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Régionales: au second tour, le FN "peut amplifier son score"

Des affiches de campagne de Marine Le Pen dans le Nord

Des affiches de campagne de Marine Le Pen dans le Nord - Philippe Huguen - AFP

La classe politique s'évertue à appeler à contrer le Front national dimanche au second tour des élections régionales. Pour autant, il est envisageable que le parti de Marine Le Pen accentue sa poussée du premier tour.  

"C'est une arnaque, le Front national", a répété Manuel Valls sur BFMTV mercredi matin. Pourtant, malgré les appels au "barrage républicain" formulés par le Premier ministre et les caciques du PS, le parti de Marine Le Pen est en mesure de remporter quatre régions: Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Paca, Alca et Bourgogne. En outre, rien ne dit que dans les huit autres de l'Hexagone le FN n'est pas en mesure d'améliorer son score lors du second tour des élections régionales

"Le FN et Marine Le Pen, quand ils sont en mesure de gagner 'repolitisent' les débats et mobilisent les électorats. Pour ou contre eux", expose l'historien Nicolas Lebourg sur BFMTV. "Il ne faut pas minimiser la dynamique de succès possible" pour le Front national, assure Bernard Sananès directeur de l'institut de sondage Elabe, à BFMTV.com, bien que pendant longtemps, le FN reculait au second tour puisque "le premier tour servait à lancer un avertissement" avant un report des voix vers la droite. 

"Le FN prospère dans le vide"

Au second tour des régionales, "la perspective réelle d'une victoire peut aussi amplifier le score" du FN, insiste Bernard Sananès. L'opportunité crédible "du grand coup de pied aux fesses du système" peut avoir un effet mobilisateur en faveur de ce parti, complète-t-il. Marine Le Pen "va recueillir plus de suffrages au deuxième tour" car "elle a des réserves de voix chez les abstentionnistes", assure même le politologue Rémi Lefebvre, interrogé, par L'Obs

Ces 50% d'électeurs du dimanche 6 décembre sont-ils la clé? "Le Front national est sur une dynamique face à une opposition traditionnelle épuisée, note Nicolas Lebourg. Or, le FN prospère dans le vide" laissé par des partis qui n'arrivent plus à convaincre les électeurs et notamment les plus jeunes.

L'exemple de la candidate frontiste Sophie Montel, aujourd'hui tête de liste en Bourgogne et en tête du premier tour, lors des législatives partielles du Doubs ne doit pas être sous-estimé. Malgré les appels au front républicain, elle avait progressé de 15% entre les deux tours qui devaient désigner le successeur de Pierre Moscovici parti à Bruxelles.

Deux régions, 10 millions d'habitants

Le nombre d'électeurs du parti fondé par Jean-Marie Le Pen est "haut, souvent stable et même en hausse dans le Nord ou en Paca" souligne le politologue Gaël Brustier. Dans ces deux régions, le FN aurait alors la possibilité d'administrer près de 10 millions d'habitants quand son plus large territoire aujourd'hui est le 7e secteur de Marseille du sénateur-maire Stéphane Ravier. Une sorte de grand laboratoire.

"En 1995, un an après avoir remporté des mairies dans le sud le FN perdait des électeurs. Ils faisaient volte-face. Ce n'est pas le cas aujourd'hui" plus d'un an et demi après les municipales. Depuis, Marine Le Pen a remporté les européennes puis fait élire pour la première fois deux sénateurs frontistes, entre autres.

Et attendant, Bernard Sananès livre une des explications aux succès répétés du FN: contrairement à Les Républicains et au PS, "90% de l'électorat renouvelle son vote" au scrutin suivant.

Samuel Auffray