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Benoît Hamon se défend d'avoir raboté son projet de revenu universel

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- - Un débat opposera François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon le 20 mars en direct à 21H00 sur TF1 - LIONEL BONAVENTURE, AFP/Archives

La candidat de la primaire à gauche est accusé d'avoir revu à la baisse le projet phare de sa campagne. Sur son site, la rubrique détaillant le revenu universel a été modifiée. Le montant de "750 euros", notamment, n'est plus évoqué. L'équipe du candidat évoque un "petit bug" et précise que le texte sera retravaillé pour plus de clarté.

S'il fallait ne retenir qu'une proposition pour résumer le programme de Benoît Hamon, ce serait sans doute le revenu universel d'existence. Portée par l'ancien ministre de l'Education nationale, cette idée est pensée à la fois comme un socle de protection pour ceux qui travaillent peu ou pas, mais aussi un moyen pour ceux qui le souhaitent de réduire leur temps de travail.

Ce projet phare divise la gauche et vaut au candidat de la primaire d'être attaqué par ses concurrents, qui la jugent irréalisable, comme Arnaud Montebourg, ou qui fustigent les "fausses espérances" et lui opposent la "société du travail", à l'image de Manuel Valls. Plusieurs pointent aussi son coût, estimé à environ 300 milliards d'euros, soit le budget de l'Etat.

Les "750 euros" ne sont plus cités

Mais depuis mardi, Benoît Hamon est attaqué au contraire parce qu'accusé d'avoir retoqué sa mesure, certains le comparant même à François Fillon, qui avait modifié son programme sur la Sécurité sociale après avoir fait l'objet d'une pluie de critiques.

Comme le rapportent Les Décodeurs, le texte de présentation du revenu universel sur le site du candidat a été modifié. Certaines phrases ont tout simplement disparu, rendant la proposition plus évasive qu'au départ. Il n'y est plus question des "750 euros", plusieurs fois évoqués comme montant de référence de ce revenu par Benoît Hamon.

Le fait qu'il soit accessible à tous sans conditions a disparu également, alors que c'est le principe de base de cette réforme et que cela la distingue notamment du revenu décent de Manuel Valls qui repose, lui, sur des conditions de ressources et sur la fusion de plusieurs aides. 

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- © Capture d'écran du site de Benoît Hamon le 18 janvier 2017.

"J'assume de dire que c'est un objectif"

Cela signifie-t-il que le montant de ce revenu à été revu à la baisse? Ou que sa nature n'est plus la même? Sur France Inter, ce mercredi matin, le candidat de la primaire à gauche a nié farouchement avoir retoqué sa mesure. "Je conteste cela, j'ai toujours dit que l'objectif, c'était un objectif, une cible de 750 euros", se défend-il, insistant sur le fait que cela ne sera pas réalisable "du jour au lendemain".

"Je fixe un cap, je donne des clés, j’entends les inquiétudes mais je veux maintenir ce cap, j’assume de dire que c’est un objectif", a-t-il répété. 

Le texte sera revu dans la journée

Interrogé par BFMTV.com, le député de Seine-Saint-Denis et porte-parole de Benoît Hamon, Mathieu Hanotin, concède un "petit bug" dans la façon dont le texte a été modifié. Il annonce d'ailleurs qu'il sera retravaillé, "sûrement d'ici à ce (mercredi) soir". 

"On va remettre la phrase évoquant l'objectif de 750 euros pour tout le monde à terme", explique le député. Avec la nouvelle formulation, "l'objectif reste le même, mais c'est moins clair", reconnaît-il. "On ne dit rien de contradictoire, mais ça peut créer l'incertitude. Le revenu universel ne peut pas se résumer en 5 ou 6 lignes", se défend aussi le porte-parole. 

Comme l'expliquait Benoît Hamon sur France Inter, rien n'a changé dans son projet selon lui, la cible restant un revenu "pour tous sans conditions de ressources". Il souhaite d'abord revaloriser le RSA à 600 euros et automatiser son versement, pour que toutes les personnes éligibles le touchent, puis élargir ce versement aux 18-25 ans. Cela doit servir d'expérimentation et aboutir à une consultation qui permettra de définir les modalités du revenu universel généralisé.

"Ce qui est validé, c'est la première étape: l'augmentation de 10% du RSA, pour atteindre 600 euros. Et l'extension aux 18-25 ans. Cela coûtera 40 à 45 milliards d'euros", poursuit Mathieu Hanotin.

Plus de date pour la consultation

Concernant l'autre point incertain du texte, la consultation qui sera organisée autour du revenu universel, le député précise qu'elle se fera "dans le mandat". Une infographie publiée notamment le 13 janvier sur Twitter évoquait "2019-2022" pour cette consultation, et "après 2022" pour la généralisation.

"On ne veut pas engager de date précise. Pour que la consultation soit pertinente, on veut avoir un peu de recul sur l'expérimentation", fait valoir le député.

Et à en croire l'équipe de Benoît Hamon, cette consultation permettra notamment de définir comment le revenu universel s'articulera avec les allocations existantes. "Est-ce qu'il supprimera le RSA? Manifestement oui. Mais pas l'allocation d'adulte handicapé. Le chômage, lui, sera impacté mais pas supprimé par le revenu universel", détaille Mathieu Hanotin. Malgré cette défense, la polémique tombe sans doute mal pour le candidat qu'un sondage donne ce mercredi gagnant, à quatre jours du premier tour. 

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Benoît Hamon

Charlie Vandekerkhove