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La Fête de l'Humanité mobilise ce week-end "l'autre gauche"

En 2014, Jean-Luc Mélenchon avait accueilli l'ancien trader Jérôme Kerviel à la Fête de l'Huma.

En 2014, Jean-Luc Mélenchon avait accueilli l'ancien trader Jérôme Kerviel à la Fête de l'Huma. - Kenzo Tribouillard - AFP

La question de l'accueil des réfugiés prendra une importante part de la 80e Fête de l'Humanité ce week-end, grand rendez-vous politique de la gauche de la gauche et dernier grand festival en plein air de l'été.

Grands débats et petites manoeuvres: la 80e Fête de l'Humanité mobilise de ce vendredi à dimanche "l'autre gauche" française et européenne sur les grands enjeux d'un monde "incertain et inquiétant" et sur la question plus terre à terre des alliances aux prochaines élections régionales.

Puissance invitante, le Parti communiste français (PCF) promet la présence d'une sorte d'internationale de la gauche non sociale-démocrate (Syriza, Podemos, Die Linke) lors d'un Forum pour une "Nouvelle Europe contre l'austérité" samedi après-midi, jour de grande affluence.

Une contradiction politique et un exemple

Mais que serait la "Fête de l'Huma" sans évoquer la délicate thématique de l'actuelle crise des réfugiés? A ce titre, la question des migrants va s'inviter dans les allées du parc de La Courneuve, alors que la Grèce surendettée doit faire face à des afflux de réfugiés sur l'île de Lesbos et que la gauche radicale se trouve face à une contradiction politique: son habituelle bête noire, la chancelière allemande Angela Merkel, donne l'exemple en promettant d'accueillir 800.000 demandeurs d'asile par an, contre 24.000 sur deux ans en France.

Au pouvoir nulle part sauf à l'échelon local (Madrid, Barcelone...), la gauche radicale cherchera "des solutions de coopération internationale pour garantir les droits fondamentaux" et des "opérations concrètes pour aider les réfugiés".

Au-delà de ses louables intentions, la "gauche de la gauche" française s'opposera à des frappes en Syrie contre l'Etat islamique, préférant comme Jean-Luc Mélenchon une solution à la russe: contre Daesh, négocier avec tout le monde, y compris Bachar al-Assad.

La Grèce dans tous les esprits

Un autre sujet incontournable, la situation de la Grèce. Au nom d'"un soutien particulier au peuple grec", le PCF recevra des proches d'Alexis Tsipras, à une semaine de nouvelles élections dans ce pays. Le jeune chef de file de Syriza, inspirateur et espoir des anti-libéraux lors de sa victoire en janvier et du référendum contre l'austérité de juillet, sollicite la majorité absolue pour rester au pouvoir et réparer sa coalition.

Pour ne pas être en reste, le leader du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon annonce une "conférence européenne du plan B" avec le bouillant ex-ministre des Finances de Tsipras, Yanis Varoufakis, pour l'instant en retrait de la politique active. Présent à Paris la semaine dernière, invité par le PCF, le leader de Podemos Pablo Iglesias, candidat au pouvoir en Espagne aux élections de décembre, ne sera pas de la partie.

Jeremy Corbyn dans le viseur

Sa stratégie et ses analyses inspirent cependant de plus en plus les "autres gauches": sortir de l'incantation, continuer de soutenir le soldat Tsipras dans sa guerre contre les plans d'aide et d'austérité, même s'il a perdu une bataille seul contre tous lors du conseil européen du 11 juillet, en attendant d'autres alliés.

La Fête de l'Humanité pourrait d'ailleurs samedi célébrer la victoire d'un renfort de poids, Jeremy Corbyn, favori des primaires du Labour en Grande Bretagne avec sa ligne à gauche toute (nationalisations, hausse des impôts sur les entreprises...).

Et le réchauffement climatique

La conférence contre le réchauffement climatique de décembre à Paris sera bien sûr aussi au coeur des débats et des pratiques: les organisateurs communistes promettent "une fête durable", avec le recyclage des déchets, alors que 60.000 personnes sont attendues sur trois jours. Communistes, proches de Mélenchon, socialistes frondeurs, écologistes ligne Duflot...: toutes les familles de la gauche qui rejettent la politique de l'offre de François Hollande ne viennent pas seulement refaire le monde en écoutant Manu Chao à la Fête de l'Humanité.

L'enjeu pratique et immédiat porte aussi sur la constitution de listes communes Front de gauche/EELV aux élections dans les 13 nouvelles "super-régions" des 6 et 13 décembre. Le Front de gauche (PCF, Parti de gauche et autres collectifs) doit encore se mettre d'accord par exemple en Ile-de-France, où le PG conteste la tête de liste au sénateur et secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, sous prétexte de cumul des mandats.

La secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts Emmanuelle Cosse sera de la Fête samedi pour un forum sur le logement alors que les militants de son parti doivent encore se prononcer dans plusieurs régions sur la stratégie (autonomie ou alliance avec le Front de gauche)... Le dernier mot reviendra -provisoirement- aux responsables communistes dans leurs discours de clôture dimanche.

Jé. M. avec AFP