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"Votre présence n'est plus souhaitable": des Russes ciblés par des menaces et des insultes en France

Une restauratrice russe, installée à Lyon, a reçu des menaces de mort.

Une restauratrice russe, installée à Lyon, a reçu des menaces de mort. - BFMTV

Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine par les forces armées russes le 24 février, des Russes vivant en France font face à des insultes ou des menaces. Certains d'entre eux témoignent auprès de BFMTV.com.

Lors d'une soirée entre amis, Elena (le prénom a été changé) se sent soudain mal à la l'aise. Les mots "Ukraine" et "Russie" surgissent au détour d'une conversation. S'ensuivent des remarques dont l'étudiante se serait bien passée. "Je suis prêt à tout pour aller tuer un Russe", assène un invité, qui ne connaît pas l'origine de la jeune femme. Auprès de BFMTV.com, elle confie que ce n'est pas la première fois qu'elle fait face à ce genre de violence morale, depuis le début du conflit russo-ukrainien.

"En tant que Russe, on reçoit des messages qui nous demandent ce qu'on pense de ce conflit ou qui nous pointent du doigt, comme si on était responsables de ce qu'il se passe, et ça nous impacte aussi", raconte-t-elle.

Quelques jours plus tôt, c'est Raphaël, son petit frère, en classe de CM2, qui était visé par ce type de menaces. "Deux garçons de sa classe l'ont traité de 'sale Russe' et l'ont menacé de le taper dans les toilettes, pendant la récré", évoque-t-elle. "Heureusement, il ne s'est rien passé de plus. Mais c'est triste d'entendre des menaces pareilles", commente la jeune femme.

"Vous n'avez plus qu'à quitter la France"

À Lyon, Paris ou encore Lille, c'est dans leur boîte aux lettres que des restaurateurs russes ont reçu des mots à faire froid dans le dos. Dans un courrier à l'objet sobrement intitulé "Départ", un corbeau les invite à quitter la France.

"Vladimir a besoin urgemment de vos talents culinaires pour soutenir le moral de ses troupes russes qui ont envahi l'Ukraine. Vous n'avez plus qu'à quitter la France dans les meilleurs délais, vous ferez ainsi coup double (...) car votre présence n'est absolument plus souhaitable en France", écrit ainsi l'auteur anonyme.

Une découverte "choquante", commente Andrei Petrossian, propriétaire du restaurant "La Volga" à Lyon, contacté par BFMTV.com. "Ca ne fait pas plaisir, on n'en reçoit jamais d'habitude", souligne-t-il, précisant essayer de garder ces événements à distance. D'autant que son épouse est Ukrainienne, tout comme certains de ses amis restés dans leur pays d'origine.

"Tout ce qu'il se passe là-bas est très grave. Mes amis ukrainiens, que j'ai eus au téléphone hier, n'ont pas dormi de la nuit à cause du bruit des sirènes", déplore Andrei.

"J'ai peur pour ma famille"

Même sentiment chez Stella Melkonyan, dont l'épicerie russe à Rennes a été vandalisée dans la nuit du 3 au 4 mars. "Ca fait peur, pour ma famille comme pour moi. C'est la première fois que ça arrive depuis que le magasin a été ouvert, il y a dix ans", rapporte cette commerçante respectée dans son quartier. Elle aussi a des proches en Ukraine, dans la ville de Marioupol, et ne veut pas être associée aux affrontements qui s'y déroulent.

"C'est un acte anti-Russes, et ce n'est pas normal", nous confie-t-elle.

Comme le restaurateur, Stella Melkonyan a déposé une plainte dans un commissariat de Rennes, sans en attendre pour autant de réelles retombées.

Amalgame entre "peuples" et "forces armées"

Des menaces et insultes variées d'autant plus "absurdes" que beaucoup de Russes, à l'image de deux commerçants, ont des liens avec l'Ukraine, et inversement, souligne auprès de BFMTV.com Gueorgui Chepelev. Le président du Conseil de coordination du Forum des Russes de France explique que ce climat délétère amène même certaines associations à fermer leurs portes, ainsi qu'à annuler leurs événements "par crainte d'agressions".

Ces peurs ont notamment été réveillées suite à plusieurs actes de vandalisme dirigés contre des établissements russophones en France, depuis le début de la guerre, le 24 février. Dernier incident majeur en date, un jet de projectile enflammé dirigé vers la Maison russe des sciences et de la culture, dans la nuit de dimanche à lundi, suite à quoi une plainte a été déposée, indique l'établissement auprès de BFMTV.com.

Pourtant, affirme Gueorgui Chepelev, "les russophones de France sont très majoritairement contre" les événements en Ukraine. "On est complètement abasourdis par ce qu'il se passe. C'est une situation inédite et tout le monde est inquiet", déclare-t-il.

Selon lui, ces actes de malveillance naissent surtout d'un amalgame entre "peuples", et "forces armées et politiques".

"On lutte contre la vision de deux peuples qui s'opposent. Ce n'est pas vrai sur le terrain, et c'est encore moins vrai ici", conclut-il.
Elisa Fernandez