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"De nouvelles lignes rouges" contre l'antisémitisme: les annonces de Macron au dîner du Crif

Lors de son discours au dîner du Crif ce mercredi soir, le président a dit vouloir tracer de "nouvelles lignes rouges" pour lutter contre la haine antijuive sur internet ou dans les écoles publiques, au lendemain d'une mobilisation nationale contre la flambée des actes antisémites.

En réaction à la hausse considérable des actes antijuifs sur le sol français, le chef de l'État a annoncé des "décisions fortes" ce mercredi lors du dîner annuel du Crif, auquel il était convié à Paris. Ce discours était très attendu, tout comme les mesures que le chef de l'Etat a égrené pendant près de 30 minutes. 

"J'aurais souhaité que ce discours se passe dans des circonstances plus sereines", a-t-il déclaré le visage grave, une étoile de David accroché à sa veste, en ouverture de son discours face aux représentants des institutions juives de France.

Un discours particulièrement empreint d'émotion, au cours duquel Emmanuel Macron a appelé à "combattre avec force et clarté" "le poison lent" de l'antisémitisme. Le président a ensuite égrené les noms des personnes tuées en France parce qu'elles étaient juives. "Cette litanie, c'est notre échec. Trop d'indignation, trop peu de résultats!", a-t-il regretté.

L'antisionisme intégré à la définition de l'antisémitisme

Emmanuel Macron a, pour la première fois, nommé un antisémitisme encore tabou. Il a annoncé mercredi que la France allait adopter dans ses textes de référence une définition de l'antisémitisme élargie à l'antisionisme.

"La France, qui l'a endossée en décembre avec ses partenaires européens, mettra en oeuvre la définition de l'antisémitisme adoptée par l'Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah" (qui intègre l'antisionisme, NDLR), a-t-il dit, martelant que "l'antisionisme est une des formes modernes de l'antisémitisme". 

Le chef de l'Etat s'est en revanche dit ces derniers jours opposé à la pénalisation de l'antisionisme par le biais d'une nouvelle loi, comme l'avait proposé notamment le député LaREM Sylvain Maillard. 

Contenus haineux sur internet: une proposition de loi en mai

"Il nous faut adopter nos sanctions à la société numérique", a encore affirmé Emmanuel Macron lors de son discours.

"Dès le mois de mai", la député LaREM Laëtitia Avia déposera donc une proposition de loi pour lutter contre la haine sur internet. Ce texte "reprendra les propositions" faites dans un rapport remis en septembre au Premier ministre, dont l'une vise à renforcer la pression sur les opérateurs du Net, dans le cadre d'un renforcement de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme sur internet. Sur notre antenne quelques minutes plus tard, la députée LaREM a précisé que les plateformes qui ne retireraient pas ces contenus haineux au bout dans un certain délai risqueraient des amendes à hauteur de "millions d'euros". 

Un audit sur la déscolarisation des enfants juifs

Déplorant que des élèves juifs de certains quartiers soient "trop souvent" obligés de "quitter l'école publique", le chef de l'Etat a chargé son ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, de lancer un "audit" des établissements scolaires touchés par la "déscolarisation" des enfants de confession juive. Emmanuel Macron a dit vouloir que l'école joue à plein "son rôle de rempart républicain".

Dissolution de trois associations d'extrême-droite

Emmanuel Macron a également demandé la dissolution d'"associations ou groupements" racistes ou antisémites, à commencer par les organisations d'extrême droite Bastion social, Blood and Honour Hexagone et Combat 18. 

"Parce que la période met en cause ce que nous sommes, la France doit tracer de nouvelles lignes rouges", a-t-il développé. "J'ai demandé au ministre de l'Intérieur d'engager des procédures visant à dissoudre des associations ou groupements qui par leur comportement nourrissent la haine, promeuvent la discrimination ou appellent à l'action violente".

  • Dans son discours, le chef de l'État a aussi déploré que "notre pays (soit) confronté à une résurgence de l'antisémitisme quasi-inédite depuis la Seconde guerre mondiale". Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait déclaré le 11 février dernier que les actes antisémites avaient bondi de 74% en France en 2018.

Plusieurs cimetières juifs ont été profanés ces derniers jours, des croix gammées ont été peintes sur le visage de Simone Veil à Paris, des arbres en hommage à Ilan Halimi ont été sciés et l'académicien Alain Finkielkraut a été victime d'injures à caractère antisémite samedi dernier lors d'un rassemblement des gilets jaunes samedi dernier à Paris.

Jeanne Bulant