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Élections européennes: pourquoi l'influence de la France pourrait se réduire à Bruxelles

Le Parlement européen, à Strasbourg (PHOTO D'ILLUSTRATION).

Le Parlement européen, à Strasbourg (PHOTO D'ILLUSTRATION). - FREDERICK FLORIN / AFP

Le résultat des partis historiques comme le PS et LR, combiné à la victoire du RN et de LaREM, pourrait être le synonyme d'une baisse de l'influence française dans l'hémicycle et ses couloirs.

Entendra-t-on encore les eurodéputés français au Parlement européen? Sûrement. Mais les écoutera-t-on? Peut-être moins. Au sein des groupes dominants du Parlement, le PPE et le S&D, les élus français ont vu leur nombre se réduire au terme de l'élection de dimanche. Les Républicains ne pourvoient que 7 députés au PPE, contre 15 auparavant. Le Parti socialiste fait encore un peu moins bien, passant de 13 à 6 députés au sein du S&D. 

Leur nombre en baisse pourrait donc signifier une influence réduite à Bruxelles alors même que le PPE et S&D, respectivement premier et deuxième groupe au Parlement européen, vont pouvoir négocier une grande partie des postes à responsabilités du Parlement: présidence de commissions, postes de rapporteur, présidence et vice-présidence du Parlement…

LaREM et l'ALDE en position de force

Avec 29 élus au sein du PPE, l'Allemagne devrait ainsi pouvoir renforcer sa position de force, à l'image de la précédente mandature où les élus allemands avaient occupé cinq présidences de commission tout au long de la législature contre 2 ou 3 pour la France. Néanmoins, la France pourra compter sur certains poids lourds du Parlement européen, à l'image de Karima Delli (EELV), ancienne présidente de la Commission Transports, ou Dominique Riquet, vice-président de la même commission, tous les deux réélus. 

Surtout, la recomposition du Parlement européen pourrait ouvrir la porte à de nouveaux eurodéputés Français. "Le plus probable est que le PPE ou les Sociaux-démocrates (S&D) s’unissent avec les Verts ou les Libéraux, voire les deux", rappelle Ann-Kristin Kölln, chercheuse spécialiste des politiques européennes à l'université d'Aarhus au Danemark, dans Libération. Or, dans ces groupes, la France arrive en position de force, notamment au sein de l'ALDE. 

Michel Barnier à la tête de la Commission?

En fournissant 22 sièges aux Libéraux, les élus français de LaREM participent à faire de ce groupe la troisième force politique de l'Assemblée. Sans majorité, PPE et S&D n'auront pas d'autre choix que de négocier pour obtenir son appui, notamment pour le choix du futur président de la Commission européenne, qui doit remplacer Jean-Claude Juncker.

D'abord validé par les chefs d'Etat, le candidat choisi pour occuper ce poste doit ensuite obtenir les voix de la majorité des députés européens. Dans la position de faiseur de roi, l'ALDE et ses élus Français pourraient s'octroyer une place au soleil. Surtout qu'en coulisse, Emmanuel Macron s'oppose au choix de l'Allemand Manfred Weber, chef de file du PPE, jugé trop inexpérimenté. Et les résultats en demi-teinte d'Angela Merkel dans son propre pays affaiblissent la voix de l'Allemagne. 

A sa place, la Danoise Margrethe Vestager, membre de l'Alliance des Libéraux, qui a qualifié en français de "magnifique" le résultat de son groupe, fait partie des favorites. A moins que le Français Michel Barnier, négociateur du Brexit, candidat pas encore déclaré, crée la surprise. 

Le RN ostracisé au Parlement européen

Mais cette éclaircie reste très limitée face à la perte d'influence globale au sein du Parlement européen. Surtout que les élus de ces groupes ne pourront pas compter sur un quelconque soutien des députés RN. S'ils sont arrivés en tête dimanche soir, la dynamique au sein de l'Union européenne n'a pas été aussi favorable aux autres eurosceptiques. Ces derniers restent divisés dans deux groupes, dont l'un en grande partie alimenté par les députés britanniques (29 au total), qui devraient partir après le Brexit, offrant une nouvelle recomposition, certes plus marginale. 

S'ajoute à ce faible poids une pratique du Parlement européen défavorable aux élus du Rassemblement national. Comme nous l'expliquait avant les élections Olivier Costa, chercheur au CNRS et professeur à Sciences Po Bordeaux, les députés FN, désormais RN, ont toujours été mis à l'écart de toutes responsabilités. 

"Le Parlement européen a une tradition d’ostraciser ces eurodéputés qui n’ont jamais eu le moindre rapport à rédiger", expliquait-il. En clair, ils peuvent s’exprimer beaucoup mais n’ont aucun réel pouvoir, ni influence, puisqu'ils n'ont jamais occupé le moindre poste de rapporteur, président de commission ou autres responsabilités au sein de l'hémicycle. Et ces nouvelles élections n'ont pas de raisons de changer la donne.
Benjamin Rieth