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Présidentielle

Soupçons de fraude lors de la primaire LR: un chien et des personnes décédées ont pu voter

Une enquête de Libération jette le doute sur la sincérité du scrutin emporté par Valérie Pécresse en décembre dernier. Le journal qui a eu accès au fichier des adhérents révèlent que des personnes votantes étaient décédées ou n'avaient aucun intérêt pour la politique, laissant planer le doute sur leur démarche.

Une affaire qui s'ajoute aux ennuis de Valérie Pécresse. Alors que la candidate des LR tente de remonter la pente après des sondages poussifs et un premier meeting critiqué, Libération avance que la primaire du parti a été entachée de "manœuvres frauduleuses", remettant en cause la sécurité et la sincérité du scrutin.

Et pour cause. Si la représentante de la droite a largement emporté le second tour, elle était au-coude-à-coude au premier tour avec Eric Ciotti, séparé seulement par 665 voix. Face à un scrutin aussi serré, chaque voix compte. C'est là que le bât blesse. Un chien, des personnes décédées et des adhérents "fantôches" ont pris part au vote.

Des adhérents décédés ont voté

Rappel du fonctionnement de ce congrès: il a eu lieu entre le 1er et le 4 décembre dernier et était reservé uniquement aux adhérents à jour de cotisation. Cette désignation qui a récolté plus de 60% de participation a été vu comme un succès par les cadres du parti, d'autant plus qu'elle a été l'occasion de gagner des dizaines de milliers de nouveaux adhérents. En quelques semaines, le chiffre des adhésions a bondi de 80.000 militants pour compter en tout 148.862 sympathisants.

Pour pouvoir voter, il fallait donc être à jour de cotisation, tout en pouvant fournir une adresse mail et un numéro de téléphone sur lequel était ensuite envoyé un code de sécurité le jour J pour vérifier que la personne qui votait était bien celle inscrite.

Problème: parmi les adhérents ayant rejoint les bancs du parti, "certains n'existent pas ou plus", rapporte Libération. C'est ainsi qu'un chien prénommé Douglas a pu adhérer grâce à son propriétaire, un sympathisant d'Eric Ciotti et voter, tout comme des personnes décédées qui ont, un temps, été adhérentes.

Enrôler de faux militants "était possible jusqu’à trois, en plus de vous-même. Mais honnêtement, c’était marginal", reconnaît d'ailleurs un cadre du parti auprès du journal.

Faire adhérer "des gens qui s'en contrefoutent"

"C’est trop difficile : il faut démultiplier les cartes bancaires, les adresses IP (qui identifient les appareils connectés NDLR) parce qu’elles aussi sont limitées, etc. La fraude, enfin l’astuce, n’est pas là: c’est d’aller chercher des gens qui s’en contrefoutent, en les convainquant que ça n’engage à rien", nuance-t-il ensuite.

La vraie astuce pour "faire des cartes" et donc gagner était plutôt "d’aller chercher des gens qui s’en contrefoutent, en les convainquant que ça n’engage à rien", rapporte encore ce bon connaisseur des arcanes du parti.

Certains votants affirment ainsi au journal avoir adhéré au parti de droite pour "rendre service à une connaissance qui a parfois réglé leur adhésion". D'autres encore affirment avoir "suivi les consignes" tout en reconnaissant ne pas particulièrement s'intéresser à la politique.

"Une primaire exemplaire dans son organisation" pour l'entourage de Pécresse

Le journal pointe particulièrement du doigt de nouveaux adhérents en Ile-de-France, la région de Valérie Pécresse. "Un certain nombre d'adhérents n'ont pas la nationalité française, et donc pas le droit de vote. (...) Parfois ils ne parlent pas français, ou à peine", souligne encore Libération.

ll s'agirait notamment de membres de la communauté chinoise, recrutés en face-à-face ou sur le réseau social WeChat, notamment par des responsables d'associations communautaires, selon l'article.

Du côté de la candidate des LR, on nie en bloc toute tentative de fraude. Le congrès a été "exemplaire par son organisation, sa mobilisation, son union", fait savoir son entourage à nos confrères de l'AFP.

Aucun recours déposé

Même son de cloche du côté du sénateur Philippe Bas qui a présidé l'instance de contrôle du congrès LR.

"L’instance de contrôle a contrôlé le strict respect de ces règles. Il n’y eu aucun recours (...). Sur 148.000 adhérents (qui ont essayé de s'inscrire pour voter), 10.000 ont été radiés car on ne pouvait pas les identifier (...) Nous n'avons détecté aucun vote de personne décédée", souligne ainsi le sénateur de la Manche au micro de BFMTV.

Valérie Pécresse qui est l'invitée de Face à BFM ce mercredi soir devrait donner sa version.

Marie-Pierre Bourgeois