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Couvre-feu: vives critiques après les contrôles de dimanche soir en Île-de-France

Une opération renforcée de contrôles aux portes de Paris est pointée du doigt pour avoir causé d'importants bouchons, et donc fait dépasser l'heure du couvre-feu à des automobilistes partis à temps.

Près de 400 kilomètres de bouchons ont été observés ce dimanche en Île-de-France. Les ralentissements ont commencé dès 16h pour progressivement diminuer après 19 heures. Le même soir, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin se trouvait dans les Yvelines pour superviser les opérations des forces de l'ordre, contrôlant de potentiels contrevenants au couvre-feu fixé à 18 heures.

Mais pour certains automobilistes et élus, c'est la présence accrue des forces de l'ordre qui a causé les importants bouchons dans la région, et qui a placé, de fait, des conducteurs dans l'illégalité. Porte d'Orléans (Paris) par exemple, les policiers neutralisaient une voie pour pouvoir faire leurs contrôles, explique RMC, ce qui a forcément entraîné des ralentissements. De longues files d'attente ont également été observées au péage de Buchelay (Yvelines) sur l’autoroute A13.

"45 minutes que je suis là, c'est honteux, c'est honteux ce que vous faîtes", lance un conducteur en colère, verbalisé par les policiers à l'entrée de Paris. "C’était bouché tout le long. Depuis 45 minutes (à 18h45, NDLR), on est à la hauteur de la station Rosny-sud et on avance de 20 mètres de temps en temps", explique à Actu.fr une ancienne élue de Mantes-la-Jolie (Yvelines).

"Bienvenue en absurdie !"

Il s'agit d'un "manque de discernement de la part des forces de police car, en faisant les opérations de contrôle, elles contribuent à ralentir le trafic", a réagi au micro de France Bleu Paris Emmanuel Grégoire, 1er adjoint socialiste à la mairie de Paris. Dans un tweet, il avait également regretté que les forces de l'ordre se focalisent sur les conducteurs, qui ne sont pas les plus dangereux pour l'épidémie selon lui.

"Je ne crois pas que ce type d’action aide à l’acceptabilité des mesures... ils ne font courir aucun risque aux autres ou à eux-mêmes... un peu de discernement... sinon les citoyens vont se lasser... très vite...", écrit-il.

L'élu France Insoumise de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud fustige lui "la cohue" provoquée par les contrôles, alors que "le couvre-feu à 18h ne ralentit pas le Covid-19, Castex lui même le dit". "Le périphérique bloqué, 400km de bouchons, impossible pour beaucoup de franciliens d'être chez eux à temps...et là, on vous verbalise à 18h05 ! Bienvenue en absurdie !", écrit-il encore.

Le député du Val-d'Oise Aurélien Taché suggère lui à Emmanuel Macron d'arrêter "d'emmerder" les Français.

"Pouvoir contrôler ces attestations, c'est vraiment une priorité"

"Il y a quelques jours, on me disait : ‘Vous avez mis un couvre-feu à 18h mais il n’y a pas de contrôle’. On augmente les contrôles, et là on nous dit qu’il y en a trop", a répondu lundi matin sur France Info Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement. "Il y a dans les motifs pour être en-dehors de chez soi après 18h, le fait de rentrer chez soi pour les gens qui travaillent (...) mais pas pour ceux qui sont partis en week-end, explique-t-il, déclarant toutefois qu'il fallait "regarder ce qu'il s'est passé" ce dimanche.

Après ces opérations policières, le ministre de l'Intérieur a annoncé dimanche une "augmentation de plus de 30%" des contrôles depuis samedi, assurant que les actions de ce type continueraient dans les prochains jours. "Les Français doivent savoir qu'après 18h ils ont beaucoup de chance de se faire contrôler et donc verbaliser", a-t-il déclaré dimanche soir.

"La contre-partie du fait de ne pas faire de confinement malgré les difficultés sanitaires que nous connaissons, c'est la demande du Premier ministre de pouvoir être très strict sur les règles, notamment du couvre-feu", a-t-il rappelé. "Pouvoir contrôler ces attestations, c'est vraiment une priorité donnée aux préfets, aux gendarmes et aux policiers. Dans cette période très particulière de la crise sanitaire, on voit bien que c'est une course contre la montre pour éviter la propagation de ce virus", a-t-il poursuivi.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV