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Affaire Benalla: les limites de la stratégie du silence d'Emmanuel Macron

Depuis la diffusion de vidéos où l'on voit Alexandre Benalla frapper des manifestants le 1er mai, et malgré de nombreuses révélations sur les privilèges et le rôle de ce proche collaborateur du Président, Emmanuel Macron garde obstinément le silence.

Emmanuel Macron va-t-il un jour s'exprimer sur l'affaire Benalla? 3 Français sur 4 le souhaitent selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mardi. Pis, l'image du chef de l'Etat est impactée par cette affaire et ce silence. Ceci dit, le Président n'a pour le moment pas émis le moindre avis sur son collaborateur proche, mis en examen entre autres pour violences en réunion et immixtion dans l'exercice d'une fonction publique.

Il a même annulé son déplacement sur le Tour de France prévu mercrediLe New York Times  rapporte qu'en déplacement en Dordogne la semaine dernière, Emmanuel Macron a lancé aux journalistes: "Je ne suis pas venu vous voir vous! Vous êtes les seuls que cela intéresse."

Des propos qui font écho à ceux d'un collaborateur du Premier ministre relayés dans Le Parisien: "Ça fait le buzz sur Twitter, le réseau social du microcosme parisien, mais sur Facebook où sont tous les Français, ça ne prend pas plus que ça", avait-il lancé. Pourtant, les audiences de téléspectateurs lors des retransmissions des auditions de la commission parlementaire tendent à prouver le contraire.

"Une vraie vacance de la parole" présidentielle

Devant l'ampleur prise par l'affaire Benalla, est-ce une bonne stratégie de garder obstinément le silence? "Non", juge Cécile Delozier, coach en communication, notamment politique, et fondatrice de l'agence Charisma.

"L'espace médiatique a horreur du vide et lorsque vous laissez un vide, la place est occupée par les autres, l'opposition, la rumeur", explique-t-elle à BFMTV.com. Au-delà des révélations égrenées au fil des jours, "les rumeurs se multiplient à grand train", relève-t-elle, décrivant une "vraie vacance de la parole".

Cécile Delozier note par ailleurs "un tempo un peu différent de ce qu'on attendait". "Jusqu'à présent, tout était mené tambour battant et là, tout à coup, il y a une inertie, un blocage, comme s'il y avait quelque chose qui grippait", détaille la spécialiste en communication. "C'en est d'autant plus inquiétant que c'est en opposition par rapport à la cadence tenue depuis un an."

Le Président aurait-il dû s'exprimer plus vite? "Ça n'a pas forcément été très efficace, mais pour le moment son image, son discours ne sont pas encore associés à cette affaire", note toutefois sur notre antenne Philippe Moreau Chevrolet, président de l'agence de communication des dirigeants MCBG.

"On appelle ça la communication de crise et il n'y a que des cas particuliers", tempère Cécile Delozier. Tous deux s'accordent à dire qu'Emmanuel Macron aurait pu prendre la parole dès le début des révélations, mais que la période d'auditions n'est sans doute pas le moment opportun.

Une "séquence initiale loupée"

"Ça pouvait purger la querelle dès le départ en disant 'c'est quelqu'un qui était à mes côtés, qui a outrepassé ses droits'", illustre la spécialiste en communication politique. Philippe Moreau Chevrolet estime aussi que le Président a "loupé la séquence initiale".

"Il ne peut vraiment prendre la parole que quand tout sera réglé, quand le ménage aura été fait à l'Elysée s'il doit l'être, dans le gouvernement s'il doit l'être, et qu'on ait un petit peu de clarté", développe-t-il sur notre antenne.

"Plus il attend, plus les attentes du public augmentent", constate Cécile Delozier. "Le dossier enfle et ensuite, il faudra donner en temps, en qualité et en énergie pour restaurer la confiance", estime-t-elle.

Emmanuel Macron pourrait-il déléguer sa prise de parole à son entourage? La coach en communication est formelle: "Ce serait une erreur à ne pas commettre." Et d'ajouter: "On est à la fois dans la sphère professionnelle mais aussi privée. (...) Que ca soit le directeur de cabinet de l'Elysée ou qui que ce soit, ça n'aura jamais la même valeur. Il n'y a que lui qui peut parler. En tout cas, c'est ce qu'attendent les gens."

Liv Audigane