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Dans ses vœux à la presse, Macron lance une offensive contre les "fausses nouvelles"

Ce mercredi, Emmanuel Macron adressait ses vœux à la presse au palais de l'Elysée. Il a annoncé la présentation prochaine d'un texte de loi pour lutter contre la diffusion des fake news.

Le président de la République a pris la parole, à l'Elysée, ce mercredi devant un parterre de journalistes afin de transmettre ses vœux à la presse. Et si Donald Trump est bien connu pour ses tirades contre les fake news, il n'en a pas le monopole. En prenant une tonalité différente de celle de son homologue américain, Emmanuel Macron s'en est en effet pris vertement aux "fausses nouvelles". Il a ainsi annoncé le dépôt prochainement d'un texte de loi visant à contrecarrer le pouvoir de nuisance de ces contenus frauduleux: 

"En période électorale, sur les plateformes internet, les contenus n’auront plus tout à fait les mêmes règles. Propager puissamment sur les réseaux sociaux une fausse nouvelle ne requiert que quelques dizaines de milliers d’euros et peut se faire dans l’anonymat. Les plateformes se verront imposer une transparence accrue sur les contenus sponsorisés afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus."

Il a poursuivi la description du mécanisme envisagé: "En cas de propagation de fausse nouvelle, on pourra saisir un juge à travers une nouvelle action en référé pour le cas échéant de supprimer la suppression du contenu, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné voire de bloquer l’accès au site internet". "Les pouvoirs du régulateur qui seront repensés en 2018 seront accrus pour lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers", a-t-il enchaîné. 

Le rôle du CSA 

Le CSA aurait un rôle à jouer dans ce dispositif: "Ça permettra au CSA repensé notamment de refuser de conclure des conventions avec de tels services en prenant en compte tous les contenus édités y compris sur internet." Et ces conventions pourraient même être interrompues en cas de tentative d'altérer un processus électoral: "Ça lui permettra aussi en cas d’agissement de nature à influencer un scrutin en période électorale ou préélectorale de suspendre ou annuler la convention." Afin de ne pas empiéter sur les libertés de la presse, Emmanuel Macron a promis de conduire des consultations avec des journalistes dans le cadre de ces réflexions. 

S'adressant bientôt à la responsabilité des journalistes eux-mêmes, il a encore proposé: "Le deuxième type d’action indispensable dépend de vous: beaucoup parmi vous s’interrogent sur la déontologie de leur métier. Et la démarche de Reporters sans frontières d’inventer une forme de certification des organes de presse respectant la déontologie du métier me paraît souhaitable."

"Illibéralisme" et "complotisme" à l'origine des fake news 

Car si Emmanuel Macron a copieusement souligné sa volonté de lutter contre l'influence éventuelle d'Etats ou d'organes "étrangers" à l'appui des réformes qu'il met au point dans le domaine médiatique, c'est que d'après lui, la montée des fausses nouvelles et du complotisme est "jumelle" de celle des démocraties "illibérales" qui "souvent financent" les premières. Toujours d'après le discours du chef de l'Etat, le véhicule de ce binôme menaçant le métier de journaliste est le relativisme sévissant sur internet, l'opinion et les médias:

"Nous avons progressivement laissé s’installer cette confusion. On a considéré que toutes les paroles pouvaient se valoir et que la régulation était forcément suspecte d’un choix. Or, non : toutes les paroles ne se valent pas. Ce ne serait rien si les fausses nouvelles n’étaient que des canulars. Mais il y a là une stratégie financée visant à instiller le doute un peu partout. Entre le populisme et le complotisme, le combat est commun."

Terminant ce tableau aux couleurs sombres, il a déclaré: "Cette propagande adopte votre ton, vos formats et parfois recrute parmi vous, parfois financée par ces démocraties illibérales. A travers vous, c’est la démocratie libérale qui est visée."

Un média visé 

Difficile de ne pas voir le média principalement visé par l'offensive présidentielle, comme l'a noté sur notre plateau, Laurent Neumann, notre éditorialiste politique, après la clôture du propos d'Emmanuel Macron: "Clairement, même si le nom n’a jamais été cité, il visait un média. Vous vous souvenez de ce qu’il s’était passé pendant la campagne présidentielle. Vous vous souvenez aussi de la visite de Vladimir Poutine. Clairement, il a visé un média : Russia Today, ou RT." Et le journaliste a rappelé le contentieux qui a opposé Emmanuel Macron et cet organe de presse: "Ce qu’on entend, c’est qu’il met cette chaîne à distance. Il l’a qualifié de bras armé médiatique du Kremlin pendant la campagne présidentielle. C’est ce média qu’il accusait d’avoir propagé l’idée fausse d’une existence d’un compte bancaire au Bahamas."

Robin Verner