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Emmanuel Macron, "en marche", mais avec qui?

"En marche", Emmanuel Macron pourrait bien devoir changer d'amitiés politiques pour réussir.

"En marche", Emmanuel Macron pourrait bien devoir changer d'amitiés politiques pour réussir. - Jeff Pachoud - BFMTV

Emmanuel Macron se lance dans la bataille. Après avoir joué les francs-tireurs dans le gouvernement Valls, il lance son mouvement politique. Avec 2017 en ligne de mire?

Petite scène, fond gris, aucun logo: Emmanuel Macron joue la sobriété. Devant quelques dizaines d'habitants d'Amiens, le ministre de l'Economie a lancé son mouvement politique, baptisé "En marche!" Le but? En finir avec "l'immobilisme", ce "mal français" comme l'appelle le clip (de campagne?) diffusé à l'occasion de ce lancement.

Gouvernement et PS le lâchent

Depuis son entrée au gouvernement en août 2014, Emmanuel Macron détonne dans le paysage politique. Celui qui refuse de s'encarter au Parti socialiste, dénonce le "clonage des élites" pour mieux proposer, le lendemain, une rémunération "au mérite" des fonctionnaires. Tantôt murmurant à l'oreille de François Hollande, tantôt tirant dans les pattes de Manuel Valls, Emmanuel Macron ne compte pas beaucoup de soutiens dans son équipe.

Lors du lancement de son mouvement, Pascale Boistard, secrétaire d'Etat chargée des Personnes âgées et de l'Autonomie, a sonné la charge. Sur son compte Twitter, elle a posté le message suivant, référence explicite à l'ancien banquier d'affaires: 

Avant le lancement, elle avait déjà taclé "les ambitions personnelles" d'Emmanuel Macron. Un point de vue partagé par d'autres ministres, comme Stéphane Le Foll, en charge de l'Agriculture. "Pourquoi il fait la une des journaux alors que, moi, je suis en page 18?" s'interroge-t-il, selon des propos rapporté par le JDD

Même son de cloche du côté du Parti socialiste, qui ne se trouve pas franchement sur la même ligne politique que le ministre de l'Economie, comme en témoigne l'accueil glacial qui lui a été réservé à Amiens, sa ville natale. Conseiller régional d'Île-de-France, François Kalfon ne décolère pas

"Monsieur Valls et Monsieur Macron partagent cette part de gâteau libéral qu'ils revendiquent tous les deux. L'un (Emmanuel Macron) avec des aires plus cools de "startuper", et l'autre (Manuel Valls) avec une vision plus autoritaire" estime le socialiste.

La faute, selon Bernard Samanes, directeur d'Elabe, à une image "d'un homme qui ne parle qu'aux entrepreneurs". Une image confirmée par la côté de popularité d'Emmanuel Macron, qui, si elle est élevée, ne l'est qu'en partie. "Quand on regarde dans le détail, la côté de popularité d'Emmanuel Macron, elle est très forte chez ceux qui vont le moins mal: les retraités, les cadres supérieurs, la France urbaine" confirme Bernard Samanes.

Chercher à droite

La solution pour Emmanuel Macron se trouve peut-être à droite. Le 7 avril, Jean-Pierre Raffarin déclarait qu'il n'y avait "aucune incompatibilité" entre le ministre et son poulain pour la primaire de droite, Alain Juppé. Encore mieux, Raffarin estime que Macron serait "le meilleur Premier ministre" d'un président de droite modérée.

Le même jour, l'ancien banquier d'affaires a reçu le soutien, embarrassant pour un ministre d'un gouvernement socialiste, de Pierre Gattaz, le patron des patrons. Sur France Inter, le boss du Medef a jugé "rafraîchissante" l'idée d'Emmanuel Macron de lancer son propre mouvement. Une déclaration à l'opposée de celle du responsable de la section PS de la Somme qui espérait le 6 avril que les idées d'Emmanuel Macron "ne soient jamais l'avenir de la gauche".

Paul Aveline