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Légion d'honneur: comment faire pour l'obtenir? 

Alors qu'Emmanuel Macron s'apprête à réformer les conditions d'attribution de la plus haute distinction française, retour sur l'histoire et les caractéristiques propres à cette décoration de prestige.

Ils sont aujourd’hui environ 93.000 à être distingués, tous grades confondus (chevaliers, officiers, commandeur, grand officier, grand-croix) de la prestigieuse Légion d’honneur. Un chiffre amené à ne plus croître de manière exceptionnelle alors qu’Emmanuel Macron lance ce jeudi une réforme visant à réduire drastiquement le nombre de citoyens décorés de la plus haute distinction française. Symbolique avant tout, cette décoration a vocation à récompenser le mérite des personnalités célèbres mais aussi des citoyens inconnus du grand public ayant œuvré au service de l’intérêt de la nation.

D’où vient la Légion d’honneur?

La Légion d’honneur est née le 19 mai 1802 à l’initiative de Napoléon Bonaparte. En créant ce titre honorifique, le Premier consul souhaitait "récompenser les citoyens les plus méritants dans tous les domaines d’activité", note la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur.

Qui peut l’obtenir?

En théorie, presque tout le monde. Quelques conditions doivent tout de même être remplies, à savoir être de nationalité française (les étrangers peuvent être décorés de la Légion d’honneur mais n’en sont pas membres) et avoir un casier judiciaire vierge.

  • Pour pouvoir prétendre à cette distinction de prestige, il est également nécessaire de "justifier de services publics ou d’activités professionnelles d’une durée minimum de vingt années, assortis dans l’un et l’autre cas de mérites éminents". Chaque année, environ 3.000 personnes sont distinguées, un tiers à titre militaire, deux tiers à titre civil.

Par qui et quand est-elle attribuée?

La Légion d’honneur ne se demande pas. C’est le président de la République, Grand maître de l’ordre de la Légion, qui décerne la récompense. Une liste de lauréats possibles établie par les ministres est d’abord transmise au Conseil de l’ordre de la Légion d'honneur qui procède à un tri avant que le chef de l’État ne signe les décrets de nomination.

Chaque citoyen a également la possibilité de constituer un dossier pour soumettre le nom d’un prétendant. Il devra pour cela recueillir des éléments biographiques et 50 signatures de citoyens majeurs. Chaque année, trois promotions civiles sont publiées au Journal officiel (1er janvier, Pâques, 14 juillet) et deux militaires (avril/mai et juin/juillet).

Quels avantages?

Comme expliqué précédemment, la Légion d’honneur est avant tout un titre honorifique, symbole de reconnaissance. À cet égard, elle n’accorde que peu d’avantages. Financièrement, un citoyen décoré du ruban rouge recevra entre 6,10 euros (pour les chevaliers) et 36,59 euros (pour les Grand’croix), indique RTL. Une somme rarement réclamée et souvent reversée directement à la société d’entraide des membres de la Légion d’honneur.

Mais, surtout, les lauréats doivent payer pour obtenir leur distinction. Entre 20 et 100 euros d’abord, pour s’acquitter des droits de chancellerie et recevoir le diplôme. Entre 75 (modèle réduit) et 990 euros ensuite pour s’acheter la décoration.

En réalité, ce titre est surtout profitable à la descendance. Il permet aux filles, petites-filles et arrière-petites-filles des récipiendaires d’intégrer les prestigieuses Maisons d’éducation de la Légion d’honneur pour y faire leurs études. Mais il faudra y mettre le prix. Comptez 1.812 euros pour l’année au collège, 1.776 euros pour le lycée et 450 euros pour se procurer l’uniforme obligatoire. En plus d'être chères, les places sont rares. En 2011, seules 55 demandes sur 400 ont été acceptées au lycée de Saint-Denis.

Enfin, la Légion d’honneur offre le droit de passer ses vacances dans des résidences luxueuses comme le château du Val à Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, ou la résidence de Costeur Solviane à Saint-Raphaël, dans le Var. Les retraités peuvent également y être hébergés pendant de longues périodes.

  • Peut-on refuser/se voir retirer la Légion d’honneur?

À proprement parlé, la Légion ne se refuse pas. "Certaines personnes manifestent leur opposition de principe à la Légion d’honneur sans en avoir été décorées. On ne peut pas parler de refus à leur sujet", explique la Grande chancellerie de la Légion avant d’ajouter que "refuser la Légion d’honneur implique d’avoir été auparavant nommé dans cet ordre, par décret publié au Journal officiel".

La plus haute distinction française peut en revanche être retirée "en cas de condamnation et lorsque le décoré a commis des actes contraires à l’honneur ou de nature à nuire aux intérêts de la France". Récemment, Emmanuel Macron a annoncé avoir "engagé des démarches" pour retirer son titre au producteur américain Harvey Weinstein, accusé de harcèlement, d’agression sexuelle et de viol.

Comment a-t-elle évolué?

La Légion d’honneur a subi quelques modifications depuis sa création. En 1958, le général de Gaulle engage une grande réforme du système des décorations. Il limite notamment le nombre de membres à 125.000. En 1963, il institue l’Ordre national du Mérite pour revaloriser celui de la Légion d’honneur, à qui on reproche déjà de distinguer un trop grand nombre de lauréats.

Mais les évolutions les plus notables sont récentes. En 2007, trois nouvelles mesures rendent la nomination des récipiendaires plus rigoureuse: La parité homme-femme est instaurée, la promotion du bénévolat associatif est créée et l’initiative citoyenne voit le jour pour permettre à tout Français de proposer le nom d’une personne qu’il estime méritante.

ils ont refusé la légion d'honneur...

Plusieurs personnalités de renoms se sont opposées à leur nomination à la Légion d’honneur. Parmi elles, on peut notamment citer Brigitte Bardot, Maurice Ravel, Georges Brassens, Léo Férré, Pierre et Marie Curie, George Sand, Jan-Paul Sartre, Marcel Aymé, Albert Camus, Simone de Beauvoir, Philippe Séguin…

Plus récemment, en janvier 2015, l’économiste Thomas Picketty avait lui aussi refusé sa nomination, estimant que ce n’était pas "le rôle d’un gouvernement de décider qui est honorable".

Paul Louis