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Démission du gouvernement: quelles options pour Hollande?

Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon le 27 novembre 2013 à Madrid.

Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon le 27 novembre 2013 à Madrid. - Gérard Julien - AFP

Mis en difficulté par Arnaud Montebourg, Manuel Valls a présenté lundi la démission du gouvernement, "en accord" avec François Hollande. Quelles orientations peut prendre le chef de l'Etat? Analyse avec les politologues Gérard Grunberg et Eddy Fougier.

C’est une rentrée politique comme nul ne l’avait imaginée. Après un week-end de critiques virulentes d’Arnaud Montebourg contre la politique de François Hollande, Manuel Valls a présenté la démission du gouvernement au chef de l’Etat lundi matin. François Hollande l'a ensuite chargé de constituer une nouvelle équipe "en cohérence avec les orientations qu’il a lui-même définies pour notre pays”.

Un message de fermeté envoyé à l'aile gauche de la majorité. De quelles options dispose, maintenant, le couple Hollande-Valls? Comment peut-il tirer avantage de la situation? BFMTV.com fait le point avec les politologues Gérard Grunberg, chercheur spécialiste du PS au Cevipof, et Eddy Fougier, politologue et chercheur associé à l'Iris.

Vers plus de social-démocratie

Alors que les "frondeurs" pressaient François Hollande de changer radicalement de politique, et de donner un coup de barre à gauche, le Président pourrait profiter de ce remaniement pour réaffirmer son cap, sa politique: la social-démocratie.

Avantage: "Le gouvernement pourrait ainsi montrer qu'il tient sa ligne", analyse Gérard Grunberg. "Il ne s'agira pas d'un tournant, mais d'une poursuite de la feuille de route de François Hollande, qui consiste à affirmer une politique de l'offre", renchérit Eddy Fougier. Ainsi, le chef de l'Etat "pourrait réaffirmer sa politique et la rendre plus cohérente, lui à qui on a beaucoup reproché son incohérence."

Inconvénient: "Le Front de gauche ne suit pas, les écologistes non plus, les frondeurs pas plus… Comment conserver une majorité dans ces conditions?", souligne Eddy Fougier. "Je doute que les centristes aient intérêt à partager les difficultés du gouvernement, quand Alain Juppé se présente avec un discours recentré. Quant aux radicaux, ils ne sont pas d'accord sur la réforme territoriale de François Hollande." Le vote du Budget, prévu en octobre, pourrait également compliquer les choses: "sans majorité pour le voter le Budget, on court vers une crise ouverte", prévient Eddy Fougier.

  • Autre inconvénient pour François Hollande: "il va se mettre le PS à dos", prévient Gérard Grunberg. "Et pas seulement les frondeurs! Le prochain congrès du PS c'est pour 2015, et les leaders du parti constatent des clivages, ils vont se positionner en fonction. François Hollande poursuit sa politique, mais le PS pourrait bien l'empêcher de continuer".

Le retour des écologistes au gouvernement?

Les débats avaient été rudes il y a cinq mois au sein d'Europe Ecologie - Les Verts pour décider d'une participation ou non au gouvernement. Certains, comme François de Rugy ou Jean-Vincent Placé, avaient publiquement regretté la décision de ne pas y participer. En serait-il autrement cette fois?

Avantage: "C'est une façon de montrer que le gouvernement n'est pas isolé, et qu'il bénéficie de soutiens dans un moment où ils se réduisent comme peau de chagrin", affirme Gérard Grunberg. Ces nouveaux soutiens seraient une façon de marginaliser ses opposants. “Cela permettrait aussi à François Hollande de diviser pour mieux régner”, ajoute Eddy Fougier. “Le livre de Cécile Duflot a été peu apprécié au sein de son parti, les Verts sont déjà divisés… La question risque de mal passer au sein du parti.”

Inconvénient: “Les opportunismes existent partout. Mais après tout ce qu’on a entendu sur le livre de Cécile Duflot et son échec, la présence d’écologistes au gouvernement paraîtrait peu claire aux yeux des Français”, estime Eddy Fougier.

Exit Arnaud Montebourg?

La composition du nouveau gouvernement n'est pas encore dévoilée, mais les chances qu'Arnaud Montebourg en fasse partie sont moindres. 

Avantage: le départ d’Arnaud Montebourg montrerait une “cohérence par rapport à la politique menée, mais aussi par rapport à nos partenaires européens”, analyse Gérard Grunberg. “C’est aussi une façon d’affirmer son autorité, lui à qui on a souvent reproché d’en manquer”, rappelle Eddy Fougier.

Inconvénient: “on ne peut pas cadenasser Arnaud Montebourg”, estime Eddy Fougier. “On connaît ses relations tumultueuses avec François Hollande, les petites phrases qu’il a déjà lancées contre lui… Il y aura sûrement des règlements de compte. Et le problème de François Hollande, c’est qu’il peut gérer des frondeurs, qui sont des personnalités plutôt de second plan. Mais Arnaud Montebourg, c’est quelqu’un qu’on invite au 20 heures! Il passe très bien dans les médias, et peut faire beaucoup de bruit”.

Enfin, le futur ex-ministre de l’Economie sera sans doute tenté de “surfer” sur sa sortie du gouvernement pour jouer sa carte personnelle. “Il ne faut pas oublier qu’il est arrivé 3e de la primaire PS en 2012”, analyse Eddy Fougier. “Il est débarqué du gouvernement, et cela lui permet de se poser en victime pour pouvoir mieux revenir, s’il devait y avoir une primaire au PS en vue de 2017”.

Ariane Kujawski