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"Éric Zemmour a décidé de changer de statut": comment Albin Michel justifie sa rupture avec l'éditorialiste

Après la publication de cinq ouvrages d'Éric Zemmour, la maison d'édition a annoncé mardi qu'elle n'éditerait pas son prochain livre.

Éric Zemmour ne fait plus partie du catalogue d'auteurs d'Albin Michel, a-t-on appris ce mardi. La maison d'édition, qui a publié cinq ouvrages de l'éditorialiste de CNews, y compris en 2014 Le Suicide Français, a indiqué dans un communiqué qu'elle ne publierait "pas le prochain livre" du polémiste, à qui certains prêtent des velléités présidentielles.

"Nous avons eu un échange très franc avec Éric Zemmour qui m'a récemment confirmé son intention de s'engager dans la présidentielle et de faire de son prochain livre un élément clé de sa candidature", a justifié le président de la maison d'édition, Gilles Haéri.

"Éric Zemmour a décidé de changer de statut, il veut devenir un homme politique, engagé dans un combat idéologique personnel qui ne correspond tout simplement pas à la ligne éditoriale d'une grande maison généraliste comme Albin Michel", a-t-il ajouté.

Un soutien de Zemmour évoque des "pressions"

Lundi, le polémiste avait protesté contre la décision d'Albin Michel sur CNews, la jugeant injustifiée. Il précisait que le livre en question était "presque terminé" en vue d'une sortie en septembre.

Sur BFMTV mardi soir, Antoine Diers, adhérent Les Républicains (LR), soutien d'Éric Zemmour et directeur de cabinet au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), a estimé que la déclaration d'Albin Michel était mensongère.

"(Éric Zemmour) m'a dit qu'il n'avait jamais eu cette conversation, donc il est extrêmement étonné. Aujourd'hui, la seule analyse qu'il voit c'est que sa maison d'édition ait pu recevoir des pressions pour ne pas l'éditer", croit-il savoir.

L'ancien ministre souverainiste Philippe de Villiers a annoncé mardi soir sur Twitter que "par solidarité avec Eric Zemmour", il avait "décidé de quitter Albin Michel pour (son) prochain livre".

Des éléments qui sèment le doute

Pour autant, les intentions d'Éric Zemmour vis-à-vis de la prochaine course à l'Élysée semblent peu à peu infuser dans l'actualité. Dans la nuit de dimanche à lundi, après le second tour des régionales et départementales, de nombreuses affiches ont fleuri dans les rues de Paris, scandant "Zemmour président".

Le 18 juin, c'est un déplacement à Malo-les-Bains (Nord) au cours duquel il a marqué son opposition aux éoliennes qui semait le doute. Ce jour-là, à l'occasion du 81e anniversaire de l'appel du 18-Juin, il s'était aussi rendu à Lille dans la maison natale du général de Gaulle et était allé rencontrer un boucher à Dunkerque. Une journée feuilletonnée via les réseaux sociaux.

Par ailleurs, depuis la déroute infligée au Rassemblement national (RN) aux régionales, Eric Zemmour multiplie les critiques à son encontre. Le 23 juin dernier, Marine Le Pen exhortait sur France Inter l'éditorialiste à clarifier sa position:

"Si Éric Zemmour veut être candidat, qu'il le soit, mais que les choses soient loyalement dites. Parce que être éditorialiste et se comporter comme un candidat à la présidentielle, ça n'est pas extrêmement loyal", avait-elle jugé.

"La seule qui peut gagner face à Emmanuel Macron, qui peut faire triompher les idées qui sont pour une grande partie portées et défendues par Éric Zemmour, c'est Marine Le Pen", a défendu sur BFMTV Julien Odoul, membre du bureau national du RN et tête de liste défaite aux régionales en Bourgogne-Franche-Comté.

5,5% des intentions de vote

Selon un sondage Ifop publié le 16 juin, Éric Zemmour était crédité de seulement 5,5% d'intentions de vote si d'aventure il était candidat à la prochaine présidentielle. Des voix qui emprunteraient davantage à la droite et aux Républicains qu'au Rassemblement national, enseignait cette enquête d'opinion.

Sautera-t-il le pas? Dans un entretien à une chaîne YouTube dénommée Livre Noir, début juin, il avait déclaré faire "de plus en plus de propositions" et penser "de plus en plus à comment mettre en application ce qu'(il) di(t)".

Actuellement visé par plusieurs accusations d'agressions sexuelles dans la presse, Éric Zemmour avait été condamné à 10.000 euros d'amende pour injure et provocation à la haine en septembre 2020, pour de violents propos sur l'islam et l'immigration tenus en septembre 2019 lors de la "convention de la droite", organisée par des proches de Marion Maréchal.

Élise Philipps, Florian Rivet et Aurore Villemur avec Clarisse Martin