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Macron fait la leçon à un ado mais "la vraie autorité, c'est face à Trump ou Poutine" qu'il faut l'avoir

EDITO - Alors que la séquence entre un adolescent un peu familier et Emmanuel Macron aurait pu rester une simple altercation en marge de commémorations, la présidence a développé le récit en l'utilisant comme un outil de communication politique.

Après "la meilleure façon de se payer un costard", c'est cette fois-ci au sujet des règles de politesse et de la nécessité d'une mention au brevet que le président s'est emporté lundi, lors des commémorations de l'appel du 18-Juin 1940 en région parisienne.

Le "Ça va, Manu?" d'un adolescent, lancé après une brève interprétation de l'Internationale -d'ailleurs saluée par le Président-, est resté en travers de la gorge d'Emmanuel Macron.

Malgré les excuses rapides du collégien, le président de la République insiste: "Non, non. Tu es là, dans une cérémonie officielle, tu te comportes comme il faut. Tu peux faire l’imbécile, mais aujourd'hui c'est La Marseillaise et Le Chant des partisans. Tu m'appelles 'Monsieur le président de la République' ou 'Monsieur'."

La séquence aurait pu s'arrêter là. "Mais il sent bien qu'il y a peut-être une séquence à faire et il revient, il lui fait deux autres leçons", relève Laurent Neumann, éditorialiste à BFMTV.

"Une leçon d'histoire et d'instruction civique et une leçon de morale, avec en toile de fond l'éloge de la performance, de l'efficacité", poursuit-il. Emmanuel Macron intime en effet à l'adolescent, s'il "veut faire la révolution", d'"apprendre à avoir un diplôme et à se nourrir soi-même" avant de "donner des leçons aux autres".

"Il sait qu'il peut être filmé tout le temps"

La séquence aurait pu une nouvelle fois s'arrêter là. C'est sans compter sur l'Elysée qui publie dans la soirée la vidéo de l'altercation sur le Twitter du président, accompagné du message: "Le respect, c'est le minimum dans la République – surtout un 18 juin, surtout en présence des compagnons de la Libération. Mais cela n'empêche pas d’avoir une conversation détendue – regardez jusqu'au bout."

"(Emmanuel Macron) a bien compris le fonctionnement de la société médiatique à l'ère du numérique", analyse Arnaud Benedetti, professeur en histoire de la communication associé à l'université Paris IV.

"Il sait qu'il peut être filmé tout le temps, qu'il est dans une situation d'hyper visibilité permanente donc il s'y prépare. Là, c'est vrai qu'il y a quelque chose d'à la fois spontané et non spontané parce que la situation était inattendue, mais la façon dont il récupère ces images pour en faire un élément de communication montre que tout cela est fortement pensé", poursuit l'auteur du Coup de com' permanent.

Le spécialiste de la communication politique note par ailleurs sur notre antenne qu'Emmanuel Macron ne réaffirme pas son autorité seulement en tant que président, mais aussi en tant qu'adulte.

"Une métaphore de la fin de 1968"

"C'est une métaphore de la fin de 1968, 50 ans après. 1968 était une formidable contestation de toutes les autorités sous toutes leurs formes, et là on voit une image qui vise à emblématiquement restaurer l'autorité", avance-t-il.

De son côté, Christophe Barbier, éditorialiste à BFMTV relève que la présidence tente de "faire d'un incident de communication dans un bain de foule un fait politique, un fait pédagogique". "Attention, il ne faut pas confondre être pédagogue et être donneur de leçons", prévient-il, notamment en exigeant une marque de respect de l'adolescent alors que lui-même le tutoie sans le connaître.

L'exercice est-il réussi? "Cette séquence, tout au moins le début va satisfaire une partie de son électorat qui est en demande d'autorité", estime Arnaud Benedetti. "C'est réussi face aux valeurs qu'il souhaite défendre. Il est cohérent par rapport à son fond de marque, comme on dit en publicité", analyse-t-il.

"La vraie autorité, c'est quand on l'exerce d'égal à égal"

Néanmoins, "l'autorité est une créance" relève aussi le spécialiste en communication politique. "Il faut qu'il y ait des résultats derrière. (...) Il a voulu rétablir l'autorité comme une valeur sûre de sa politique. Si sur des questions aussi pratiques que la question de la sécurité par exemple, il n'obtient pas de résultats, on pourra se poser des questions", prévient-il.

"La vraie autorité c'est quand on l'exerce d'égal à égal, face à Trump, face à Poutine", abonde Laurent Neumann, et "qu'on ne la rappelle pas", conclut Arnaud Benedetti.

Liv Audigane