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Pagaille à l'Assemblée et colère des députés contre la présidente de séance LREM

André Chassaigne, président du groupe communiste à l'Assemblée.

André Chassaigne, président du groupe communiste à l'Assemblée. - BERTRAND GUAY / AFP

Les flottements de la présidence de l'Assemblée nationale dans la conduite des débats font l'objet de vives critiques dans l'opposition.

Colère noire sur velours rouge: déjà agités hier, les débats sur le texte de moralisation de la vie publique ont viré à la guérilla parlementaire ce mardi après-midi. Au cœur des débats de l'Assemblée nationale: la suppression du verrou de Bercy, une exception juridique qui confie au ministère l'opportunité des poursuites en matière de fraude fiscale.

Comme sa collègue Danielle Brulebois dans la nuit de lundi à mardi, la vice-présidente de l'Assemblée Carole Bureau-Bonnard, sans cesse aiguillée par les administrateurs du Palais Bourbon, a pourtant connu une séance difficile. Sa conduite des débats a été largement critiquée par les représentants de l'opposition, de droite comme de gauche, et jusque dans la majorité.

Débat "incompréhensible"

Le premier à se rebeller contre le perchoir a d'ailleurs été un élu de La République en marche. Furieux que la présidente de séance passe au vote sans lui accorder la parole, le député des des Hauts-de-Seine Jean-Louis Bourlanges a quitté l'hémicycle avec pertes et fracas. "C'est une voie de fait inadmissible", a-t-il lancé. "Ben c'est bien", souffle alors la novice Carole Bureau-Bonnard.

Sous pression, la vice-présidente de l'Assemblée s'emmêle, appelle deux fois à voter "pour" un amendement en oubliant le vote "contre", invoque un problème de micro pour justifier sa confusion, et se voit finalement rappelée à l'ordre à trois reprises, d'abord par le socialiste Olivier Dussopt, puis par l'Insoumis Alexis Corbière et enfin par le Constructif Philippe Vigier.

"C'est tout ce qu'on vous demande: simplement, qu'on puisse avoir le vote dans des conditions normales, ce qui ne s'est pas produit", réclame le représentant de l'Eure-et-Loir. 

Suspensions en chaîne

Première suspension de séance, qui ne suffit pas à apaiser les esprits. Les députés de l'opposition contestent que la suppression du verrou de Bercy - un autre projet, avec le casier judiciaire vierge des élus, sur lequel la majorité semble beaucoup plus frileuse que le candidat Macron - soit examinée en même temps que les propositions a minima proposant son "aménagement".

Le président du groupe communiste André Chassaigne tonne alors: "Ça devient pénible. Vous menez ces débats d'une façon incompréhensible. Quand on a un amendement, l'amendement arrive au vote avant les amendements de repli (rédigés en cas du rejet d'un amendement principal, NDLR) ! Non seulement on a affaire à un rouleau compresseur, où l'opposition ne peut pas s'exprimer correctement et aller jusqu'au vote de ce qu'elle propose, mais en plus de ça il y a une confusion qui à mon avis est entretenue!"

La majorité appelle des renforts

Excédé, le Républicain Philippe Gosselin emboîte le pas du leader communiste.

"On a déjà eu une suspension de séance, comme la nuit précédente... déplore le député de la Manche. La phase d'apprentissage, ça va bien! Ici, on n'est pas dans une phase d'apprentissage, on fabrique la loi! Il va peut-être falloir appliquer le règlement. Le principe, c'est que l'accessoire suit le principal!"

Nouvelle interruption de séance, reprise, et surprise générale: le président de l'Assemblée nationale François de Rugy est venu remplacer la vice-présidente pour reprendre en main une séance chaotique, dans laquelle la majorité est quasi-transparente. Le président du groupe LREM, Richard Ferrand, a également accouru en renfort pour verrouiller le débat. 

"Je voudrais dire à notre collègue qui présidait qu'aucun d'entre nous n'a souhaité sa disparition soudaine", ironise Jean-Luc Mélenchon.

Louis Nadau