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Betteraves, chasse à la glu... À peine arrivée, Pompili confrontée aux impasses de son ministère

Barbara Pompili, aujourd'hui ministre de la Transition écologique, ici en mai 2017.

Barbara Pompili, aujourd'hui ministre de la Transition écologique, ici en mai 2017. - Charly Triballeau - AFP

Un mois après sa nomination, l'ex-cadre d'EELV doit faire des concessions sur des dossiers symboliques. Une énième illustration des difficultés inhérentes au ministère de la Transition écologique.

Les "décisions difficiles" commencent. Un mois après sa nomination au ministère de la Transition écologique, Barbara Pompili est déjà confrontée aux équations parfois insolubles de son maroquin. A fortiori lorsqu'on a été membre d'Europe Écologie-Les Verts puis, après avoir rejoint La République en marche, présidente de la commission développement durable de l'Assemblée nationale.

La députée de la Somme, déjà secrétaire d'État chargée de la Biodiversité à la fin du prédédent quinquennat, est la quatrième personne à occuper son ministère depuis l'élection d'Emmanuel Macron. C'est le même chiffre, avec des longévités assez différentes, que sous François Hollande. L'illustration de ce que l'environnement demeure un portefeuille exigeant d'impossibles contorsions.

Revirement sur les néonicotinoïdes?

Deux dossiers donnent du fil à retordre aux convictions de Barbara Pompili, et de façon simultanée. Il y a d'une part la réautorisation, annoncée mercredi, des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave. Un insecticide dont l'usage génère des risques pour les abeilles et les pollinisateurs, mais qui préserve ce légume du virus de la jaunisse. En 2016, à l'Assemblée nationale, celle qui était secrétaire d'État à la Biodiversité insistait sur l'importance de choisir, comme "date butoir couperet" pour interdire les néonicotinoïdes... l'année 2020.

"Les solutions pour qu'on n'ait plus à utiliser de néonicotinoïdes commencent à apparaître, mais ce sont des solutions qui prennent du temps", a déclaré la ministre pour justifier sa décision. À défaut de solution d'ici six mois, "il n'y aura plus de filière sucrière en France", a-t-elle prévenu.

Comme un air déjà entendu dans la bouche de Nicolas Hulot lorsqu'il occupait l'hôtel de Roquelaure. Notamment sur le sujet du glyphosate, dont l'ancien animateur télé s'était publiquement dit "déçu" de ne pouvoir imposer l'interdiction à l'horizon 2021.

S'agissant des néonicotinoïdes, le débat est complexe. Selon plusieurs travaux scientifiques, comme l'indique Le Monde, l'insecticide met bel et bien en danger les abeilles et, par son mode d'injection dans les sols, peut générer des nuages de poussières. L'Opinion rappelle toutefois qu'en l'absence d'alternative aux néonicotinoïdes, d'autres productions que celle de la seule betterave seraient potentiellement en péril. Ce qui aurait un impact sur notre souveraineté alimentaire.

Le bras de fer avec les chasseurs

Autre sujet, celui de l'interdiction de la chasse aux oiseaux à la glu. Barbara Pompili a tôt fait d'engager un bras de fer avec les professionnels du secteur. Dès la mi-juillet, comme le révélait France Info, la ministre a informé le président de la Fédération des chasseurs qu'elle souhaitait faire interdire cette pratique. Celle-ci est autorisée uniquement dans cinq départements de Provence-Alpes-Côte d'Azur et à titre de dérogation à la directive européenne sur les oiseaux.

Or, comme c'est le cas depuis le début du quinquennat, les chasseurs ont de bon relais à l'Elysée. À commencer par l'hôte des lieux, le président Emmanuel Macron. Le 7 août, alors que des représentants de la profession prévoyaient de manifester devant le fort de Brégançon, où séjourne le chef de l'État, ce dernier leur aurait donné des gages.

"Nous avons contacté le maire de Bormes-les-Mimosas, il s’est fait notre interprète et a rencontré dans la journée le président Macron qui lui a dit que le Premier ministre nous recevrait", a déclaré auprès du Figaro le président de la fédération régionale des chasseurs de Paca, Marc Meissel.

Jean Castex serait allé, toujours selon Le Figaro, jusqu'à garantir aux défenseurs de la chasse à la glu qu’ils disposeraient d’un nouveau quota de prises pour la saison prochaine.

Incarnation politique

Que d'injonctions contradictoires, entre l'impératif environnemental et les réalités économiques présentes dans tel ou tel secteur touché par cet impératif. Voire même, les réalités politiques: par exemple, la volonté d'Emmanuel Macron de conquérir l'électorat rural, où il a du mal à s'implanter, est indissociable de sa proximité avec le puissant réseau des chasseurs. C'est ce qui a d'ailleurs en partie provoqué la démission abrupte de Nicolas Hulot à la fin de l'été 2018.

En juillet 2013, la deuxième ministre de l'Écologie de François Hollande, Delphine Batho, s'est fait débarquer pour avoir critiqué, à une heure de grande écoute sur RTL, le budget en discussion pour l'année suivante en le qualifiant de "mauvais" pour son périmètre.

"Il y a un affichage qui n’est pas bon. (...) Est-ce qu’on a la capacité de passer du discours aux actes?" a-t-elle lâché. Quelques heures plus tard, le président de la République mettait fin à ses fonctions.

Entre-temps, la ministre ayant tenu le plus longtemps à ce poste (plus de trois ans) a sans doute été la plus politique, Ségolène Royal, l'ancienne présidente du conseil régional de Poitou-Charentes ayant profité du fait d'avoir été à l'Écologie lorsque s'est tenue la COP21. Si son bilan à l'hôtel de Roquelaure est loin de faire l'unanimité, à gauche comme à droite, son action dans le secteur des énergies renouvelables a commencé à porter ses fruits d'après Les Échos.

C'est là où l'incarnation du ministère, à défaut d'entraîner des changements systémiques, peut avoir son importance. Beaucoup ont d'ailleurs reproché à Nicolas Hulot de ne pas avoir - excepté sur le dossier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes - suffisamment fait usage de son poids médiatique.

Reste à savoir s'il en ira autrement pour Barbara Pompili, à qui il reste un peu plus de 20 mois pour imprimer sa marque et, à plus long terme, se créer un bilan. À l'image, peut-être, de ce qu'elle affirmait lors de la passation de pouvoir avec Elisabeth Borne: "L'écologie c'est la vie et c'est aussi ma vie."

Jules Pecnard Journaliste BFMTV