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150.000 parrainages pour une candidature: le pari contrôlé de Jean-Luc Mélenchon

Dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon a proposé sa candidature à l'élection présidentielle de 2022. Il conditionne cette campagne à l'obtention de 150.000 signatures citoyennes. Un seuil qui lui permet d'envisager l'avenir sereinement et de créer l'événement.

Comme prévu, Jean-Luc Mélenchon a dévoilé ses plans dès cet automne. "Mon intention est d'aider à déconfiner les esprits. (...) Je suis prêt et je propose ma candidature", a-t-il en effet déclaré dimanche soir sur le plateau du journal de 20h de TF1. Cependant, il a aussitôt assorti son manifeste d'une clause: "Je serai candidat définitivement, si et seulement si j’ai reçu 150.000 parrainages. A ce moment-là, je me sentirais investi par le peuple".

Une clause, voire une clausule tant le seuil fixé à 150.000 signatures "citoyennes" paraît accessible à un homme qui a réuni sept millions environ de voix sur son nom il y a trois ans, et dont le mouvement La France insoumise assurait disposer, en février 2018, d'à peu près 550.000 adhérents.

Un regard vers Lionel Jospin

A l'heure où nous écrivons ces lignes, le compteur du site "noussommespour.fr" qui recueille ces parrainages de particuliers, en totalise déjà plus de 56.000. Plus du tiers du chemin est donc parcouru. "En soi, ce n’est pas une mauvaise idée: elle date de 2012, elle vient de qui? De Lionel Jospin qui présidait une commission qui s’appelait 'Pour la rénovation de la vie publique'. En gros, Lionel Jospin disait: 'Le système des 500 parrainages d’élus arrive à bout de souffle, il faut changer, et proposer 150.000 signatures citoyennes'", analyse ce lundi l'éditorialiste politique de BFMTV Matthieu Croissandeau.

Jean-Luc Mélenchon n'a d'ailleurs pas caché la source de son inspiration. Il a justifié le nombre de 150.000 auprès de TF1 par le fait que c'était le contingent exigé par la proposition de loi qu'il avait déposée, aux côtés des autres députés de La France insoumise, le 26 octobre dernier à l'Assemblée nationale. Dans le texte de cette proposition de loi organique, hommage est rendu aux travaux de "l'ancien Premier ministre Lionel Jospin".

Interrogée sur BFMTV, Laëtitia Krupa, journaliste et spécialiste en communication politique, donne le point au député élu dans les Bouches-du-Rhône:

"Je pense qu’il aura ses 150.000 signes signatures très facilement et donc oui c’est une ficelle, certes grosse mais qui passe très bien. Car il aura ses signatures, il pourra se prévaloir d’un soutien populaire, d’être porté par une volonté qui n’est pas la sienne, pas celle de son parti mais des Français".

Créer le bon moment

Il s'agit donc pour Jean-Luc Mélenchon de créer les conditions du désir électoral autant que de lancer une dynamique collective. Sans compter que ces parrainages comme dernier verrou à faire sauter sur la voie d'une troisième candidature présidentielle lui permettent de créer l'événement dans une actualité particulièrement chargée. Actualité qui aurait pourtant pu l'inhiber.

"C’est vrai que le calendrier peut surprendre. Il y a la crise Covid-19, il y a le terrorisme, la victoire de Joe Biden aux Etats-Unis, au point que Jean-Luc Mélenchon confiait à ses amis la semaine dernière: 'J’ai l’impression qu’il n’y aura jamais de bon moment'", relève Matthieu Croissandeau.

Mais la bonne occasion peut aussi se provoquer. Et justement l'agenda choisi recèle une vertu. En s'affranchissant du calendrier, il revendique une forme de liberté politique. Pour François Miquet-Marty, président du groupe de conseils en stratégie 'Les temps nouveaux', "il entend installer une pérennité, sa pérennité lui permet de dire: 'Je suis solide quand les autres sont soumis aux aléas de l’actualité'."

Prendre son couloir à gauche

De surcroît, outre la nécessité de tenir sa promesse de se présenter dès cet automne, de témoigner de sa "solidité", cette annonce précoce lui confère un avantage non négligeable à gauche.

"Il doit prendre de vitesse les autres candidatures à gauche, celle des écologistes, ou celle de socialistes sortant du bois comme Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon. On sait que Jean-Luc Mélenchon n’a jamais voulu se soumettre à une primaire, y compris dans son propre parti. Il a demandé samedi à ses amis si quelqu’un d’autre avait des velléités de se porter candidat, la réponse a été non", décrypte Matthieu Croissandeau.

Besoin de temps

Enfin, c'est aussi parce que Jean-Luc Mélenchon a besoin d'un nouveau départ dans l'opinion et de laisser derrière lui quelques mauvaises impressions que la course de fond a été préférée à un sprint.

Parfois perçu comme irritable, associé par une partie de l'électorat à son coup de gueule contre les policiers lors d'une perquisition conduite dans les locaux de son mouvement, le leader de La France insoumise doit endosser le costume plus compassé de présidentiable. "Jean-Luc Mélenchon a besoin de temps pour changer son image et rassembler le plus possible autour de lui", estime Matthieu Croissandeau.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV