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Erdogan reçu par Macron l'Elysée, sur fond de purges en Turquie

Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan lors de leur rencontre pendant le sommet de l'OTAN, à Bruxelles, en mai 2017.

Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan lors de leur rencontre pendant le sommet de l'OTAN, à Bruxelles, en mai 2017. - Eric Feferberg - AFP

Le chef de l'Etat reçoit ce vendredi à l'Elysée son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Face à la polémique, Emmanuel Macron a affirmé qu'il aborderait la question des droits de l'homme en Turquie.

Une visite controversée, mais assumée par l'Elysée. Le président turc Recep Tayyip Erdogan est reçu ce vendredi à Paris par son homologue Emmanuel Macron pour discuter de la Syrie, de l'Europe mais aussi de la question sensible des droits de l'Homme en Turquie. Cette visite est la plus importante du chef de l'Etat turc dans un pays de l'Union européenne depuis le putsch manqué de juillet 2016 et la répression qui l'a suivi, qui l'a isolé sur la scène internationale.

Recep Tayyip Erdogan sera accueilli à la mi-journée par Emmanuel Macron à l'Elysée pour un tête-à-tête suivi d'un déjeuner à l'issue duquel les deux présidents s'exprimeront devant la presse.

Malgré les critiques, l'Elysée justifie son choix

Cette venue fait grincer des dents à gauche en France: elle a été condamnée par la France insoumise et par le Parti communiste tandis que la Ville de Paris, dirigée par la socialiste Anne Hidalgo, s'est dite "préoccupée" par le "respect des droits humains et de la démocratie locale en Turquie". 

Même son de cloche du côté des ONG: Amnesty International a exhorté Emmanuel Macron à rappeler "fermement" à Recep Tayyip Erdogan que "les défenseurs des droits humains n'étaient pas des terroristes". Des syndicats et organisations de journalistes, dont RSF, lui ont demandé de "dénoncer avec fermeté l'injustice qui frappe les journalistes turcs".

Mais l'Elysée justifie cette visite par le souci d'Emmanuel Macron de "maintenir le fil du dialogue" sans "cacher les divergences", comme il le fait avec les autres dirigeants.

Ce "dialogue exigeant", selon la présidence, a été initié au cours de rencontres au sommet de l'Otan en juillet puis en marge de l'Assemblée générale de l'ONU en septembre. Les deux hommes se sont parlé au téléphone à de nombreuses reprises, notamment après les arrestations en Turquie de deux Français, le photoreporter Mathias Depardon et l'étudiant en journalisme Loup Bureau.

Des purges immenses

Emmanuel Macron a affirmé mercredi qu'il évoquerait avec son invité "la situation des journalistes emprisonnés" en Turquie. "Je le ferai dans le respect mais avec le souci de défendre (...) nos valeurs et nos intérêts", a-t-il précisé. Invitée sur BFMTV et RMC ce vendredi matin, la ministre de la Justice Nicole Belloubet s'est dite "certaine" que le chef de l'Etat "interviendra fermement auprès du Président Erdogan pour faire valoir la conception française et européenne de l'Etat de droit".

Plus de 140.000 personnes ont été limogées ou suspendues et plus de 55.000 ont été arrêtées, dont des universitaires, des journalistes et des militants pro-kurdes, après le putsch manqué de l'été 2016. Dans un entretien à LCI, jeudi, Recep Tayyip Erdogan a d'ailleurs indiqué que ces purges allaient continuer dans les semaines et les mois à venir.

L'ampleur de ces purges menées par Ankara a quasiment ramené à l'arrêt les négociations au long cours sur la candidature d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. 

La chancelière allemande Angela Merkel a même annoncé début septembre être favorable à un arrêt de ces négociations. Mais Emmanuel Macron a ensuite appelé à "éviter les ruptures" entre l'UE et la Turquie, la qualifiant de "partenaire essentiel".

La Syrie au coeur des discussions

En tête des dossiers partagés par la France et la Turquie: la Syrie. Ankara comme Paris cherchent à peser dans les négociations engagées pour mettre fin à ce conflit qui a fait plus de 340.000 morts depuis mars 2011. Le président français compte renforcer la coopération avec Ankara sur deux dossiers liés à la crise syrienne: le "terrorisme" jihadiste et la crise migratoire.

Les deux dirigeants devraient également discuter des troubles en Iran, de la question de Jérusalem après la décision du président américain Donald Trump de la reconnaître comme capitale d'Israël, ainsi que du climat, la Turquie n'ayant pas ratifié l'accord de Paris, selon l'Elysée.

Sur le plan bilatéral, Paris comme Ankara souhaitent accroître leurs échanges économiques qui s'élevaient, en 2016, à 13,38 milliards de dollars, selon Ankara. 

Adrienne Sigel avec AFP