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Européennes: les listes gilets jaunes, le flop annoncé

Francis Lalanne lors d'une conférence de presse des gilets jaunes le 17 décembre à Paris. - AFP

Francis Lalanne lors d'une conférence de presse des gilets jaunes le 17 décembre à Paris. - AFP - -

Les sondages accordent de très faibles intentions de vote, pour le 26 mai, aux listes se réclamant de cette mobilisation qui rythme pourtant la politique française depuis six mois, au point d'infléchir la trajectoire du gouvernement.

Dans une élection européenne, les lignes peuvent bouger dans les deux dernières semaines de la campagne. Au coude-à-coude avec le Rassemblement national, La République en marche mise beaucoup sur ce phénomène.

À ce stade, toutefois, il semble de plus en plus probable que la traduction politique du mouvement des gilets jaunes, elle, reste mort-née. Les sondages accordent de très faibles intentions de vote, pour le 26 mai, aux listes se réclamant de cette mobilisation qui rythme pourtant la politique française depuis six mois, au point d'infléchir la trajectoire du gouvernement. 

Départ en fanfare

Au départ, la constitution d'une liste estampillée "gilets jaunes" relevait de la pure hypothèse. Pendant l'hiver, un peu plus d'un mois après l'apparition du mouvement, cette liste fictive a connu un véritable pic sondagier: le 21 décembre, quelques jours après les annonces à 10 milliards d'euros d'Emmanuel Macron, l'institut Odoxa la créditait de 8%.

Dans cette même étude, la liste La République en marche enregistrait un de ses plus mauvais scores (19%), et les Républicains s'effondraient à 8%.

Également mesurées à 7,5% par l'Ifop en janvier, les intentions de vote en faveur des gilets jaunes ont atteint leur plus haut niveau dans un sondage Elabe du 23 janvier, à 13%. Mais un mois plus tard (27 février), le même institut mettait en évidence une chute de dix points (3%).

Rejet de "la voie des urnes"

Depuis, aucun institut n'a crédité les représentants du mouvement de plus de 4,5%. Et la plupart des enquêtes publiées ces trois dernières semaines les situent autour de 2 à 2,5%

"La crise des gilets jaunes a pu avoir des effets politiques qui ne se traduiront pas dans le vote aux européennes, mais dans une repolitisation, un regain de militantisme pour des gens qui s'étaient éloignés de la politique", tout en rejetant toujours "la voie des urnes", estime Anne Jadot, maître de conférences à l'université de Lorraine.

Cette dernière rappelle par ailleurs que les mêmes ont globalement peu participé au grand débat national lancé par Emmanuel Macron à la mi-janvier pour répondre à la crise.

La tendance à la baisse ne semble pas enrayée après la publication officielle des 34 listes, dont deux se réclament des gilets jaunes.

Gilets jaunes sous l'ombrelle souverainiste

Dans le sondage quotidien "rolling" de l'Ifop publié jeudi, la liste "Alliance jaune" conduite par le chanteur Francis Lalanne est créditée de 1,5% d'intentions de vote. La liste "Évolution citoyenne" menée par le gilet jaune Christophe Chalençon recueille 0%.

Si deux listes gilets jaunes ont été déposées - d'autres ont tourné court, faute de cohésion -, des représentants ont cependant trouvé place sous l'ombrelle de partis politiques identifiés. Le mouvement "Jaune et citoyens", par exemple, s'est allié avec les Patriotes de Florian Philippot, qui désormais fait des clips de campagne avec Jean-François Barnaba. De son côté, Benjamin Cauchy figure en neuvième position sur la liste de Debout la France (DLF) conduite par Nicolas Dupont-Aignan.

Les intentions de vote en faveur de ces deux listes souverainistes sont globalement stables, selon le "rolling" de l'Ifop. DLF y était crédité de 4,5% le 21 mars, jour de l'annonce de la présence sur la liste de M. Cauchy, et de 5% jeudi dernier. Les Patriotes recueillent 2,5% d'intentions de vote jeudi, contre 2% il y a un mois.

"Épure habituelle"

Par ailleurs, l'irruption durable des gilets jaunes dans le débat politique ne semble pas avoir modifié les grandes lignes pour ce scrutin européen. Comme avant le 17 novembre, LaREM et RN dominent toujours les intentions de vote, devant Les Républicains.

À deux semaines du vote, la participation ne semble pas non plus traduire d'effet gilets jaunes dans une élection traditionnellement boudée par les Français. Le "rolling" Ifop la situe à 42%. En 2014, la participation au scrutin s'était établie à 42,43%.

"Pour le moment, nous sommes dans l'épure habituelle pour une élection européenne: faible mobilisation, seule une fraction de l'électorat prête à aller voter, celle des personnes âgées pour qui le vote est un devoir, les CSP+, les gens qui restent dans la 'participation conventionnelle', ceux qui sont le plus à l'aise dans le jeu politique traditionnelle", explique Anne Jadot.
Jules Pecnard avec AFP