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La gauche en ordre dispersé à la Fête de l’Humanité

Benoît Hamon est l'un des premiers à s'être rendu à la Fête de l'Humanité

Benoît Hamon est l'un des premiers à s'être rendu à la Fête de l'Humanité - DAMIEN MEYER / AFP

De nombreuses personnalités politiques de gauche se retrouvent à la Fête de l'Humanité ce week-end. Avec l'ambition de rassembler les différentes formations qui peinent aujourd'hui à s'accorder.

Le rassemblement, c'est maintenant. La traditionnelle Fête de l’Humanité entamée vendredi à la Courneuve devrait réunir plusieurs personnalités politiques emblématiques de gauche. "Ca démarre fort, ça va être le plus gros rassemblement populaire depuis l’élection de Macron après la manif du 12 septembre", a affirmé à L’Express Olivier Dartignolles, porte-parole du PCF.

Un enthousiasme de façade qui ne saurait dissimuler les doutes. Car la 82e édition de la Fête de l’Humanité s’ouvre dans un contexte politique tendu à gauche alors que les différentes formations peinent à faire front commun pour s’opposer à l’action du gouvernement.

"Insoumis, hamonistes, écologistes, socialistes de gauche, je leur dis rendez-vous à la Fête de l’Huma", avait lancé le patron du Parti communiste Pierre Laurent à la fin du mois d’août, lui qui porte l’ambition de sceller un "pacte d’humanité" avec l'ensemble des forces de gauche.

"Difficile de rassembler la gauche"

Mais le pari n’est qu’à moitié gagné. Car si les formations de gauche se rendront effectivement à la Courneuve, les militants assisteront à un défilé en ordre dispersé.

Benoît Hamon a ouvert le bal ce samedi à l’occasion du lancement de son mouvement M1717 soutenu par les écologistes. Interrogé sur notre antenne, celui qui a claqué la porte du Parti socialiste a reconnu qu’il était "difficile de rassembler la gauche". "Ça n’a jamais été simple. La question c’est ‘qui le veut vraiment?’ et moi je le veux vraiment", a-t-il poursuivi.

Certains de ses anciens collègues de Solferino ayant résisté à la tentation Macron devraient aussi être de la partie. La maire de Paris Anne Hidalgo est notamment attendue pour célébrer l’attribution des Jeux Olympiques de 2024 à la capitale. Le leader de la CGT Philippe Martinez et le porte-parole du NPA Olivier Besancenot seront également présents au rendez-vous.

Mélenchon, une absence qui fait tache

De son côté, la France insoumise enverra une délégation composée de députés. En déplacement à la Réunion, Jean-Luc Mélenchon se fera, lui, remarquer par son absence. De quoi tendre un peu plus les relations, déjà fragiles, entre le PCF et le parti du député des Bouches-du-Rhône.

"Il aurait mieux valu que tout le monde soit là", a regretté Pierre Laurent sur notre antenne. "Pardon, cher Pierre, je ne peux pas être partout", a rétorqué Jean-Luc Mélenchon. Olivier Dartignolles a pour sa part déploré une absence "regrettable". "Quand on veut être le meilleur opposant, c’est pas super d’être le seul absent", a-t-il fait remarquer à L’Express.

Mélenchon, première personnalité politique de gauche

L’absence de Jean-Luc Mélenchon est un coup dur à l’heure où les forces de gauche tentent de se remobiliser. D’autant que, selon un sondage BVA publié par L'Obs, le patron de La France insoumise arrive en tête des personnalités politiques de la gauche pour 34% des Français.

"Plusieurs raisons expliquent cet ascendant de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche. Il ne faut pas oublier son score à l’élection présidentielle. Il a réuni presque 20% des suffrages et ça lui a donné une certaine dynamique qui s’est confirmée aux législatives avec 18 députés Insoumis. […] Il y a aussi une forme de cohérence politique que les Français lui reconnaissent. Son positionnement, c’est celui qu’il défendait déjà en 2012 sous les couleurs du Front de Gauche. Il y a une forme de légitimité à incarner l’opposition", analyse Jérémy Brossard, journaliste politique sur BFMTV.

Dans les rangs des militants, si la plupart préfèrent botter en touche lorsqu’on évoque l’absence de Jean-Luc Mélenchon, certains déplorent l’attitude du leader de la France insoumise depuis la présidentielle: "C’était un socialiste et c’est un anti-communiste. Après tout ce qu’il a fait, je ne suis pas d’accord. Il nous a un petit peu craché dessus", s’agace une militante.

La manifestation du 23 septembre comme révélateur

Certains représentants des formations de gauche, désireux de jouer la carte du rassemblement, ne semblent pas affectés outre mesure par l’absence de Jean-Luc Mélenchon. Benoît Hamon a d’ailleurs réitéré son intention d’aller manifester contre les ordonnances réformant le code du travail à l’appel de la France insoumise le 23 septembre prochain.

Pour d’autres, l’attitude du leader de la France insoumise n'est pas celle à adopter. "Participer à la manifestation du 23 septembre, c’est de fait se mettre à la remorque de la France insoumise. Ce n’est pas la meilleure façon d’exister", assure Olivier Dartignolles alors que le PCF n’a toujours pas appelé ses militants à rejoindre la mobilisation. Olivier Besancenot demande pour sa part à Jean-Luc Mélenchon "s’il est prêt ou non à envisager de faire du 23 une initiative unitaire".

La mobilisation du 23 septembre dira si la gauche est capable de dépasser ses divisions pour mener un combat commun. Quoi qu'il arrive, il y a fort à parier que Jean-Luc Mélenchon tentera de prendre la tête de cette opposition. Reste à savoir si les autres forces politiques suivront le leader de la France insoumise ou si elles choisiront d'agir dans leur coin.

Paul Louis