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Gouverner en étant impopulaire, le défi psychologique de François Hollande

François Hollande avant un discours , le 21 avril 2016.

François Hollande avant un discours , le 21 avril 2016. - Guillaume Souvant - POOL - AFP

Mais comment François Hollande fait-il pour continuer à gouverner en dépit d'une si forte impopularité? BFMTV a posé la question à un psy.

A peine 16% des Français apprécient encore la politique de François Hollande et seuls 11% d'entre eux souhaitent qu'il se représente. A un an de la prochaine élection présidentielle, beaucoup de médias, commentateurs et politiciens déclarent le chef de l'Etat "hors jeu". En même temps, il reste un an de mandat. Sur quels leviers psychologiques s'appuie-t-on pour agir quand peu de personnes croient encore en vous? Professeur de psychiatrie, praticien à l'hôpital Bichet et auteur, entre autres, de Tout déprimé est un bien portant qui s'ignore (Editions Jean-Claude Lattès), Michel Lejoyeux livre ses clés d’analyse. 

BFMTV: Comment gouverner quand on est aussi mal aimé que François Hollande? 

Michel Lejoyeux: Tous les métiers confrontés à la popularité, et donc à l'impopularité, imposent de savoir et de pouvoir continuer, même quand on est impopulaire. C'est aussi vrai pour un politique que pour un journaliste. Tous les métiers d'exposition publique sélectionnent des personnes qui savent qu'ils vont passer par là et qui connaissent, dans le même temps, l'excitation par le challenge. La capacité de résilience est la condition sine qua non pour exercer un métier où l'on est soumis au jugement quotidien. 

Lionel Jospin a pourtant abandonné après sa défaite en 2012. Comment l'expliquer? 

Lionel Jospin est un cas à part et c'est pour cela qu'on le remarque. Ségolène Royal, elle, après sa défaite [aux législatives de 2012] avait déclaré 'Je vous emmènerai vers d'autres victoires'. Moi je ne pourrai pas supporter d'être exposer au jugement quotidien. Mais les hommes de représentation sont animés par un logiciel qui fait de l'adversité un stimulant. C'est exactement la même chose dans la performance sportive.

Quels sont les mécanismes psychologiques à l'oeuvre exactement? 

Il y a quelque-chose dans la fibre politique qui fait que l'on ne cède pas à l'émotion négative. Ensuite, la résistance de chacun s'explique par des voies différentes. Certains affichent une forte croyance dans les objectifs qu'ils veulent atteindre. D'autres ont un optimisme indécrottable. Parfois, c'est le souvenir et l'exemple de traversés du désert arrivées sur des oasis.

On parle souvent de "l'ivresse du pouvoir". Vous qui êtes spécialiste des addictions, pensez-vous que le pouvoir en soit une?

Non mais il existe une relation passionnelle au pouvoir. Regardez un chef d'entreprise dont la société est déficitaire ou qui est mal-aimé de ses salariés, il n'a pas envie d'arrêter pour autant. Quand on a une personnalité de leader, on résiste. 

Certains disent que ce serait "une folie" de la part de François Hollande de se représenter en 2017? Que pensez-vous de cette analyse? 

D'abord, le terme de folie a une connotation stigmatisante qui fait qu'il n'est plus utilisé en médecine et en psychiatrie. Ensuite, continuer dans l'adversité est au contraire un comportement tout à fait banal dans le contexte de la politique, des médias ou de l'art. Vous imaginez Marcel Proust arrêtant d’écrire après le refus d’un manuscrit? Ce qui est anormal, c'est d'attendre de quelqu'un qui ne réussit pas qu'il abandonne. Aujourd'hui on assiste à une psychologisation de la vie publique qui n'est pas bonne pour la démocratie. C'est sain d'avoir des avis divergents. Cela l'est moins de donner des diagnostics. Cessons de faire des politiques des malades mentaux. On ne joue pas au docteur à distance.
Ma. G.