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Macron "champion de la Terre": quel bilan écologique pour le président?

Emmanuel Macron va recevoir ce mercredi son titre de Champion of the earth à New York.

Emmanuel Macron va recevoir ce mercredi son titre de Champion of the earth à New York. - Ludovic MARIN / AFP

Le président français sera récompensé ce mercredi soir à New York le titre de "champion de la Terre", du programme des Nations Unies pour l'environnement. Une récompense honorifique qui fait grincer des dents dans l'Hexagone.

"Make our planet great again". En septembre 2017, après l'annonce du président américain du retrait des Etats-Unis des accords de Paris sur le climat, Emmanuel Macron avait réagi depuis l'Elysée dans une allocution en français et en anglais. Pour conclure, il avait lâché cette phrase devenue virale. Sur Twitter, le slogan a été partagé à ce jour près de 230.000 fois, liké plus de 380.000 fois, et commenté à plus de 6.000 reprises.

Une phrase qui a fait date au niveau international et contribué à forger au chef de l'Etat français l'image d'un leader de la lutte contre le réchauffement climatique, surtout pour son contraste avec la position de Donald Trump. En avril, lors de sa visite d'Etat à Washington, d'autres mots d'Emmanuel Macron résonnaient au Congrès américain: "il n'y a pas de planète B". Un discours très applaudi au cours duquel il se disait certain que les Etats-Unis reviendraient tôt ou tard dans les accords.

La France en retard sur plusieurs plans

Ce mercredi, le président français sera récompensé pour ces prises de position par un titre décerné chaque année depuis 2005 à plusieurs acteurs de la lutte environnementale et climatique: Champion of the earth, qui se traduit plutôt par "défenseur" ou "ambassadeur pour la Terre", que par "champion de la Terre" avec le sens victorieux que cela prend en français.

Le titre lui sera décerné à New York par le Programme des nations unies pour l'environnement (PNUE), et sera remis à Brune Poirson, le chef de l'Etat ayant déjà quitté New York.

Mais quelques semaines après la démission fracassante de Nicolas Hulot, cette récompense, de la part des Nations unies, passe mal dans l'Hexagone. "Si ce n’était pas un sujet aussi sérieux, on pourrait en rire", réagit sur notre antenne Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace.

"Quand on a appris qu’il allait recevoir ce prix, on est un peu tombés de notre chaise. Non, Emmanuel Macron, pas plus que le gouvernement français aujourd’hui, ne sont des champions de la planète", dénonce-t-il, citant un retard français dans le domaine "de la transition énergétique, du transport, de la transformation nécessaire de l’agriculture…" 

"Les Nations Unies récompensent un slogan"

Si elle peut sembler être un moteur à l'international, la France ne remplit effectivement pas ses objectifs sur le climat. Pour le directeur de l'ONG, c'est le célèbre slogan d'Emmanuel Macron qui est récompensé, plutôt que les actions effectives de la France.

"Si on prend la réalité des actes, on est loin du compte. Est-ce que les Nations Unies sont là pour récompenser des slogans et des promesses? Non", répond-il. "En tout cas pour nous, ça ne devrait pas être le cas, ce qu’elles devraient récompenser ce sont les actes concrets, les réelles transformations dont nos sociétés ont besoin pour engager une véritable transition écologique et avoir de vraies actions qui ont un effet réel", conclut Jean-François Julliard. 

Interrogé par Le Parisien ce mercredi, l'écologiste Yannick Jadot partage le même constat. "Macron a peut-être trouvé le meilleur slogan de l'année, mais il est loin d'être un moteur en Europe sur ce sujet. La France soutient un projet de forage pétrolier en Guyane, l'importation d'huile de palme en France au nom des intérêts de Total et elle manque d'ambition sur les énergies renouvelables parce qu'elle défend son nucléaire", estime-t-il. 

Les émissions de CO2 dépassent les objectifs fixés

Qu'il s'agisse des émissions de CO2, de l'éolien ou de la part du nucléaire, la France est en effet à la traîne. Le Réseau action climat (RAC) a comparé la courbe des objectifs que s'était fixé le pays en matière de réduction des gaz à effet de serre avec la réalité. Pour l'année 2017, le compte n'y est pas: la France a dépassé ses objectifs de 6,7%. Une hausse constatée dans constatée dans les trois secteurs les plus émetteurs: les transports (+10,6%), le bâtiment (+22,7%) et l'agriculture (+3,2%). Pour les transports, cette hausse s'explique selon Gérard Feldzer par la place du transport maritime.

"98% des marchandises sont transportées par voie maritime, là c’est du 5, 6 voire 7% des émissions de CO2, parce que c’est du fioul lourd, du soufre, et c’est très dommageable pour la santé", explique le spécialiste transport de BFMTV.

Reculade sur le nucléaire

L'observatoire climat-énergie du RAC note aussi que la consommation d'énergie en France est en hausse, par rapport encore une fois aux objectifs fixés, à hauteur de +4,2%. Pour les énergies fossiles, la hausse s'élève à +4,5% et pour le nucléaire à +2,7%, même si la consommation globale de nucléaire est à la baisse. La consommation des énergies renouvelables est, elle, en-dessous des prévisions. Lors de la COP23, la France a d'ailleurs été épinglée pour avoir reporté à après 2025 l'objectif de 50% du nucléaire dans le mix énergétique, ce qui a été vu comme l'une des reculades notables de Nicolas Hulot. Le 8 novembre, cela a valu au pays de recevoir le trophée du "Fossile du jour" par l'ONG Climate Action Network.

Concernant l'éolien, la France compte une seule éolienne en mer, mise en service il y a seulement quelques jours, au large du Croisic. Sur terre, les projets mettent parfois jusqu'à neuf ans pour sortir, à cause notamment de l'opposition de riverains. Le pays compte aujourd'hui entre 7000 et 8000 éoliennes, un chiffre que le gouvernement aimerait doubler d’ici cinq ans. 

Le "sursaut" n'a pas eu lieu

Dans l'actualité récente, plusieurs mauvais signaux ont aussi été envoyés, dénoncés par les associations: le deuxième "non" de l'Assemblée nationale à l'inscription dans la loi de l'interdiction du glyphosate sous 3 ans, et l'annonce du projet de loi de finances 2019 présenté le 24 septembre. Il alloue au ministère de la Transition écologique et solidaire un budget de 10,59 milliards d’euros, contre 10,39 milliards lors de l’exercice précédent, un effort jugé insuffisant.

Pour Matthieu Orphelin, député LaREM et proche de Nicolas Hulot, le "sursaut" dont parlait l'ex-ministre au moment de sa démission n'a pas encore eu lieu. Sur notre antenne, il plaide pour que des discours et slogans soient suivis d'actes. "En 2017 on a émis 7% de gaz à effets de serre de plus. Oui, on a fait des choses, mais oui, il faut faire beaucoup plus dans cette seconde partie du quinquennat, c’était aussi ça le message de Nicolas Hulot, ce n’était pas de baisser les bras, c’était un sursaut général."

Charlie Vandekerkhove