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Emmanuel Macron se dit ouvert à la prise en compte du vote blanc

Emmanuel Macron à l'Elysée ce lundi soir.

Emmanuel Macron à l'Elysée ce lundi soir. - BFMTV

FOCUS - Lors de son allocution télévisée de 13 minutes lundi soir, le chef de l’État a proposé un débat sur le fonctionnement démocratique du pays, et plus spécifiquement sur la prise en compte du vote blanc.

L’annonce est passée pratiquement inaperçue. Si le chef de l’État n’a pas abordé la question du référendum d’initiative citoyenne - une des principales revendications des gilets jaunes - il se savait néanmoins attendu sur les thèmes touchant au fonctionnement démocratique du pays. Ainsi, après avoir “décrété l’état d’urgence économique et social” et détaillé une série de mesures pour améliorer le pouvoir d’achat, le président a annoncé un grand débat sur “un nouveau contrat pour la nation”. Conscient que le mouvement des gilets jaunes, apolitique et asyndical, exprime une crise de la représentativité des citoyens, Emmanuel Macron s’est notamment dit “ouvert” à la prise en compte du vote blanc.

Cette proposition, confirmée ce mardi sur BFMTV et RMC par Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, est loin d'être anodine.

Le vote blanc différent du vote nul

En France, le vote blanc, exprimé par une enveloppe vide ou un bulletin vierge, marque le plus souvent le refus de l’offre politique proposée dans une élection, ou d’un projet dans le cas d’un référendum. Longtemps, il n’était pas du tout pris en compte et se retrouvait comptabilisé dans la même catégorie que les votes nuls, qui désignent les bulletins: sans enveloppes, non réglementaires, annotés ou déchirés.

La loi du 21 février 2014 est venue corriger cette confusion. Si les votes blancs sont désormais décomptés séparément et annexés au procès-verbal, ils ne sont en revanche toujours pas pris en compte pour la détermination des suffrages exprimés. Ce serait pourtant la seule condition pour qu’ils puissent peser sur l’issue d’une élection, pouvant aller jusqu’à provoquer l’annulation du second tour de l’élection présidentielle.

"Il faudrait refaire l'élection"

La prise en compte du vote du blanc, mentionnée lundi par Emmanuel Macron, représenterait donc une évolution institutionnelle majeure. L’article 7 de la Constitution, qui prévoit que le président de la République soit élu à la majorité absolue des suffrages exprimés, serait alors remis en cause.

“En changeant la loi, et dans le cas où le pourcentage de votes blancs serait supérieur à celui obtenu par les candidats, le scrutin serait invalidé”, explique Stéphane Guyot, qui dirige l'association Citoyens du Vote Blanc (CVB).

Selon lui, deux cas de figure se présentent en cas de prise en compte de ce bulletin. Le premier consisterait en une révision des articles L65 et L66 du Code électoral. La deuxième hypothèse - plus probable - consisterait à inscrire une mention spéciale dans l’article 7 de la Constitution, pour y intégrer la notion de “majorité relative”.

Stéphane Guyot, ardent défenseur du vote blanc, a d’ailleurs récemment écrit au président de la République afin de l’alerter sur le fait que ce bulletin représentait une “vraie expression des électeurs”. Selon lui, la classe politique française entretient à dessein l'abstention, au détriment d'un vote blanc pleinement reconnu.

Une mesure peu coûteuse

"Avec cette annonce, le président touche à quelque chose de sensible chez les gilets jaunes, c'est une question qui revient beaucoup sur les ronds-points", confirme Jérôme Sainte-Marie, président de l'institut de sondage PollingVox. Une idée déjà évoquée par Benjamin Griveaux ce mardi au micro de Jean-Jacques Bourdin. "Ce que nous disent beaucoup de gens qui ont enfilé un gilet jaune, c’est qu’ils ne se sentent pas représentés. Le président souhaite que ces derniers soient entendus", a déclaré le porte-parole du gouvernement.

Une mesure qui "techniquement", ne coûterait "rien", rien renchérit Stéphane Guyot. Même si le vote blanc était pris en compte, "les candidats continueraient de toucher normalement leurs dotations", ajoute le président du CVB. 

Valentine Arama