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Hollande, quel "nouveau temps du quinquennat"?

François Hollande présantant les grandes lignes du projet de loi sur la moralisation de la vie politique, le 10 avril 2013 à l'Elysée, à Paris

François Hollande présantant les grandes lignes du projet de loi sur la moralisation de la vie politique, le 10 avril 2013 à l'Elysée, à Paris - -

Accélération des réformes, politique économique et remaniement… La "phase de l'offensive" a-t-elle sonné pour François Hollande?

Passer la seconde. Claude Bartolone et Stéphane le Foll ont lancé le débat jeudi en plaidant pour "un nouveau temps du quinquennat". A quelques jours du premier anniversaire de son arrivée à l’Elysée, François Hollande doit-il accélérer?

"Il y a une espèce de panique"

"Parler de 'nouvelle phase' au bout d’un an de mandat n’est pas très habile en terme de tempo politique, analyse Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique. On n’a jamais fonctionné avec un tel rythme, même sous Mitterrand lorsque les socialistes avaient mis deux ans à revenir sur la rigueur. En outre, cela dénote une certaine défiance vis-à-vis de ce qui est fait." C’est justement ce qui est reproché à l’exécutif qui, après avoir affronté une motion UMP de défiance sur sa politique économique, le 20 mars dernier, doit désormais convaincre dans son propre camp.

"La ligne défendue par François Hollande n’est plus très claire et lisible, souligne Gérard Grunberg, politologue au Cevipof. Et la situation économique et sociale est tellement grave qu’il y a une espèce de panique au sein du PS et du gouvernement sur le cap: où va-t-on et comment?" Vendredi matin sur BFMTV, le ministre du Travail Michel Sapin a reconnu que François Hollande était encore dans "le premier temps du quinquennat", "le temps de l'effort et du redressement", "ce temps toujours trop long où on met en place les outils". Au point que certains dans la majorité manifestent déjà des signes d’impatience et pressent publiquement le Président d’accélérer l’allure.

De la "phase post-traumatique" au "temps de l'offensive"

Pour le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, cette "deuxième phase du quinquennat" doit être celle "de l’offensive". "A notre arrivée, nous avons eu une phase défensive car nous étions obligés de faire face à de nombreux plans sociaux", explique-t-il. Désormais, "tous les ministres" doivent "expliquer notre politique et mettre l'accent sur la relance par l'investissement".

Pour Claude Bartolone, elle doit au contraire ressouder la gauche et se fixer comme priorités "des textes sur le logement ou le texte sur la consommation". Bref, des mesures qui s’adressent au quotidien des Français et non plus sociétales comme la loi légalisant le mariage homosexuel, qui a mis en lumière les fortes divisions au sein de la population.

Une façon aussi, à l’heure du premier bilan du quinquennat le 6 mai prochain, de tourner la page de cette année, marquée par une impopularité record pour un président en exercice et par plusieurs couacs. Une "phase post-traumatique" en somme, analyse un proche de François Hollande dans Les Echos.

Priorité aux mesures économiques et sociales

Pour Gérard Grunberg, François Hollande a désormais deux options: "Essayer de continuer comme avant, en composant avec les tensions et les divisions, ou renverser la table". Mardi, Jean-Marc Ayrault a donné une première indication du nouveau tempo du gouvernement. "Un an pour préparer et engager l'offensive. Quatre ans pour la réussir et la gagner", a-t-il lancé à l’Assemblée nationale.

Pour autant, hors de question de parler de réorientation politique. "Il y a une très forte continuité. La deuxième phase, c'est la concentration de l'effort et son intensification autour de trois priorités: l'industrie, l'emploi et la croissance. Il faut amplifier la direction prise", explique un proche de François Hollande dans Les Echos.

Et ne surtout pas vouloir tout changer et risquer de "renvoyer une image de précipitation", prévient Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique. "Le niveau d’impopularité atteint par l’exécutif incite effectivement à un changement, mais il serait dommageable pour François Hollande d’y répondre de façon brusque, par un remaniement ou un changement de Premier ministre par exemple, car cela donnerait un sentiment de panique", poursuit-il.

Un remaniement jugé prématuré

Dès lors, la possibilité d’un remaniement, largement évoqué par Le Figaro et Le Parisien, semble encore prématuré. Et ne règlerait rien. "Si c’est changer pour continuer comme avant, c’est un coup pour rien, estime Gérard Grunberg. Le seul intérêt d’un remaniement serait d’aller sur une autre ligne politique"

"L’enjeu n’est pas là, croit aussi Arnaud Mercier. S’il est impuissant à lutter face à la crise dans l’immédiat, le gouvernement doit surtout montrer qu’il a posé des bases qui lui permettront d’être prêt lorsque la croissance reviendra." Et donc ne pas désavouer ce qui a été fait au cours de ses premiers mois de quinquennat.

Sandrine Cochard