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Copé-Fillon, tout ça… pour ça !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Jean-François Copé et François Fillon se sont mis d’accord hier pour que les adhérents de l’UMP décident eux-mêmes s’ils veulent revoter pour la présidence du parti. A priori, le résultat devrait être négatif.

L’accord ne fait que des perdants. Les adhérents de l’UMP, d’abord. A la fin de l’année, ils voulaient revoter et c’est l’annonce d’une nouvelle élection en septembre qui avait permis l’armistice. A l’arrivée, on va les prier de renoncer d’eux-mêmes : ils ont le choix entre un statu quo insatisfaisant et une nouvelle bataille – la 1ère option est la moins mauvaise. Mais le résultat est que Copé sera privé de la légitimation dont il aurait grand besoin et Fillon, de la revanche qu’il exigeait. Et l’UMP tout entière verse dans le ridicule : voter pour savoir s’il faut revoter, c’est la version politique du sapeur Camembert, qui creuse des trous pour en boucher d’autres…

Donc vous êtes catégorique : pour vous, le duel Copé-Fillon n’aura pas de vainqueur ?

Chacun va faire contre mauvaise fortune bon cœur. Copé tient les commandes et si le référendum interne est négatif, il pourra en faire une confirmation par défaut. Fillon ménage son avenir : il pourra s’abriter derrière le choix des militants pour renoncer sans avoir l’air de se dégonfler. Les autres prétendants y perdent aussi : ceux qui avaient envie de se présenter n’en auront pas l’occasion et ceux qui espéraient un affaiblissement supplémentaire de Copé et Fillon seront frustrés. Il n’y a que Nicolas Sarkozy qui puisse (un peu) se réjouir : la guerre cesse à l’UMP et personne n’en sort renforcé. On passe de la paix armée à la guerre désarmée.

Est-ce que ce sont les rivalités internes de l’UMP qui l’ont empêchée de capter la protestation contre le mariage homosexuel ?

La guerre des chefs à l’UMP est un affrontement de personnes plus que d’idées. Pendant que les leaders s’étripaient pour des places, ils n’ont pas vu ce qui montait dans la rue : un courant conservateur et même réactionnaire, fortement imprégné de culture catholique et en tout cas religieuse (il y avait aussi des juifs et des musulmans), qui a profité du débat sur le mariage et la famille pour exprimer un refus plus large des évolutions de la société française. L’UMP a sans doute besoin d’une recomposition, mais l’émergence de ce courant révèle une certaine décomposition de la droite.

Laurent Wauquiez parle d’un « problème de leadership » à l’UMP. Vous pensez qu’il a raison ?

Le constat n’est pas faux mais quand Wauquiez parle d’un manque de leadership, on entend surtout qu’il a envie de chiper la place de leader… C’est vrai que l’UMP manque d’un chef incontesté mais après tout, Chirac a été élu en 1995 avec une droite totalement fracturée et Hollande en 2012 après une primaire qui avait souligné les divisions de la gauche. Copé a dit récemment que la France avait besoin d’un « nouveau 1958 ». On en a déduit qu’il appelait au coup d’Etat. La réalité, c’est que l’UMP n’est plus du tout en état de faire des coups.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mardi 28 mai.

Hervé Gattegno