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Treize militaires morts au Mali, le plus lourd bilan depuis l'attentat du Drakkar à Beyrouth en 1983

Le général François Cann, commandant du contingent français de la force multinationale au Liban, devant des sauveteurs cherchant des survivants à l'attentat du Drakkar, le 25 octobre 1983.

Le général François Cann, commandant du contingent français de la force multinationale au Liban, devant des sauveteurs cherchant des survivants à l'attentat du Drakkar, le 25 octobre 1983. - AFP - Philippe Bouchon

En pleine guerre civile au Liban, deux attentats-suicides revendiqués par l'Organisation du Jihad Islamique, affilié au Hezbollah, ont visé les contingents militaires américain et français de la Force de sécurité à Beyrouth. Au total, 58 parachutistes français ont péri dans la seconde explosion.

La collision de deux hélicoptères de l'opération Barkhane au Mali, lundi soir, a causé la mort de treize soldats français. Il s'agit du plus lourd bilan qu'a connu notre armée depuis trente-six ans. Plus précisément, depuis les attentats de Beyrouth du 23 octobre 1983 qui ont fait 305 morts, dont 58 militaires français. 

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C'est un événement qui a durablement ébranlé l'appareil militaire de l'Hexagone. En pleine guerre civile libanaise (1975-1990), plusieurs pays ont des troupes sur place, notamment la France et les États-Unis, sous l'égide de l'ONU. Le contingent français est logé dans un immeuble surnommé "poste Drakkar", haut de huit étages, anciennement occupé par les services secrets syriens. Les Américains, eux, occupent l'Aéroport international de Beyrouth. 

Le Hezbollah pointé du doigt

Aux aurores, vers 6h18 du matin, un camion piégé explose à proximité du contingent des Marines américains, tuant 241 militaires. Deux minutes plus tard, c'est au tour des Français d'être visés au Drakkar. L'immeuble est détruit et 58 parachutistes décèdent dans l'explosion. Si les contours de l'attaque à l'aéroport ont été élucidés (un camion Mercedes bourré d'explosifs), ceux de l'attentat du Drakkar demeurent flous.

Le double attentat-suicide est d'abord revendiqué par le Mouvement de la révolution islamique libre, puis par l'Organisation du Jihad Islamique, affilié au Hezbollah, groupe islamiste chiite lié à l'Iran et qui détient des capacités paramilitaires. Celui-ci dément néanmoins en être responsable, mais ces attentats du 23 octobre 1983 interviennent alors qu'un conflit qui se joue, à ce moment-là, entre l'Iran et l'Irak, la seconde étant amplement soutenue par la France via d'importantes livraisons d'armes.

Les forces quittent Beyrouth quelques mois plus tard

Ce drame est l'épisode le plus tragique d'un déploiement militaire occidental dont l'objectif est, à l'époque, de jouer un rôle "dissuasif auprès des factions armées libanaises" et de permettre aux autorités locales d'asseoir à nouveau leur autorité sur un territoire fracturé.

Cette mission, d'ordre essentiellement politique, s'avère de plus en plus difficile à assurer dans un contexte aussi détérioré. Quelques mois plus tard, en avril 1984, les forces de l'ONU quittent Beyrouth et sont remplacés par des "Casques blancs".

Jules Pecnard