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Drapeau français exigé: comment se prépare le 1er déplacement du président Macron en Corse

Emmanuel Macron doit se rendre en Corse pour la première fois ces mardi et mercredi en tant que président de la République

Emmanuel Macron doit se rendre en Corse pour la première fois ces mardi et mercredi en tant que président de la République - Pascal Pochard-Casabiance - AFP

Le président de la République effectuera son premier déplacement en Corse ces mardi et mercredi. Une sortie dans un contexte politique tendu avec les nationalistes, majoritaires sur l'île depuis les dernières élections territoriales.

Emmanuel Macron doit se rendre en Corse ces mardi et mercredi. Ce sera son premier déplacement sur l'île en tant que président de la République, dans un contexte politique chamboulé: depuis les élections territoriales de décembre, les nationalistes disposent de la majorité absolue en voix sur l'île. Ils attendent le Président au tournant.

Un hommage au préfet Claude Erignac...

A deux jours du déplacement, le programme officiel n'est pas encore connu, tant les chemins corses sont sinueux. Seule certitude, le chef de l'Etat participera mardi à 10 heures aux commémorations des 20 ans de l'assassinat du préfet Claude Érignac, à Ajaccio.

Il inaugurera un monument en hommage au haut fonctionnaire et devrait prononcer un premier discours en présence d’élus et d’officiels, dont Gilles Simeoni, le président du conseil exécutif de Corse, ou Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Intérieur au moment des faits. Une allocution qui ne devrait pas lever le voile sur les intentions du Président pour l'avenir institutionnel de la Corse.

... sans le leader indépendantiste Jean-Guy Talamoni

Le président de l’Assemblée de Corse, l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni, n’assistera pas à la cérémonie.

"D'une part sa présence n'est certainement pas souhaitée par la famille Érignac. D'autre part ce qu'il demande, c'est qu'on organise une cérémonie qui concernerait l'ensemble des victimes du conflit. Victimes des deux camps, y compris nationalistes", explique son entourage.

Emmanuel Macron devrait ensuite se rendre à la mairie d'Ajaccio pour un entretien à huis clos avec le maire juppéiste, Laurent Marcangeli. Une faveur qui, quand elle a fuité, a fait grincer des dents les nationalistes, qui n'avaient à ce stade aucune rencontre de prévue avec le Président.

Une rencontre incertaine avec Talamoni et Simeoni

Le chef de l'Etat devrait rencontrer le duo qui dirige l'île: Gilles Simeoni, autonomiste et chef de l'exécutif insulaire, et Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée corse et indépendantiste. Ce dernier, invité sur BFMTV ce dimanche soir, a toutefois indiqué que s'il en était "fortement question", la rencontre n'était "pas encore actée". Emmanuel Macron devait, selon nos informations, se rendre mardi soir à l'Assemblée corse.

À ce stade, aucune prise de parole publique n'est prévue. Le Président devrait en revanche faire part aux chefs nationalistes de ses intentions pour l'avenir de la Corse. 

Une poignée de main qui n'allait pas de soi pour l'Élysée: "Emmanuel Macron veut éviter de passer pour un chef d'Etat étranger sur le perron", analyse un élu local.

Drapeau français exigé

Le Président a donc posé sa condition: qu'un drapeau tricolore trône dans la salle du rendez-vous. 

Une information confirmée par un proche de Jean-Guy Talamoni: "On le fait pour tous nos hôtes. Quand on a reçu une délégation ivoirienne on a mis un drapeau ivoirien", ironise-t-il à moitié.

Depuis que les nationalistes sont au pouvoir, le drapeau français a disparu de leurs bureaux. S'il se trouve toujours sur le fronton de l'assemblée de Corse, il n'a plus la place centrale qu'il occupait.

Une rencontre à Bonifacio a priori annulée

Dans l'après-midi, le président pensait se rendre à Bonifacio, pour rencontrer le maire macroniste de la ville. "Au départ il ne voulait pas y aller, il le jugeait trop ambigu avec les nationalistes. Mais ses conseillers lui ont fortement recommandé", décrypte un proche de l'Élysée.

Mais le fait que Jean-Charles Orsucci et d'autres élus LaREM locaux signent dans la nuit de vendredi à samedi la résolution déposée par les indépendantistes, un texte reprenant leurs principales demandes, aurait définitivement refroidi l'intention présidentielle.

"Bonifacio était une visite privée, pour l'instant a priori elle est annulée", confirme Jean-Charles Orsucci. "Je n'ai d'ailleurs officiellement pas été averti de cette annulation. J'ose espérer que ce n'est pas à cause de cette résolution. Je ne vois pas en quoi elle est en contradiction avec ce que dit le gouvernement depuis le début. Nous y avons inscrit l'esprit de Furiani, l'esprit du discours d'Emmanuel Macron en avril dernier." A l'époque, Emmanuel Macron s'était montré ouvert à une révision de la Constitution pour prendre en compte les spécificités corses.

Discours politique en Haute-Corse

Mercredi, le chef de l'Etat se rendra en Haute Corse. Première étape, la visite d'une exploitation agricole des environs de la ville. Mais le point d'orgue aura lieu l'après-midi. Vers 15h30, Le président prononcera un discours dans lequel il devrait enfin livrer sa vision pour la Corse. Rien n'a filtré sur ses intentions, et l'exercice s'annonce périlleux.

"C'est compliqué ici. Presque tous les présidents de la République se sont cassés les dents", décrypte un connaisseur du dossier.

À Ajaccio, Les Corses se rappellent le chef de l'Etat qui a le plus œuvré pour leur Île: François Mitterrand. Le président socialiste, en visite sur place, leur avait lancé: "Soyez vous même!"

Mardi et mercredi, Il faudra plus qu'une formule à Emmanuel Macron pour trancher des questions vieilles de 40 ans, et conquérir les sceptiques, nombreux.

Agathe Lambret, envoyée spéciale en Corse