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Accueil des migrants: la position à géométrie variable d'Emmanuel Macron

L'Aquarius - Image d'illustration

L'Aquarius - Image d'illustration - AFP

Via un accord européen, la France s'est engagée cette semaine à accueillir 30 réfugiés sauvés en mer après un départ de Libye. Une décision claire et rapide, alors que le gouvernement Macron s'est montré plus hésitant par le passé sur ce sujet.

Ce mercredi, la France s’est engagée à accueillir trente "réfugiés" parmi la centaine de migrants bloquée depuis plusieurs jours sur le Gregoretti, un navire des garde-côtes italiens. Après un accord européen, cinq États membres (la France, l'Allemagne, le Portugal, le Luxembourg et l'Irlande) et l'Église italienne ont accepté de prendre en charge les réfugiés sauvés en mer après un départ de Libye.

C’est le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner qui "a donné son accord" pour que "trente personnes, des réfugiés et non des migrants économiques" soient accueillies dans les prochains jours. En l’espace de deux ans, la politique migratoire orchestrée par Emmanuel Macron et son gouvernement a connu quelques ajustements, concédés au gré d’événements marquants.

Fermeté avec l'Aquarius

La proposition d'accueil de trente migrants mercredi tranche singulièrement avec celle de 2018 et l'épisode de l'Aquarius, qui avait fortement remué l'opinion public. Courant juin, le navire spécialisé dans le sauvetage de migrants en Méditerranée recueille plus de 600 personnes au large des côtes libyennes. 

Se lance alors un bras de fer entre plusieurs pays européens, dont la France et l’Italie, qui tous deux se rejettent la responsabilité d’accueillir le navire. Entre les deux pays, le ton monte, à la limite de l'incident diplomatique lorsque Emmanuel Macron dénonça le "cynisme" et "l'irresponsabilité" des transalpins

A cette période, le président français et son gouvernement font d'ailleurs preuve de la plus grande fermeté, refusant à plusieurs reprises à l’Aquarius d’accoster sur la Côte-d’Azur et la Corse.

Le situation a d'ailleurs valu au gouvernement de vives critiques de la part de l'opposition dont Benoît Hamon, qui a notre antenne avait déclaré que le locataire de l'Elysée "ne se comporte pas mieux que Salvini."

Coordination européenne

En juin de la même année, le Lifeline, qui transportait 233 migrants à son bord, cherche également un port d’accueil. Après une nouvelle période de tension, toujours avec l’Italie, Emmanuel Macron calme le jeu et prône le dialogue lors d’une visite au Vatican, au cours de laquelle il rencontre le Pape François 1er.

"Nous avons, depuis plusieurs jours, travaillé à une solution de coopération européenne avec plusieurs États membres. La France fera partie des États qui prendront des personnes qui se trouvent sur le Lifeline lorsqu’il arrivera dans un port européen", expliqua-t-il lors d’un point presse.

Ce revirement, et cette volonté d’une collaboration européenne est, selon notre éditorialiste Bruno Jeudy, était également un "moyen de prendre sa part de solidarité, ce que les Italiens nous reprochaient."

Cependant, malgré la bonne volonté de façade, l’accueil des migrants reste une question épineuse et revient sur la table régulièrement. Les associations spécialisées appellent le gouvernement à quelques aménagements.

"Trouver une solution de traitement de l’asile au niveau européen c’est ce que nous préconisons depuis un certain temps, mais pas avec les solutions qui sont envisagées qui sont des solutions de centres fermés. Il n’y a aucune raison de mettre en prison des hommes, des femmes et des enfants", soulignait à notre antenne Christophe Deltombe, président de La Cimade.

Le test de Salvini

Ce dernier épisode du Gregoretti et l’accueil de ses passagers par cinq États membres illustre l’avancée de cette collaboration européenne voulue de tous. Emmanuel Macron avait annoncé le 22 juillet un accord entre 14 pays européens pour mettre en oeuvre un "mécanisme de solidarité", immédiatement raillé par Matteo Salvini, parce qu'il partait du principe que les migrants devaient d'abord débarquer en Italie.

L'objectif de cette réunion était, selon une source proche du dossier, "de trouver en septembre à Malte un accord avec une dizaine de pays, entre 12 et 15, sur un mécanisme permettant d'assurer plus d'efficacité et plus d'humanisme dans les débarquements de migrants en Méditerranée".

"Une solution européenne a été trouvée pour les femmes et les hommes bloqués sur le navire Gregoretti", s'est félicité Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux mercredi. "Ils vont débarquer en Italie, puis seront accueillis dans 6 pays, dont la France. Notre pays est fidèle à ses principes: responsabilité, solidarité et coopération européenne".
Hugo Septier