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Faire venir Mélenchon à Saint-Malo: "un parcours du combattant"

Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou avec des employés du secteur pharmaceutique en novembre 2012

Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou avec des employés du secteur pharmaceutique en novembre 2012 - -

La liste d'union entre le Parti de gauche, le NPA et le PCF à Saint-Malo est parvenue à inviter les deux anciens candidats à la présidentielle en meeting dans leur ville. Et malgré les difficultés pour les réunir, l'initiative d'Alain Guillard pourrait porter ses fruits.

Le co-président du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) seront réunis à la même tribune, jeudi, pour un meeting à Saint-Malo en Ille-et-Vilaine, en soutien à la liste "Osons franchement gauche", menée par Alain Guillard lors des élections municipales.

Mais il faut lutter pour recevoir deux anciens candidats à l’élection présidentielle. "C’est l’union de la gauche qui permet aux ‘nationaux’ de venir à Saint-Malo", assure Alain Guillard à BFMTV.com, heureux de son initiative. Il y a quelques mois, lorsqu’il pose la question à "Jean-Luc", celui-ci pose cette union – "exemplaire mais à l'exposition trop tardive pour être utilisée à l’échelle nationale où ça coince" - comme exigence à sa venue.

Pari relevé: "On a anticipé et on s'est entendu sur une base commune: lutter contre l'austérité rampante", se félicite Alain Guillard. En mars prochain, sa liste d'union de la gauche de la gauche sera donc opposée au sortant UMP René Couanau, à un dissident de droite, Claude Renoult, devenu "apolitique" et à une liste Rassemblement Bleu Marine Front national – une première depuis 20 ans - menée par Jean-Louis Robin.

Mais aussi… à Stéphane Perrin du Parti radical de gauche qui a rassemblé derrière lui le Parti Socialiste, Europe-Ecologie les Verts, l’Union Démocratique Bretonne et donc le PRG.

Manifestation des "bonnets rouges"

Une union complète des gauches serait donc impossible dans une ville "plutôt à droite" mais qui a voté François Hollande en 2012? "Pas ‘plutôt à droite’, en manque de gauche surtout", rétorque le candidat de 56 ans, membre du Parti de gauche depuis deux ans. "L’autre liste (celle de Stéphane Robin, ndlr) n’est pas à gauche, c’est une liste de soutien au gouvernement et quand on voit le tournant social-libéral du président de la République…", tranche Alain Guillard.

Un discours offensif que ne renierait pas Jean-Luc Mélenchon, attendu par ailleurs au tournant par les "bonnets rouges" pour ses sorties virulentes contre le mouvement breton, et qui avait qualifié l’oral présidentiel de "tromperie assumée" et appelé PS et écolos à faire scission.

"Alors que personne ne parlait de notre liste, ce meeting nous donne un écho inattendu", explique Alain Guillard. A tel point que les organisateurs tablent sur une jauge de 300 à 1.000 participants. Or, peu de salles à Saint-Malo peuvent accueillir autant de monde. "Osons franchement à gauche" a donc sollicité la mairie pour pouvoir utiliser un gymnase de 500 places.

Salle refusée

Demande à laquelle le maire de la ville René Couanau, qui n’a pas répondu à BFMTV.com, a opposé une fin de non-recevoir. L'affaire a fait les délices de la presse locale. Le Pays Malouin a publié, le 16 janvier dernier, des échanges écrits entre les deux parties sous le titre "La polémique". 

"Quelle que soit la liste nous ne voulons pas pénaliser le monde sportif en mettant les salles de sports à disposition pour les élections", explique le maire, qui prête gratuitement des salles durant la campagne officielle, du 10 au 22 mars.

Après une visite de Jean-Luc Mélenchon aux syndicats de l'hôpital de la ville, une manifestation symbolique devrait se tenir devant la mairie pour protester contre ce manque de salle. "Ce sont des équipements publics", argue Alain Guillard avant d’assurer que le maire, qui brigue son 5e mandat en 2014, n’a lui pas hésité "à tenir tribune en 2007 lorsque Nicolas Sarkozy était venu dans la ville". C’était le 15 janvier, au lendemain de son intronisation comme candidat de l’UMP.

Un budget de campagne amputé

"Nous demandons que les mêmes règles soient appliquées pour tous", poursuit le candidat qui a décidé de se replier sur une salle du Palais du grand large même si celle-ci risque de grever la moitié de son budget de campagne. Jusqu'à 5.500 euros la soirée mais l’occasion est trop belle.

Trois thèmes à résonnance locale seront défendus: "la lutte" par Philippe Poutou, le monde associatif par François Auguste, membre du bureau national du PCF et l’économie de la mer par Jean-Luc Mélenchon. Une manière de concerner l’assistance sans afficher au grand jour certaines divergences de vues entre les trois hommes.

"Après trois mois à arpenter les cages d’escalier", Alain Guillard "sent la différence" dans le Landerneau local et espère son pari payant. Le candidat, qui ne se considère "pas d’extrême-gauche" et défend un parcours citoyen plus que politique, estime que les "nationaux peuvent (les) éclairer".

Mais pour savoir s’il a vu la lumière, Alain Guillard prévient: "appelez-moi vendredi, mais entre 12h et 14h car je travaille". Un parcours du combattant jusqu’à la lutte finale.

Tout sur les municipales:

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Samuel Auffray