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Néonicotinoïdes: quand Barbara Pompili s'opposait en 2016 aux dérogations après 2020

La nouvelle ministre de l'Environnement Barbara Pompili, le 11 juillet 2020 à Fontainebleau

La nouvelle ministre de l'Environnement Barbara Pompili, le 11 juillet 2020 à Fontainebleau - Anne-Christine POUJOULAT © 2019 AFP

Depuis plusieurs jours, des internautes ont exhumé sur Twitter des extraits des plaidoyers anti-néonicotinoïdes de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili et pointent certaines incohérences avec son discours actuel.

En septembre 2018 entrait en vigueur l'interdiction des néonicotinoïdes, des substances dangereuses pour les pollinisateurs et employées dans des insecticides, avec, cependant, des dérogations possibles jusqu'en 2020 pour certaines filières sans alternative. Une loi portée dès 2016 par Barbara Pompili, nouvelle ministre de la Transition écologique, dont les plaidoyers à l'Assemblée nationale ressortent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux.

Le gouvernement a, en effet, annoncé la semaine dernière qu'il vise une modification législative à l'automne pour autoriser les agriculteurs à utiliser dès 2021 et jusqu'en 2023 maximum, sous "conditions strictes", des semences de betteraves enrobées de pesticides utilisant ces molécules. "Une décision difficile à prendre", "très restrictive" et limitée dans le temps, a plaidé la numéro 2 du gouvernement ce mercredi à Biarritz.

La ministre, qui s'est également justifiée dans de longs messages sur Twitter, est désormais critiquée par des utilisateurs de ce réseau social, parmi lesquels l'acteur Pierre Niney, qui y voient des incohérences. Ces derniers partagent des vidéos où la ministre insistait sur l'importance de choisir 2020 comme "une date butoir couperet" concernant l'interdiction des néonicotinoïdes.

"Pourquoi c'était très important d'avoir cette date butoir couperet? C'est parce que si on commence à dire: 'on interdit là où il y a des alternatives mais on fait des dérogations et on les laisse courir dans le temps', on sait très bien que ça, c'est la porte ouverte au fait qu'il y ait certains néonicotinoïdes qui ne soient jamais interdits. (...) Moi ce que je veux, c'est que cette loi à la fin porte cette interdiction et la porte pour qu'elle soit appliquée", expliquait à l'Assemblée nationale celle qui était alors secrétaire d'Etat chargée de la Biodiversité.

Or, la proposition de modification de la loi leur permettrait bien d'utiliser des néonicotinoïdes pour la campagne 2021 "et le cas échéant les deux campagnes suivantes tout au plus", peut-on lire dans un communiqué du ministère de l'Agriculture.

"Ils sont dangereux pour notre santé"

Dans un autre extrait vidéo, datant du 17 mars 2016, Barbara Pompili assurait également que "les néonicotinoïdes sont dangereux, pour les abeilles, mais bien au-delà des abeilles":

"Ils sont dangereux pour notre santé, pour notre environnement, ils contaminent les cours d'eau, la flore, y compris la flore sauvage. Ils restent dans les sols très longtemps. [...] Nous avons une responsabilité vis-à-vis de nos enfants, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas."

Une dérogation "pas satisfaisante dans la durée"

Sur Twitter, la ministre de la Transition écologique a affirmé en début de semaine que "plus de 90% des usages des néonicotinoïdes restent bien sûr interdits", que "le cœur de la loi de 2016 n’est pas remis en question" et que "l’interdiction reste la règle".

"Nous limitons donc au maximum l’impact environnemental de cette dérogation. Mais elle n’est pas satisfaisante dans la durée malgré tout et nous allons nous atteler à trouver une solution pérenne pour nous passer des néonicotinoïdes. À ce jour, la recherche d’alternatives efficaces pour la filière de la betterave a été insuffisante depuis le vote de la loi interdisant les néonicotinoïdes en 2016. C’est désormais la priorité", a-t-elle ajouté.

La numéro 2 du gouvernement a indiqué que 5 millions d'euros ont été débloqués "pour la recherche d'alternatives pour la filière de la betterave".

Clément Boutin Journaliste BFMTV