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Bussereau : « Vélo, voiture : mêmes règles, mêmes sanctions ! »

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Permis de conduire, retraites et ferroutage : Dominique Bussereau, secrétaire d’État aux transports, parle réformes tous azimuts.

J-J B : Je vais commencer par vous interroger sur la réforme des régimes spéciaux des retraites puisque vous êtes directement concerné à travers la SNCF notamment, mais aussi la RATP ou d’autres. La première question serait de comprendre pourquoi est-ce qu’on aligne les anciens régimes spéciaux sur le public et non sur le privé pour le calcul de la retraite ?

D B : D’abord parce que ce sont des entreprises publiques. La SNCF, la RATP, c’est l’État, il y a donc une logique. La réforme de la fonction publique a déjà été faite, on voit à peu près quelle direction ça a pris et ça donne un cadre à Xavier Bertrand pour ouvrir les négociations dès ce matin avec la FSTC. Puis ensuite, une fois ce cadre établi, pour discuter entreprise par entreprise. Le Président a très bien dit hier qu’un conducteur de la RATP ou de la SNCF, un vendeur de billets dans une gare, ce n’est pas la même chose. On va réellement travailler entreprise par entreprise.

J-J B : Si je travaille à la SNCF depuis 30 ans, va-t-on revenir sur mon régime spécial de retraite ?

D B : Je suis fils et petit-fils de cheminot donc j’ai vécu ça. J’ai vu mes parents avec leur retraite. Il y a un certain nombre d’engagements, au départ, qui sont pris par l’entreprise, tout ça sera repris dans les discussions.

J-J B : Faut-il tenir les engagements qui ont été décidés au départ ? C’est un contrat finalement que le cheminot passe avec l‘État ?

D B : Ce qu’il faut simplement faire remarquer c’est que les choses ont changé : un conducteur de train prenait sa retraite à 50 ans ce qui était tout à fait justifié puisqu’il était sur sa machine à vapeur, il mettait le charbon, il se prenait l’air froid, il était détruit. Aujourd’hui le conducteur d’un TGV n’est pas dans les mêmes conditions physiques. Ce qui n’empêche pas qu’il y ait du stress, des responsabilités, des horaires décalés, pas de week-ends… Il faut regarder tout ça. C’est ce qui sera fait pendant les négociations. Simplement, il faut aussi se dire que le roulant aujourd’hui qui a 50 ans a peut être une maison qu’il n’a pas fini de payer, des enfants qui font leurs études ou qui veulent passer leur permis et que lui n’a peut être pas envie d’arrêter de travailler à 50 ans. Donc il faut mettre tout ça sur la table.

J-J B : Alors quel est votre avis ? Est-ce que cette réforme ne concernera que les jeunes cheminots qui sont engagés ou est-ce que ça concernera tous les cheminots déjà en place ?

D B : Je suis incapable de vous répondre à cette question puisque ça va être le centre de la négociation.

J-J B : Et que souhaiteriez vous ?

D B : Je souhaite que les syndicats et leurs entreprises discutent, il faut voir les choses d’un œil nouveau, c’est ce qu’a dit M. le Président. Il faut voir ça dans le sens du travail et de l’emploi et le sens d’équilibrer le régime des retraites pour faire en sorte que justement, ce cheminot qui entre à la SNCF avec l’espoir d’une retraite un peu plus tôt puisse avoir sa retraite payée ad vitam aeternam sans risque. Ce risque existe aujourd’hui. Il doit, et il va l’être, regardé pendant les négociations.

J-J B : Pourquoi tant de différence entre les retraites du public et les retraites du privé sur le nombre d’années pris en compte pour le calcul de la retraite ? Faut-il là aussi engager une réforme ?

D B : Si on reprend le calendrier, il y a eu la réforme de retraite Raffarin/Fillon en 2003. Le président de la République dit, à juste titre et soutenu par la majorité de nos compatriotes, qu’il faut regarder à nouveau l’ensemble des retraites parce qu’on voit bien qu’il faut encore que ça bouge. On regarde donc les régimes spéciaux parce qu’on ne peut pas continuer jusqu’au bout à les laisser de coté et ensuite, on regardera l’ensemble. C’est alors que l’on regardera la fonction publique, la fonction privée. Le problème c’est qu’on est dans une société où nous vieillissons et si tout va bien où nous allons vivre plus longtemps. Il faut donc s’organiser en tenir compte, sinon cette solidarité à laquelle les Français sont très attachés, sera un bel objet de discours mais on ne pourra plus le faire dans la réalité.

J-J B : La journée du transport public a lieu aujourd’hui. Alors c’est très simple, vous prenez un transport public, que ce soit un bus, le métro, un train, vous payez un euro ?

D B : Ce n’est pas dans toutes les villes de France… C’est la première fois que ça se fait. C’est parti au d’un homme pour qui j’ai beaucoup de respect et qui nous a quitté, Michel Crépeau, avec la journée sans voiture à la Rochelle. C’est ensuite devenu une journée dans d’autres régions de France. L’Europe a repris ça depuis 5 ans et fait une semaine de la mobilité. Et aujourd’hui, une centaine de localités en France font la journée à 1 euro pour prendre tous les moyens de transports. Ce n’est pas le cas pour Paris. Pour des raisons techniques ou autres, les Franciliens n’ont pas été mis dans cette journée, j’espère que ça sera le cas l’année prochaine. L’idée est de donner envie à nos concitoyens de prendre les transports publics. Ils sont de plus en plus confortables, on a fait des efforts énormes sur les trams, sur les métros. Il y a le confort, la fréquence, il faut la sécurité, la sûreté des passagers, et l’idée est de dire que c’est bien mieux de prendre les transports publics plutôt que sa voiture. A partir du moment où on a un aussi bon réseau, la voiture est loin d’être indispensable. C’est plus difficile pour quelqu’un qui est dans un petit village et qui va travailler dans une ville. Parce que là on n’a pas encore inventé ce nouveau système de transport entre la péri-ruralité et les villes moyennes où l’on travaille.

J-J B : Les sanctions sont de plus en plus nombreuses pour les vélos ?

D B : Je confirme d’abord que le vélo redevient un moyen de transport majeur. Quand j’étais enfant, celui qui prenait son vélo pour travailler était celui qui n’avait pas les moyens d’avoir une voiture. Aujourd’hui c’est un choix de déplacement, une alternative. On peut partir en métro le matin et revenir le soir en Vélib. Donc le vélo est devenu un vrai moyen de transport.

J-J B : Est-ce qu’on perd des points sur son permis de conduire si on commet une infraction en vélo ?

D B : Absolument, on est des citoyens de la même manière qu’on soit piéton, cycliste ou automobiliste. L’idée c’est qu’on ait les mêmes règles pour tous.

J-J B : C’est votre idée ? Vous voulez changer la loi ?

D B : L’idée c’est d’avoir des règles pour tout le monde et ensuite, au coup par coup, sous l’autorité des maires, envisager des dérogations astucieuses pour les cyclistes.

J-J B : Je suis à vélo, je commets une infraction, est-ce que je risque de perdre des points ? 

D B : Bien sûr que oui. Pour l’instant les risques pénaux et les risques d’amendes sont les mêmes. On n’a pas encore parlé de tout, le club des pistes cyclables va se réunir, on va en parler ensemble.

J-J B : Est-ce que vous voulez qu’on assimile un cycliste à un conducteur automobile ?

D B : Je pense qu’il faut que chacun dans sa vie ait les mêmes règles. Quand vous êtes piéton, c’est dangereux de traverser quand ce n’est pas à vous, comme c’est dangereux pour l’automobiliste de brûler un feu rouge.

J-J B : Et si le cycliste n’a pas son permis ?

D B : Il payera simplement l’amende. Ensuite il faut un peu d’astuce : le maire qui est dans sa commune fait des propositions agréables et pratiques pour tous. Il faut des règles de sécurité pour tout le monde pour que personne ne les oublie.

J-J B : On prépare le Grenelle de l’Environnement, alors beaucoup d’associations font des propositions, vous allez me dire ce que vous en pensez, notamment de la réduction de 10 km/h sur le réseau routier et autoroutier. Êtes vous favorable ?

D B : Le Grenelle de l’Environnement que nous préparons avec Jean-Louis Borloo a un objectif de réduire les pollutions et d’améliorer le développement durable. Si vous parlez de la vitesse de l’autoroute, vous avez l’aspect réduction des gaz à effet de serre, consommation de CO² d’un coté, et la sécurité de l’autre. Je pense que les règles de sécurité que nous avons ne sont déjà pas simples. Je ne souhaite donc pas qu’on y touche. Si du Grenelle de l’Environnement sortait une proposition majoritaire que retenait le Président de la République et le Gouvernement en disant qu’on touche, pour des raisons environnementales, aux vitesses limites, c’est un autre sujet. Mais je pense qu’en matière de sécurité routière, la stabilité des règles et ne pas les changer en permanence, c’est quelque chose qui permet d’appliquer sereinement et d’avoir une véritable efficacité de ces règles.

J-J B : Autre proposition, limiter à 80km/h la vitesse des poids lourds ? C’est une bonne idée ou pas ?

D B : Je crois qu’il y a une véritable idée dans celle de l’interdiction du dépassement sur autoroute. Je pense que c’est une mesure à laquelle il faut vraiment réfléchir. Les transporteurs routiers nous disent les problèmes que ça posent, par exemple les camions vides qui peuvent aller plus vite, ça voudrait dire aussi que les forces de l’ordre sont capables de faire respecter strictement les intervalles. Si on en est capable, l’interdiction de dépasser, pour des raisons de sécurité, n’est pas une mauvaise idée. Les affaires de vitesse sont une question de choix politique du Grenelle de l’Environnement, au nom de l’environnement.

J-J B : La SNCF, un sujet qui nous préoccupe tous, puisqu’en 2000 on transportait plus de marchandises par voies ferroviaires qu’aujourd’hui. La SNCF dit appeler l’État à prendre ses responsabilités pour valoriser les atouts du fret ferroviaire…

D B : Ce qui est rageant c’est que dans tous les pays européens qui entourent la France tels que l’Allemagne, l’Espagne, l’Angleterre, dont on a beaucoup rigolé il y a quelques années quand ils ont refait leur réforme ferroviaire, le fret ferroviaire gagne des parts de marché. Le Président de la République a donné un signal et une directive très claire, le report modal : 25% des trafics nouveaux sur de nouveaux modes dans les années à venir. Il faut regagner des parts de marché ! On va aider, l’État a évidemment une responsabilité dans le Grenelle de l’Environnement. Avec Jean-Louis Borloo nous proposons de nombreuses autoroutes ferroviaires pour mettre des camions sur trains depuis le Luxembourg vers Perpignan, depuis Dunkerque vers l’Espagne, sur un axe Est-Ouest. Il faut qu’on adapte nos infrastructures ! Quand on fait une nouvelle ligne de TGV on dégage des espaces, des créneaux sur la ligne classique, qui permettent de passer plus de fret, donc il faut donner les moyens à la SNCF d’avoir plus de lignes dédiées au fret. C’est la responsabilité de l’État aménageur du territoire. Il faut aussi que la SNCF se mobilise avec ce qu’on appelle les opérateurs de proximité.

J-J B : Un mot sur le TGV jusqu’à Nice, vous en êtes où ?

D B : Dans le Grenelle de l’Environnement on a le projet ; le débat est clair à savoir est-ce qu’il faut que la ligne passe au Nord de la Riviera où est-ce qu’elle passe plus près pour desservir les grandes métropoles.

J-J B : Mais elle se fera ?

D B : Elle se fera, elle est indispensable. Je rappelle au passage que l’aéroport de Nice est en situation difficile et que la ville a un besoin absolu du TGV pour venir répondre aux besoins de déplacements des habitants de la Cote d’Azur.

J-J B : Est il vrai que vous réfléchissez à une réforme du permis de conduire ?

D B : Oui, une réforme pour démocratiser.

J-J B : Quelles sont les principales idées qui vous guident ?

D B : L’idée d’abord c’est que les jeunes qui sont pris à conduire sans permis le sont parfois parce qu’ils n’ont pas les moyens de passer le permis. On est donc en train de regarder avec Jean-Louis Borloo si l’on ne devrait pas changer tout ça. On a des tas d’idées, on est allé regarder ce qui se passe à Carcassonne, ou à Suresnes, des travaux collectifs en échange d’heures de conduite… On va proposer plusieurs idées, on va essayer, avant de la fin de l’année certainement, de trouver des solutions. Le Premier Ministre nous a réunis la semaine dernière pour en parler, il nous a demandé de manière très claire et très ferme de lui proposer cette réforme au plus vite. Je pense également au permis de conduire tout au long de la vie. Ces inspecteurs du permis de conduire qui sont des gens de l’État extrêmement bien formés et compétents, pourquoi ne pas leur demander de faire des vérifications de connaissances ou des bilans ? Je crois qu’on a tous passé le permis de conduire à 18 ans, je pense que ce ne serait pas une mauvaise chose, de temps en temps, de regarder où l’on en est. Je crois qu’il n’est pas mauvais de considérer qu’un apprentissage peut se poursuivre et que les choses évoluent, dont la conduite et la technique. Nous ne savons pas encore exactement ce que ce sera, nous allons brasser nos idées. L’idée de fond étant un permis démocratique et adapté à tous les âges de la vie et à l’évolution des techniques.

J-J B : Autre sujet, vous allez encore multiplier les radars ?

D B : Oui, on a à peu près 550 radars fixes aujourd’hui en France et l’idée est d’aller vers 1000 et d’augmenter les contrôles mobiles également. Notre objectif premier étant toujours de réduire le nombre de morts sur les routes.

La rédaction-Bourdin & Co