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Violences policières: des manifestants dénoncent la lenteur des procédures

L'IGPN est accusée de faire traîner les procédures concernant les violences policières.

L'IGPN est accusée de faire traîner les procédures concernant les violences policières. - Philippe Lopez - AFP

En un an, sur les 372 enquêtes visant les violences policières, 109 ont été classées sans suite alors que 3200 gilets jaunes ont déjà été condamnés. Certains dénoncent la lenteur de ces investigations, frôlant parfois avec une forme d'impunité accordée pour les forces de l'ordre.

Un an après le début du mouvement des gilets jaunes, trois membres des forces de l’ordre font l'objet de poursuites judiciaires. Un chiffre qui fait grincer des dents les manifestants qui dénoncent une forme d’impunité dans un contexte où les violences policières ont pourtant été dénoncées à de nombreuses reprises, visant notamment les éborgnements et mains arrachées à cause des LBD et grenades lacrymogènes. Si du côté des gilets jaunes, les condamnations n'ont pas tardé à être prononcées (3200 depuis le début du mouvement), dans les rangs des forces de l'ordre, le processus semble prendre plus de temps.

Lors de l’année écoulée, 372 procédures ont été enregistrées contre des policiers et gendarmes, selon un décompte du ministère de la Justice transmis à l'AFP, dont 212 enquêtes confiées l'IGPN, la police des polices. Parmi elles, 109 ont été classées sans suite et 29 ont fait l'objet de l'ouverture d'une information judiciaire. Seuls trois renvois en correctionnelle de fonctionnaires - dont le CRS jugé jeudi - ont pour l’instant été ordonnés.

"Organe d'étouffement"

"L'IGPN est un organe d'étouffement des procédures pour violences policières", dénonce ce vendredi dans les colonnes du Parisien Me Arié Alimi, avocat de gilets jaunes.

Il affirme que "la qualité de policier des enquêteurs" de l’IGPN constitue un obstacle au bon déroulé des investigations et des poursuites. L'avocat soulève également un écueil politique:

"Quand le président de la République affirme qu’il n’existe pas de violences policières, le ton est donné."

La défiance est donc de mise envers la police des polices. A tel point que le gilet jaune grièvement blessé à l'œil samedi à Paris par un projectile probablement tiré par la police, a refusé d'être auditionné par l’IGPN chargée de l'enquête judiciaire. Il dénonce "la partialité de l'IGPN qui étouffe les affaires de violences policières", a commenté Me Arié Alimi, conseil de la victime. Pourtant, les principaux concernés affirment ne pas prendre ces affaires à la légère. Alors pourquoi les investigations autour des suspicions de violences commises par les forces de l’ordre prennent-elles autant de temps?

L'image des forces de l'ordre altérée

"L’enjeu consiste à savoir si la violence à laquelle il (le policier, NDLR) a eu recours est légitime ou illégitime. Les investigations nécessitent un délai plus long. Cela n’a rien à voir avec une quelconque clémence ou une volonté de ralentir le rythme des enquêtes", défend au Parisien David Chantreux, chef de l’unité de coordination des enquêtes de l’IGPN.

La décision du premier procès d’un policier pour des violences commises lors d’une manifestation de gilet jaunes a été mise en délibéré au 19 décembre. La procureure a requis 3 mois de prison avec sursis contre ce CRS de 44 ans filmé en train de lancer un pavé en direction de manifestants lors de la mobilisation du 1er-Mai. Elle a ajouté ne pas vouloir faire de ce dossier "un exemple", assurant qu'il ne s'agissait pas du "procès de la police". Le juge, qui sait cette décision très attendue, a reconnu que ces extraits vidéos étaient "ravageurs" pour l'image des forces de l'ordre.

Ambre Lepoivre