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À l'Assemblée, passe d'armes sur la suppression de la réserve parlementaire

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Photo d'illustration - JACQUES DEMARTHON / AFP

La suppression de la réserve parlementaire divise profondément l'Assemblée, entre partisans d'une aide au tissu associatif et détracteurs d'un dispositif clientéliste.

C'est l'un des points chauds de la loi de moralisation de la vie publique: la suppression de la réserve parlementaire est débattue ce vendredi à l'Assemblée nationale. La majorité soutient la suppression de cette enveloppe (de 90 millions d'euros pour l'Assemblée et 55 millions pour le Sénat en 2016), dont l'emploi, faisant l'objet de publications annuelles depuis 2013, est laissé à l'appréciation des parlementaires.

Des "préjugés" sur la réserve parlementaire

Dispositif "d'un autre temps" jugé clientéliste par la majorité, la réserve parlementaire est dans le collimateur de La République en marche depuis le début de la campagne présidentielle. Dans un palais Bourbon agité, le député du Finistère Erwan Balanant fait ainsi valoir le peu de poids de la réserve parlementaire en comparaison des budgets des collectivités locales.

"Vous faites une erreur de jeunesse", réplique l'opposition de droite. La réserve parlementaire, "c'est l'huile dans le rouage d'un mécanisme de subvention qui serait sinon trop rigide", avance l'UDI "Constructif" Yves Jégo. Le député non-inscrit Gilbert Collard (Rassemblement Bleu Marine) se rallie à la bannière des défenseurs de la réserve parlementaire:

"Avant d'être élu député, j'avais les mêmes préjugés que vous", a-t-il lancé à l'adresse de ses collègues de LREM, "et puis j'ai été confronté à la réalité du terrain. La réserve parlementaire, c'est le moyen d'apporter de l'aide là où il n'y en a plus."

Clientélisme contre proximité

La droite, unie sur cette question, s'alarme du risque de faire du député un élu "hors-sol", selon l'expression de la députée Emmanuelle Ménard. "Une mesure ruralophobe!", éructe le député Les Républicains Jérôme Nury.

"Si vous avez besoin de distribuer de l'argent pour vous rapprocher du peuple, nous n'avons pas la même conception de la politique", riposte Gabriel Attal, étoile montante du groupe LREM. 

Avalanche d'aphorismes chez les partisans du maintien: "Les députés auront les mains propres, mais ils n'auront plus de mains", lance Charles de la Verpillère, "vous notez un cas de dopage, et vous voulez supprimer les Jeux olympiques", renchérit l'un de ses coreligionnaires. 

L'insinuation de La République en marche, mettant en avant les dérives clientélistes liées à la réserve parlementaire, ne passe pas dans les rangs des Républicains: "Il ne s'agit pas d'une assurance vie pour les députés, la preuve, c'est la composition de cette assemblée. Ce n'est pas une ressource pour les députés, c'est une ressource pour les association !", clame un élu de droite. 

"Faux-semblant" pour la gauche

Les représentants de Nouvelle Gauche, tout en admettant l'existence des dérives passées, plaident toutefois en faveur d'un aménagement de la réserve parlementaire en système participatif, comme le défend la socialiste Cécile Untermaier.

"La réserve parlementaire, c'est le drap du fantôme", ricane quant à lui Jean-Luc Mélenchon. "Le député ne peut rien dans la Vème République", lance le leader des Insoumis, pour qui ce débat est "un faux-semblant". Il est rejoint par Alexis Corbière, qui adresse une "petite fable" à l'Assemblée:

"Dans un groupe qui traverse le désert, celui qui a une gourde pleine sera très populaire, on viendra souvent lui demander quelques gouttes. Le problème, c'est que le groupe traverse un désert. C'est l'austérité le désert. Vous, vous voulez supprimer la gourde."
Louis Nadau