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Boutin part aux européennes avec d'anciens de la Manif pour tous

Christine Boutin et Samuel Lafont dans les locaux de "Force Vie", le "label" présenté aux élections européennes.

Christine Boutin et Samuel Lafont dans les locaux de "Force Vie", le "label" présenté aux élections européennes. - -

L'ancienne ministre du Logement tente de rassembler autour d'un "label" les sympathisants de la Manif pour tous. Objectif: gagner des élus au Parlement européen, pour y défendre "les valeurs de la chrétienté".

"Un drapeau français juste devant nos fenêtres, on dirait que ça a été fait exprès pour nous!" C'est sur cette boutade d'une de ses colistières que Christine Boutin, ancienne ministre du Logement et présidente d'honneur du Parti chrétien-démocrate, a reçu la presse mardi après-midi, dans les nouveaux locaux parisiens de "Force vie", sa liste pour les élections européennes.

Un "label", "antisystème" et fondé sur "la vie", que se partagent huit têtes de listes. Parmi elles, Christine Boutin en Ile-de-France, mais aussi deux jeunes qui ont pour point commun leur participation à la Manif pour tous. Jean Roucher, 22 ans, benjamin, ancien directeur de cabinet de Laurence Tcheng, présidente de l'association "La gauche pour le mariage républicain", a démissionné de la Manif pour tous pour se consacrer à Force Vie. Samuel Lafont, 26 ans, cofondateur de l'association "Camping pour tous", vient, lui, tout droit de l'UMP, dont il a été délégué national, et précédemment du syndicat étudiant de droite UNI. 

"La Manif pour tous? On a les mêmes valeurs"

Deux jeunes qui se sont fait remarquer en 2013 par leur aisance devant les médias et sur les réseaux sociaux. "La manif pour tous est un collectif qui organisait des manifestations contre le projet de loi sur le mariage homosexuel et contre la loi Famille, mais ce n'est pas un mouvement politique", rappelle Christine Boutin.

Et si la présidente d'honneur du PCD réfute toute "récupération", les cadets, eux, comptent bien jouer sur leur popularité au sein de leurs groupes: "Les gens veulent des candidats qui leur ressemblent, admet Jean Roucher. C'est vrai que les gens de la Manif pour tous n'ont pas de raison de ne pas voter pour moi. On a les mêmes valeurs. Mais on n'a même pas besoin d'aller les chercher, ils viennent d'eux-mêmes vers nous."

Pourtant, certains ont décidé de ne pas participer. Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous, Béatrice Bourges, présidente du Printemps français, ou même Farida Belghoul, des Journées de retrait de l'école, ont toutes affiché leur proximité avec Christine Boutin, et inversement. Elles ne font toutefois pas partie des têtes de liste. "Dommage!", regrette à haute voix Jean-Claude Martinez, avant d'ajouter: "si Béatrice veut bien être deuxième sur ma liste, je dis oui tout de suite!"

"Cela leur a été proposé, mais ça n'a pas marché", rectifie Marie de Blic, tête de liste dans l'Ouest. "Mais nous, cela fait bien longtemps qu'on réfléchit aux questions de la Vie et de la famille", rebondit Tobias Teuscher. "On n'a pas attendu la Manif pour tous!"

"Remettre la vie au centre"

"On veut remettre la vie au centre", répètent en chœur les candidats. De l'impôt sur le revenu ("le travail c'est la vie, alors taxer le travail, c'est taxer la vie") à l'eurofranc (une monnaie pour les échanges intérieurs tout en gardant l’euro pour les échanges extérieurs), en passant par l'opposition à l'avortement ou l'euthanasie, tous revendiquent "un concept de vie qui permet de décliner tout un programme politique", résume Jean-Claude Martinez, ancien cadre du Front national.

Avec comme ligne directrice la défense des valeurs fondées sur la chrétienté. "L'Union européenne doit se construire sur son histoire, et nous voulons que les références aux racines chrétiennes soient écrites noir sur blanc dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne", revendique Christine Boutin. Et aucun risque de choquer, pour l'ancienne ministre. "Nous avons même des musulmans sur nos listes [elles n'ont pas encore été dévoilées], et cela ne les choque pas du tout, au contraire, ils sont d'accord avec nous. Si l'Europe connaît autant de soucis, c'est parce que nous n'avons pas assumé notre identité".

Entre la bataille culturelle et le combat politique, la frontière est ténue. "Bien sûr, c'est aussi une bataille culturelle!", s'exclame Christine Boutin. "A l'heure où nous avons perdu nos valeurs, nous voulons redonner du sens à la vie politique". Et s'il rejette "le système des partis" traditionnels ("à Bruxelles, l'UMP et le PS, c'est pareil"), "Force Vie" compte pourtant bien gagner des élus, et défendre ses "valeurs" au sein du Parlement européen. Avec l'aide de listes alliées dans d'autres pays: selon les dires des têtes de listes, des contacts seraient déjà pris avec le parti anti-euro allemand "Alternative für Deutschland", ou bien avec la liste espagnole "Alternativa Espana".

Ariane Kujawski