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Les enjeux de la visite de François Hollande au Vatican 

L'historien des religions Jean-François Colosimo a apporté son éclairage sur la rencontre du président de la République avec le pape qui a lieu ce mercredi.

Trois semaines après l'assassinat du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray, François Hollande se rendra, ce mercredi au Vatican où il sera reçu en audience privée par le pape François. Jean-François Colosimo, historien des religions, a donné des précisions, mardi sur BFMTV, au sujet de la rencontre entre les deux hommes. Les relations entre le Saint-Siège et la France étaient plutôt tendues depuis l'arrivée au pouvoir du président socialiste mais l'attentat dans l'église normande du 26 juillet a changé la donne.

Le déroulé

Le président de la République sera accompagné du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve en sa qualité de ministre des cultes. Il existe deux sortes d'audience du pape. Les premières ont lieu à Saint-Pierre de Rome ou dans des grandes salles. Il s'agit des audiences générales. A cette occasion, le Saint-Père reçoit des groupes de pèlerins pour s'entretenir avec eux et leur faire la catéchèse.

Les secondes sont appelées les audiences spéciales. Elles sont réservées aux évêques, aux cardinaux de passage à Rome et aux personnalités de la société mondiale: artistes, scientifiques et aussi les chefs d'Etat. Ces derniers sont reçus selon un protocole très clair. Ils doivent en faire la demande et ne peuvent venir qu'en petit groupe ne dépassant pas une dizaine de personnes. "Parfois, c'est la famille comme dans le cas des Obama", rappelle le spécialiste. L'audience dure entre une demi-heure et trois-quarts d'heure.

La rencontre est suivie d'entretiens entre "les responsables des Affaires étrangères des deux niveaux". L'idée est de "dissocier le caractère courtois, amical, finalement personnel de la rencontre avec le pape et le fait que, malgré tout, on va traiter de sujets", précise l'historien des religions.

Un contexte tendu

Plusieurs contentieux ont émaillé les relations entre la France et le Vatican depuis le début du quinquennat de François Hollande. Cela a commencé avec la loi sur le mariage pour tous. La manière dont la manif pour tous et l'épiscopat ont été traités, à ce moment-là, a déplu au Saint-Siège.

Il y a également eu un différend lors de la nomination de l'ambassadeur français au Vatican. "Un premier candidat avait été annoncé sans concertation par Paris. Il a été finalement refusé parce que bien que catholique, il avait la réputation d'être gay", rappelle Jean-François Colosimo. Pendant 15 mois, il n'y a pas eu d'ambassadeur.

"Une relation désastreuse"

Enfin, le fait que la secrétaire d'Etat à l'aide des victimes, Juliette Méadel ait "demandé la démission du cardinal Barbarin sans même penser à la présomption d'innocence" a ajouté de l'huile sur le feu. Le primat des Gaules était mis en cause pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs et non-assistance à personne en danger. L'enquête a finalement été classée sans suite.

"Il y avait une espèce de relation désastreuse entre Paris et le Saint-Siège", résume l'historien des religions. Pour la réparer, un nouvel ambassadeur a été nommé. "Le père Hamel et la tragédie qui a suivi ont montré que finalement l'église catholique était très sérieuse, que s'il y avait un grand groupe qui adhérait à la laïcité en France, c'est elle par ses paroles d'apaisement", souligne-t-il.

Des enjeux politiques

François Hollande ira se recueillir en l'église Saint-Louis-des-Français, l'église nationale des Français à Rome. "C'est une première pour lui. C'est une habitude normalement protocolaire. Tout président qui se rend à Rome doit passer par là", rappelle Jean-François Colosimo. En janvier 2014, le chef de l'Etat avait refusé d'entrer à l'intérieur par "signe de désaccord diplomatique et aussi par une sorte de démonstration de laïcité, pure, dure et intransigeante", estime le spécialiste. Cette fois-ci, il ira se recueillir dans l'enceinte du bâtiment religieux en pensant aux victimes des attentats.

En France, l'église catholique ne donne pas de consignes de vote mais traditionnellement, les catholiques pratiquants votent plutôt à droite "à trois quarts". Ils ont actuellement tendance à se rapprocher de la tendance nationale en se dirigeant plus vers le Front national, indique Jean-François Colosimo. "C'est une cause, un peu perdue", estime l'historien des religions. Mais François Hollande se doit de ne pas être trop distancié par ses adversaires à la présidentielle de 2017. Nicolas Sarkozy s'est rendu à la messe de l'Assomption sur son lieu de vacances et Alain Juppé était de son côté à Lourdes.

E. M.