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De Mélenchon à Le Pen, la crise guyanaise s'impose dans la campagne

Ce lundi, une grève générale illimitée débute en Guyane, à l'initiative d'un rassemblement de 37 syndicats. Le mouvement social en cours réclame des mesures sociales et des investissements dans les infrastructures, notamment sanitaires. Ce dimanche, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se sont emparés de ce sujet.

La vaste crise sociale qui secoue la Guyane depuis la semaine dernière agite désormais la campagne présidentielle. Depuis jeudi dernier, une quinzaine de barrages routiers ont été disposés sur le sol du département d'Outre-mer. Ce lundi, une grève générale illimitée doit débuter sous la conduite de 37 syndicats rassemblés au sein de l'Union des travailleurs guyanais alors qu'Air France a annulé ses vols à destination de la Guyane ce même jour. Cette protestation a plusieurs objets. Le mouvement exige avant tout un "plan Marshall" pour relancer la vie économique et sociale du département et améliorer les infrastructures. Les Guyanais veulent aussi s'opposer à une montée de l'insécurité. 

Benoît Hamon veut des investissements pour les Outre-mer

Ce dimanche, la crise guyanaise a trouvé plusieurs échos en métropole et ce, notamment dans la bouche de trois candidats. Invité de BFM Politique à la mi-journée, Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste (PS) et ses alliés à la présidentielle, a indiqué qu'il était "le seul candidat à proposer de doter les Outre-mer d’un fonds pour l'égalité réelle de 2,5 milliards d’euros sur 5 ans". Dans la soirée, au journal de 20h de France 2, le député élu dans les Yvelines a appelé à manifester de la solidarité à l'endroit de la Guyane, évoquant la nécessité de rattraper "cinquante ans de retard structurel". Il y a quelques jours, au micro de Europe 1, Benoît Hamon avait aussi annoncé sa volonté de "maintenir la sur-rémunération des fonctionnaires". 

Jean-Luc Mélenchon voit dans la Guyane "le symbole de ce que vit la Métropole"

En meeting à Rennes (Ille-et-Vilaine), Jean-Luc Mélenchon s'est montré plus disert sur ce thème, ce dimanche. Le candidat de la "France insoumise" a tout d'abord rendu un vibrant hommage à cette terre située de l'autre côté de l'Atlantique, en profitant pour dévoiler une nouvelle orientation de la politique étrangère qu'il appelle de ses voeux: "C’est à la Guyane française à laquelle nous adressons un immense salut de solidarité! La Guyane, c’est nos petits chéris, c’est la France en Amérique du sud, tel que, si j’étais élu, nous prendrions place non pas comme le fourgon de l’armée nord-américaine mais comme un partenaire direct avec les pays de l’Amérique latine, puisque la France est un pays d’Amérique latine!"

Il a ensuite lu, sur scène, une lettre adressée au président de la République par le "Collectif pour la Guyane". Ce groupe décrit la situation du département ultramarin en ces termes: "La Guyane se meure, gangrenée par une insécurité touchant tous ses secteurs d’activités, qu’ils soient économiques, sociaux ou culturels". Pour le député européen, les difficultés de la Guyane confirment le bien-fondé de son programme:

"Ce sont les questions que nous mettons à l’ordre du jour: la disparition de l’Etat qui a plongé la société dans le chaos, des richesses immenses que personne ne pense à utiliser d’une manière respectueuse de la nature. La réponse aux problèmes que soulèvent les Guyanais est dans ‘L’avenir en commun’: la règle verte, l’organisation sociale, le renforcement des services publics, la priorité donnée à la santé et, par-dessus tout l’éducation de nos petits car plus ils seront éduqués, meilleurs ils seront."

Pour Jean-Luc Mélenchon, si des milliers de kilomètres séparent Paris de Cayenne, les situations respectives ne sont pas si dissemblables. Il a ainsi dépeint la Guyane comme le "symbole, exagéré peut-être, une loupe, de ce que nous vivons ici en métropole". "Et peut-être sommes-nous tous des Guyanais!", s'est enfin exclamé l'homme politique. 

Un service "coupablement insuffisant" pour Marine Le Pen

Marine Le Pen a, elle aussi, consacré une partie conséquente de la réunion publique dominicale qu'elle a donnée à Lille (Nord) au dossier guyanais. Evoquant un voyage récent en Guyane, la présidente du Front national a déclaré:

"J'ai vu et j'ai compris que nos compatriotes de Guyane n'en peuvent plus, ils sont comme nous tous, ils n'en peuvent plus d'une immigration massive; de l'insécurité qu'elle génère, quand 50% des détenus en Guyane sont étrangers; que la Guyane soit devenue le département le plus criminogène de France; de la saturation des services publics et de ne plus avoir accès à des services de santé débordés. (...) Je nommerai un ministre d'Etat de l'Outre-mer et de la Mer qui, en Guyane, s'attellera à la lutte contre l'immigration, l'insécurité, au développement économique, au travail de désenclavement".

Marine Le Pen a aussi décoché quelques flèches à l'attention du gouvernement, ainsi qu'à ses prédécesseurs. "La réalité est que depuis dix ans, les gouvernements successifs se sont contentés pour l'outre-mer d'un service qui, à force d'être cruellement minimum, en est devenu coupablement insuffisant", a-t-elle accusé. Elle s'est aussi adressé aux Français d'Outre-mer: "Il est temps enfin que l'outre-mer soit traité à la hauteur de la chance qu'il représente pour notre pays. Il est grand temps d'y remettre de l'ordre".

Le gouvernement répond aux candidats

Est-ce à cette sortie, ou à celle de François Fillon qui a assuré que la situation guyanaise était "la conséquence de l'échec de la politique de François Hollande", que le gouvernement a tenu à répondre dans la soirée? En tous cas, dimanche soir, Matthias Fekl, ministre de l'Intérieur, et Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, ont publié un communiqué courroucé à l'égard de ces évocations de la crise en contexte électoral. Rappelant le travail en cours sur place par d'une mission interministérielle, le texte s'en est pris à "certains candidats": "L'invective, l'outrance et l'approximation dont ils ont fait preuve contribuent à attiser les désordres qui perturbent la vie de nos concitoyens guyanais".

Les ministres ont ensuite dénoncer "une instrumentalisation politique" opérée par des candidats qui "ne semblent découvrir les outre-mer qu'à l'occasion des campagnes électorales". 

Robin Verner