le 19 septembre, le député des Bouches-du-Rhône et cinq de ses proches doivent comparaître en correctionnelle, à la suite des bousculades déclenchées lors des perquisitions au QG de LFI, en octobre 2018. Ils sont accusés d'actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation. 

Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon compare sa situation à celle de Lula, mais aussi à celles des anciens présidents Rafael Correa (Equateur) et Cristina Kirchner (Argentine). "Le système tente la même méthode qui a conduit Lula en prison, Correa à l’exil, et nous en procès à Bobigny: le lawfare", a-t-il écrit le 31 août.

"Désormais le Lawfare est utilisé sur tous les continents jusqu’en Europe où le procès des insoumis les 19 et 20 septembre prochains en sera la première application organisée comme un spectacle par les amis du pouvoir", affirme l'ex-sénateur socialiste dans un autre billet, publié mardi. 

Comportement face aux enquêteurs

Plusieurs éléments factuels distinguent la situation que traverse LFI de celles des anciens dirigeants sud-américains. D'abord, il y a le fait que ces derniers ont été mis en cause pour des agissements supposément commis durant leurs années au pouvoir. Une position que Jean-Luc Mélenchon n'a jamais occupée en France, hormis la période où il a été ministre délégué à l'Enseignement professionnel (2000-2002). 

Par ailleurs, son mouvement fait l'objet d'enquêtes portant à la fois sur ses comptes de la campagne présidentielle de 2017 et sur ses assistants parlementaires européens. Lula, lui, est accusé d'avoir reçu un luxueux appartement en bord de mer de la part d'une entreprise de bâtiment en échange de faveurs dans l'obtention de marchés publics. L'ex-président (2003-2010) a toujours farouchement réfuté cette accusation, invoquant l'absence de preuves et la volonté de ses adversaires politiques de l'empêcher de briguer un troisième mandat.

Si l'on se borne au procès de Bobigny prévu le 19 septembre, difficile d'en tirer une comparaison avec le cas Lula. Jean-Luc Mélenchon et ses cinq camarades doivent y comparaître pour leur réaction (filmée et abondamment relayée sur les réseaux sociaux) à l'intervention des enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF).

Le fond de l'affaire est toujours en cours de traitement par les juges d'instruction. Un élément en lequel Jean-Luc Mélenchon voit d'ailleurs, par l'intermédiaire du parquet, la main invisible de l'exécutif.

Jules Pecnard